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Syrie : les Kurdes s'allient à Damas face à l'avancée des forces turques

Le reportage de notre envoyée spéciale Marie-Eve Bédard.

Photo : afp via getty images / DELIL SOULEIMAN

Radio-Canada

Les Kurdes de Syrie, lâchés par Washington, ont annoncé dimanche soir avoir conclu un accord avec Damas pour le déploiement de l'armée syrienne dans le nord du pays, afin de s'opposer à l'avancée rapide des troupes turques et de leurs alliés.

L'offensive de la Turquie, lancée il y a cinq jours à la faveur d'un retrait américain et malgré de vives critiques internationales, vise à instaurer une « zone de sécurité »» de 32 km de profondeur pour séparer sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde qualifiée de « terroriste » par Ankara.

Cette « zone » serait susceptible d'accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens actuellement réfugiés en Turquie, un des nombreuses conséquences du conflit qui ravage la Syrie depuis 2011.

Dimanche, le régime de Bachar al-Assad, qui entretient des rapports tendus avec la minorité kurde mais qui a néanmoins dénoncé l'opération d'Ankara, a annoncé l'envoi de troupes dans le nord pour affronter l'« agression » turque.

Peu après, les Kurdes, qui ont instauré ces dernières années une autonomie de facto sur de vastes régions du nord et du nord-est syrien, ont dit avoir conclu un accord avec Damas pour un déploiement de l'armée syrienne près de la frontière « en soutien aux Forces démocratiques syriennes (FDS) », dominées par les YPG.

Des soldats tirent au fusil d'assaut, près d'un véhicule blindé.

Des combattants alliés de la Turquie sont en action dans le village syrien de Yabisa, près de la frontière turque.

Photo : Reuters / Khalil Ashawi

Violents combats

L'offensive d'Ankara devait d'abord se concentrer sur une bande de territoire frontalière, entre les villes de Tal Abyad et Ras al-Aïn, distantes d'environ 120 km.

Dimanche, les forces turques ont conquis Tal Abyad, selon l'agence turque Anadolu et une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Ras al-Aïn échappe encore aux forces turques, mais celles-ci se sont emparées de 40 villages depuis mercredi et « ont conquis toute la région frontalière, de Tal Abyad jusqu'à l'ouest de Ras al-Aïn », selon l'ONG.

Un important axe routier traversant tout le nord de la Syrie est aussi tombé aux mains de la Turquie dimanche, empêchant les forces kurdes de se ravitailler ou de se redéployer sur le territoire.

Les combats et les bombardements turcs ou de leurs supplétifs ont été violents dimanche, tuant au moins 26 civils selon l'OSDH.

Parmi ces victimes, au moins dix ont péri dans un raid de l'aviation turque à Ras al-Aïn contre un convoi comprenant des journalistes, selon l'OSDH. L'ONG a rapporté la mort « d'un journaliste », sans être en mesure de donner son identité. L'agence locale kurde Anha a ensuite rapporté la mort de son correspondant.

Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l'OSDH. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU.

De son côté, la Turquie a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes sur des villes frontalières turques. Ankara affirme avoir tué 227 militants kurdes depuis le début de son offensive.

Erdogan n'est pas près de reculer

Recep Tayyip Erdogan gesticule assis dans une pièce.

Le président Recep Tayyip Erdogan a répété dimanche sa détermination à poursuivre l'offensive contre les Kurdes en Syrie.

Photo : Reuters

Un peu plus tôt dimanche, le président turc a refusé une invitation à la médiation avec les forces kurdes. Recep Tayyip Erdogan a affirmé lors d’une conférence de presse que la Turquie refusait de négocier avec des terroristes.

Même s’il n’a pas spécifié quel pays s’était offert comme médiateur, le président turc s’est demandé quel genre de premier ministre, quel genre de chef d’État offre d’être médiateur entre nous et un groupe terroriste?

Il a aussi critiqué les pays occidentaux qui ont montré leur soutien aux Kurdes depuis le début des attaques.

Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent, a-t-il dit après que Berlin et Paris ont annoncé la suspension des ventes d'armes qui pourraient être utilisées contre les forces kurdes. Rome a ensuite demandé un « moratoire » européen sur ces ventes.

Même si les forces kurdes de la Syrie ont été un allié important des États-Unis dans la guerre contre le groupe armé État islamique (EI), la Turquie estime que leur présence près de sa frontière est une menace et souhaite les expulser de la région afin de créer une zone sécuritaire.

Les États-Unis rapatrient d'autres troupes

Mercredi dernier, la Maison-Blanche a annoncé le retrait d’une partie de ses troupes déployées dans le nord de la Syrie en soutien aux forces kurdes, laissant ainsi la voie libre aux attaques de la Turquie.

Dimanche, le secrétaire américain de la Défense a affirmé que les États-Unis retireraient maintenant davantage de leurs effectifs en Syrie.

Dans les 24 dernières heures, nous avons appris que les Turcs vont probablement étendre leurs attaques plus au sud et à l’ouest.

Mark Esper, secrétaire américain de la Défense

Le haut gradé a qualifié la situation en Syrie d’insoutenable pour les forces américaines et a précisé que le président avait demandé à ce que ses quelque 1000 troupes soient évacuées du nord du pays le plus rapidement possible.

Dimanche, Donald Trump a affirmé dans un tweet qu’il était très intelligent de ne pas s’impliquer dans le combat intense à la frontière turque, pour une fois, expliquant que l'ingérence passée des États-Unis dans les guerres du Moyen-Orient était une erreur.

Offensive turque : la fuite des civils et de sympathisants de l’EI

Des proches de l'État islamique s'échappent

Pendant ce temps, près de 800 proches du groupe armé État islamique se sont enfuis d’un camp du nord de la Syrie, ont annoncé les autorités kurdes dimanche matin.

Selon l’administration semi-autonome, 785 proches de djihadistes, incluant des femmes et des enfants, auraient échappé aux forces de sécurité syriennes sous commandement kurde, qui n'ont plus assez de ressources pour assurer le maintien du camp.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme a indiqué que tous les gardes avaient dû quitter le camp et que les déplacés fuyaient au fur et à mesure.

Une annonce démentie par le président turc qui affirme qu'il s'agit de désinformation visant à provoquer l'Occident.

Quelque 12 000 combattants de l'EI, des Syriens, des Irakiens, mais aussi 2500 à 3000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons sous contrôle des Kurdes, selon des chiffres de sources kurdes.

La communauté internationale inquiète

La frontière nord entre la Syrie et la Turquie est le théâtre de bombardements de la part des forces armées turques depuis plusieurs jours maintenant.

La frontière nord entre la Syrie et la Turquie est le théâtre de bombardements de la part des forces armées turques depuis plusieurs jours maintenant.

Photo : Reuters / Stoyan Nenov

Dimanche, la porte-parole du gouvernement français a fait état de son inquiétude par rapport aux proches de djihadistes qui ont fui et à la possibilité que d’autres situations semblables surviennent.

C’est la raison pour laquelle nous souhaitons que la Turquie finisse au plus vite cette intervention, que nous avons évidemment condamnée

Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement français

Dans la soirée, la France a annoncé qu'elle allait intensifier « ses efforts diplomatiques » pour obtenir « la cessation immédiate de l'offensive turque », dans un communiqué publié après une réunion de son Conseil de défense et de sécurité nationale présidée par M. Macron.

La veille, la France avait indiqué qu’elle suspendait toutes ses exportations d’armes vers la Turquie.

La chancelière allemande, qui avait elle aussi annoncé une telle mesure, a pour sa part pressé son homologue turc de cesser immédiatement ses attaques en Syrie, lors d’un appel téléphonique dimanche.

Selon elle, cette offensive risquerait de provoquer une déstabilisation de la région et de conduire à une résurgence du [groupe armé] État islamique.

Dans un tweet, Donald Trump a insisté dimanche sur ce problème des membres de l'EI prisonniers dans le nord de la Syrie. La Turquie et les Kurdes ne doivent pas les laisser s'échapper, a-t-il tweeté.

Le président turc a toutefois affirmé que les pressions de la communauté internationale ne suffiraient pas à lui faire retirer ses troupes du nord de la Syrie.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

Conflits armés

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