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Équateur: offre de dialogue sur fond d'état d'urgence

Un manifestant, vêtu d'un masque de Guy Fawkes, dans une rue de Quito obscurcie par les fumées lacrymogènes.

Voilà plus d'une semaine que la rue est en colère contre les mesures du président équatorien à propos des subventions aux carburants.

Photo : Reuters / Ivan Alvarado

Radio-Canada

Un groupe autochtone de l'Équateur, qui organise des manifestations depuis plus d'une semaine contre une loi ayant annulé les subventions pour les carburants, a annoncé samedi avoir accepté la tenue de négociations directes avec le président équatorien Lenin Moreno, premier signe d'une possible sortie de crise.

Voilà 10 jours que Quito, la capitale, est ébranlée par des heurts en lien avec le plan d'austérité du président; le bureau du Contrôleur général a été incendié et les routes d'accès à l'aéroport ont été fermées.

De son côté, la chaîne de télévision Teleamazonas a diffusé des images de l'incendie de ses propres locaux et affirmé que ses employés étaient sains et saufs.

Dans un message télévisé à l'intention des 17 millions d'habitants de ce pays d'Amérique du Sud, M. Moreno a remercié les leaders autochtones pour avoir accepté de tenir un dialogue, mais n'a pas voulu indiquer s'il entendait abroger la loi.

Le président a également ordonné l'imposition d'un couvre-feu militaire à Quito, ainsi que dans les vallées avoisinantes, blâmant au passage des extrémistes pour des cas de violence qui ont gangrené les manifestations, a-t-il affirmé.

« Nous allons ramener l'ordre dans tout le pays », a lancé M. Moreno. « Nous commençons avec le couvre-feu à Quito. »

L'annonce du couvre-feu est cependant survenue une demi-heure à peine avant son entrée en vigueur, donnant peu de temps aux manifestants anti-austérité, dont la plupart provenaient de provinces éloignées, pour rentrer chez eux.

Conaie, une organisation qui défend les intérêts des peuples autochtones en Équateur, a annoncé la tenue des discussions avec le président.

L'ombudsman du pays, Freddy Carrion, qui garde un oeil sur le conflit et qui invite aux négociations, a affirmé que les leaders de Conaie n'étaient pas au courant que le président prévoyait annoncer le couvre-feu, et que cela pourrait mettre en péril les échanges.

« Cette mesure a des allures de tentative désespérée de la part du gouvernement, et cela ne ferait qu'empirer les choses », a mentionné M. Carrion. Ce dernier a recommandé au président de réinstaurer immédiatement les subventions.

« Il s'agit de la seule façon de réduire la violence » dans les deux camps, a-t-il ajouté.

Les dirigeants de Conaie n'étaient pas joignables pour commenter. Un porte-parole d'un groupe au sein de Conaie a mentionné que ses membres participaient à une assemblée, et n'a pas non plus voulu commenter dans l'immédiat.

Proposition de négociations publiques

Plus tôt dans la journée, samedi, l'un des leaders de Conaie a déclaré sur les ondes de la chaîne Ecuavisa que parmi les conditions exigées pour la tenue de négociation, on souhaitait que celles-ci soient publiques et diffusées.

« Nous n'allons pas négocier derrière des portes closes. Cela doit se faire avec le peuple équatorien », a indiqué Leonidas Iza, à la télévision. « Il doit y avoir des écrans géants pour que chaque suggestion de nos membres puisse être entendue. »

Le maire de Quito, Jorge Yunda, a confié à Ecuavisa que le gouvernement de M. Moreno avait décidé d'« analyser » le décret adopté par le président, la semaine dernière, qui faisait disparaître les subventions aux carburants, en place depuis belle lurette.

M. Moreno, 66 ans, a précédemment refusé d'abroger la loi, la défendant comme étant nécessaire dans le cadre de ses efforts pour restreindre le déficit après avoir signé un accord de prêt de 4,2 milliards de dollars avec le Fonds monétaire international (FMI).

Avant l'imposition d'un couvre-feu, le centre-ville de Quito ressemblait à une zone de guerre, avec des fumerolles de gaz lacrymogènes dans les rues recouvertes de briques. De petits feux brûlaient ici et là, et des groupes de gens se cachaient derrière des murs et des barricades artisanales pour se protéger.

Cinq personnes ont été tuées lors des heurts depuis le début de la crise, le 3 octobre, selon les bureaux de M. Carrion. Plus que 1100 personnes ont été arrêtées, et près de 1000 ont été blessées, a-t-on précisé.

Certains puits de pétrole ont été fermés par les manifestants, faisant chuter la production pétrolière de plus de 1 million de barils jusqu'à présent, a fait savoir le ministère de l'Énergie.

Devant la violence, le président Moreno a déménagé son gouvernement dans la ville côtière de Guayaquil.

Avec les informations de Associated Press

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