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« À tous les premiers répondants : n'ayez pas peur de demander de l'aide », lance un ex-policier de la GRC

M. Garceau acorde une entrevue à Radio-Canada.

Geoffrey Garceau aimerait que les policiers arrêtent de juger leurs pairs qui ont des problèmes psychologiques.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le suicide d'un jeune détective de la police d'Ottawa, le 27 septembre, a ébranlé un ancien agent de la GRC. Geoffrey Garceau, qui souffre de stress post-traumatique, a décidé de prendre la parole pour inciter les policiers à aller chercher de l'aide, sans craindre de se faire juger.

Fin septembre, le détective Thomas Roberts, de l'Unité des vols qualifiés du Service de police d'Ottawa (SPO), a mis fin à ses jours dans l’édifice du quartier général de la police, sur la rue Elgin.

Quand j'ai vu la nouvelle comme quoi il s'était enlevé la vie, ça m'a attristé beaucoup pour la simple raison qu'on n'est pas capable de se dire nous-mêmes qu'on a besoin d'aide, regrette Geoffrey Garceau, retraité de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) après 25 ans de service.

Mon but aujourd'hui, c'est de dire à tous les premiers répondants : n'ayez pas peur de demander de l'aide. Il n'y a rien de mal à dire à vos supérieurs : "Ça ne va pas ce matin, j'ai besoin d'assistance", lance-t-il.

Si vous avez un bon supérieur, il va dire : "On va passer à travers ensemble."

Geoffrey Garceau, agent retraité de la GRC

Besoin d'aide pour vous ou un proche?

  • Association québécoise de prévention du suicide : 1-866-APPELLE (1-866-277-3553)
  • Tel-Aide Outaouais : 613-741-6433
  • Ligne de crise en santé mentale d'Ottawa : 613-722-6914
M. Garceau, jeune, en habit de la GRC.

Geoffrey Garceau, quand il était agent de la GRC.

Photo : Courtoisie de Geoffrey Garceau

M. Garceau a dû prendre sa retraite médicale en 2011 à cause du stress post-traumatique.

Depuis 2011, j'ai eu des problèmes de santé, des problèmes psychologiques aussi. J'ai été obligé de me faire suivre et je n'ai pas honte de le dire, poursuit-il.

Nous autres, comme policiers et premiers répondants, on est tout le temps les premiers sur les scènes à aider les autres. Mais on oublie souvent comment nous aider nous-mêmes et on s'oublie dans tout ça.

Geoffrey Garceau, agent retraité de la GRC

Les premiers signes ont été le manque de sommeil, les cauchemars, les réveils en sursaut au milieu de la nuit, les sautes d'humeur, l'isolement et le fait de ne plus se reconnaître soi-même.

Quand j'allais dans un restaurant, il fallait tout le temps que je sois dos au mur pour pouvoir voir les gens rentrer, illustre-t-il.

Je ne dormais plus. Je me réveillais au milieu de la nuit, tout trempe, des cauchemars...

Geoffrey Garceau, agent retraité de la GRC

C'est son fils, lui aussi policier, qui est venu le voir pour lui dire que ça n'allait pas bien avec [lui].

Il a fait des appels pour moi et je le remercie beaucoup, dit-il reconnaissant. Il est allé chercher le soutien d'une psychologue et il est désormais capable de gérer ça mieux.

Sur la photo, accotée au mur, M. Garceau en habit de la GRC embrasse son fils.

Geoffrey Garceau avec son fils, alors bébé.

Photo : Courtoisie de Geoffrey Garceau

En 25 ans de carrière, Geoffrey Garceau a vécu de multiples situations traumatisantes. Il a lui-même sauvé plusieurs personnes qui tentaient de mettre fin à leur jour.

J'ai négocié pendant cinq heures dans une tour de 100 pieds de haut avec une jeune fille qui voulait s'enlever la vie. Quelques années passées, quand j'ai réalisé que j'avais frappé le fond, je me suis dit que je devrais écouter ce que j'ai dit à la fille, les conseils que je lui ai offerts à elle, les prendre pour moi-même, raconte-t-il.

À certaines dates de l'année, Geoffrey Garceau se sent plus anxieux. Ces dates correspondent à des événements particulièrement traumatisants qu'il a vécus.

Le 24 janvier 1992, la fusillade au cours de laquelle un monsieur s'est tiré en avant de moi. Le 11 septembre 2001, quand je me suis fait mettre une carabine sur la tête à deux heures du matin, égrène-t-il.

Un gros plan sur des mains.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Geoffrey Garceau assure que les premiers répondants s'oublient trop souvent eux-mêmes.

Photo : Radio-Canada

Il y a aussi cette époque où il était enquêteur du génocide au Rwanda, ce pays de l'est de l'Afrique où, dans les années 1990, environ 800 000 Rwandais, en majorité tutsis, ont perdu la vie en trois mois, selon les chiffres de l'ONU.

J'étais un des enquêteurs du génocide au Rwanda. J'ai interviewé les sœurs religieuses qui étaient là. Je ne pensais pas que c'était pour m'affecter comme ça m'affecte.

Geoffrey Garceau, agent retraité de la GRC

En 2006 – c'est niaiseux, mais ce n'est pas niaiseux – je suis allé voir les feux du Lac-Leamy, et on pense que c'est ça qui a déclenché le stress post-traumatique, révèle-t-il.

Les tabous ont la vie dure dans les corps policiers, souligne M. Garceau, qui aimerait que les policiers arrêtent de juger leurs pairs qui ont des problèmes psychologiques.

Le plus vite tu en parles, le mieux ça va être pour toi, pour le département et pour les citoyens que tu dois protéger, lance-t-il.

Plus de demandes d'aide psychologique

Allez consulter le plus rapidement possible, c'est là-dessus qu'il faut mettre l'accent en particulier. S'il y a quelque chose qui ne va pas, allez rencontrer un professionnel en santé mentale. [...] Il n'y a rien à perdre à faire ça, renchérit pour sa part Dave Blackburn, professeur au département de travail social à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et ex-officier des Forces armées canadiennes.

M. Blackburn croit qu'à l'avenir davantage de militaires notamment iront chercher de l'aide.

C'est sûr qu'après 14 ans en Afghanistan, dont 11 ans en situation de guerre, on n'a, de mon point de vue, pas encore vu la pointe de l'iceberg par rapport à tout ça, juge-t-il, tout en indiquant que les statistiques devraient aller en augmentant surtout pour les membres des Forces canadiennes.

Avec les informations de Roxane Léouzon

Ottawa-Gatineau

Santé mentale