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Mieux communiquer, ou comment bien lutter contre une éventuelle pandémie

Un homme qui se fait vacciner.

La crise de la grippe H1N1 a eu lieu il y a 10 ans.

Photo : Radio-Canada

Dominique Degré

Il y a 10 ans, la grippe H1N1 frappait le monde. Au Canada, plus de 40 000 cas de grippe avaient été répertoriés, causant 428 décès. Une décennie plus tard, des intervenants qui ont vécu la crise croient que la communication entre les différents acteurs est la principale lacune à rectifier pour lutter efficacement contre une prochaine pandémie.

C'est également l'une des principales leçons qu'a tirées l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) pour se préparer à une nouvelle crise.

Je ne pense pas qu’on communique assez dans des situations comme ça, souligne la Dre Danielle Grondin, qui était sous-ministre adjointe à l'ASPC durant la pandémie de grippe H1N1, en 2009.

Il faut, selon elle, améliorer l’efficacité de la communication […] à tous niveaux de population, à toutes souches de population.

La Dre Danielle Grondin en entrevue.

La Dre Danielle Grondin croit que la principale lacune lors de la crise de la grippe H1N1 était la communication.

Photo : Radio-Canada

L’ASPC a dressé un constat similaire dans un volumineux rapport (Nouvelle fenêtre) rédigé dans la foulée de la crise : les enjeux de communication étaient l'une des principales lacunes lors de la pandémie.

Dans certains cas, des messages contradictoires ou légèrement différents ont été diffusés selon les décisions stratégiques fédérales, provinciales et territoriales, ce qui a causé une certaine confusion parmi la population.

Extrait de Leçons à retenir : Réponse de l’Agence de la santé publique du Canada et de Santé Canada à la pandémie de grippe H1N1 de 2009

Les problèmes communicationnels ont aussi compliqué la vie des intervenants sur le terrain.

On recevait des fois des informations contradictoires en même pas 24 heures, se remémore Sylvain Dubé, responsable des communications au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Gatineau — l’ancêtre du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais — au moment de la crise.

Sylvain Dubé en entrevue.

Sylvain Dubé croit qu'une meilleure coordination entre les paliers d'intervention lors de la pandémie aurait amélioré l'intervention sur le terrain.

Photo : Radio-Canada

Ça, on a bien beau dire c’est du top down, mais à un moment donné, quand tu planifies tes affaires, il faut que tu sois solide, il faut que tu t’assures que l’orientation que tu donnes, c’est la bonne, ajoute-t-il.

Si on avait monté une cellule de crise avec tous les intervenants, terrain en plus, on n’aurait peut-être pas vécu les problèmes qu’on a vécus.

Sylvain Dubé, responsable des communications au CSSS de Gatineau de 2007 à 2015

Les directives parfois divergentes et leur transmission déficiente ont aussi eu des répercussions sur la campagne de vaccination pancanadienne lancée en octobre 2009.

Il y avait par exemple certains groupes à vacciner en priorité, mais le ministère de la Santé du Québec, lui, souhaitait également que les agences de santé publique donnent un vaccin à tous ceux qui se présentent pour être immunisés, qu’ils fassent partie du groupe prioritaire ou non.

Je suis pieds et mains liés, je ne peux pas vacciner la clientèle qu’on me demande de vacciner si je suis obligée d’accepter tous les gens qui se présentent, relate Renée Amyot, qui était alors cheffe de la santé au CSSS de Gatineau.

Renée Amyot en entrevue.

Aujourd'hui conseillère municipale, Renée Amyot travaillait au CSSS de Gatineau lors de la pandémie de grippe H1N1.

Photo : Radio-Canada

Tant Mme Amyot que M. Dubé sont d’avis qu’une meilleure coordination entre les intervenants et le fait d’accorder plus de pouvoirs aux agences régionales aurait pu éviter bien des maux de tête, notamment lors de la campagne de vaccination.

L’ASPC recommandait d’ailleurs de se pencher sur l’efficience et l’efficacité des structures de gouvernance (c.-à-d. les rôles et les responsabilités de tous les partenaires) pour se préparer adéquatement à une prochaine pandémie d’influenza.

Un plan façonné par la crise

Malgré l’apparence quelque peu chaotique que peuvent avoir eue certains aspects de la réponse à la crise, un plan national existait à l’époque.

Rédigé pour la première fois en 2004 et mis à jour en 2006, le document intitulé Préparation du Canada en cas de grippe pandémique : guide de planification pour le secteur de la santé (Nouvelle fenêtre) (PCGP) a été mis à l’épreuve pour la première fois lorsque la grippe H1N1 a frappé le Canada.

Le panneau de l'Agence de la santé publique du Canada.

Le plan d'action en cas de pandémie de grippe de l'Agence de la santé publique a été mis à l'épreuve pour la première fois en 2009 (archives).

Photo : Radio-Canada / CBC

Une section entière du guide est d’ailleurs consacrée aux leçons tirées de la pandémie de 2009, et le reste du document est lui aussi truffé de références à la crise d’il y a 10 ans.

L’ASPC a notamment voulu s’attaquer directement aux enjeux de communication comme ceux dénoncés par Mme Amyot et M. Dubé pour laisser plus de place à l’expertise locale.

La nouvelle version du PCGP propose une intervention plus souple et adaptable pour les prochaines pandémies, laissant la possibilité aux provinces et aux territoires (PT) d’adapter leurs plans et leurs interventions aux circonstances locales et régionales.

Extrait du document Préparation du Canada en cas de grippe pandémique : guide de planification pour le secteur de la santé

Les recherches menées pendant et après la pandémie de 2009 ont renforcé l’importance des principes essentiels de la communication des risques, telles que la transparence et la collaboration des intervenants, pour atteindre les objectifs des mesures antipandémiques, peut-on lire dans le PCGP.

L’ASPC s’attarde aussi à la communication entre les périodes de pandémie pour se préparer à la prochaine crise. Elle préconise l’entretien des liens entre les différents intervenants avant une crise pour mieux comprendre la perception du risque chez les citoyens et leurs « réactions émotives », facteurs qui contribuent le plus à modifier les comportements lors d’une pandémie, d’après l’Agence.

Avec les informations de Daniel Bouchard

Ottawa-Gatineau

Santé publique