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Offensive turque : 81 combattants kurdes et 30 civils tués, 100 000 déplacés

Feu et fumée d'une explosion près de bâtiments.

Une explosion près de la ville de Ras al-Aïn, en Syrie, à proximité de la frontière turque.

Photo : Reuters / Stoyan Nenov

Agence France-Presse

De violents combats se poursuivent, samedi, dans le nord de la Syrie, alors que les forces turques et leurs alliés syriens sont entrés dans une ville kurde stratégique. Les affrontements ont jusqu'à maintenant fait 81 morts chez les forces kurdes, 30 tués chez les civils, et jeté 100 000 personnes sur les routes.

À Ankara, le ministère de la Défense a affirmé que les forces turques avaient capturé Ras al-Aïn, ville frontalière de la Turquie. Mais les forces kurdes ont démenti, et selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et un correspondant de l'AFP sur place, les forces turques et leurs alliés syriens y sont entrés, mais les combats se poursuivent.

Voisine de la Syrie en guerre, la Turquie veut chasser des secteurs frontaliers la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), qu'elle qualifie de terroriste, et instaurer une « zone de sécurité » de 32 km de profondeur en territoire syrien pour séparer sa frontière des zones contrôlées par les YPG.

Elle souhaite installer dans cette zone une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son sol.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition arabo-kurde ayant combattu les jihadistes avec le soutien des États-Unis, a appelé Washington à fermer « l'espace aérien face à l'aviation turque ». Évoquant un « coup de couteau dans le dos », elles ont accusé les Américains de les avoir « abandonnées » en retirant des soldats des zones attaquées.

Samedi, neuf civils ont été tués par des rebelles proturcs participant à l'offensive d'Ankara, selon l'OSDH.

Les neufs civils ont été exécutés à des moments différents, au sud de la ville frontalière de Tal Abyad, a expliqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Parmi les victimes figurent une responsable d'un parti politique et son chauffeur, selon un communiqué du Conseil démocratique syrien, le bras politique des Forces démocratiques syriennes (FDS), la principale alliance de combattants kurdes et arabes dans le nord-est.

Hevrin Khalaf a été sortie de sa voiture (...) et exécutée par les mercenaires soutenus par la Turquie, sur la route entre Qamichli et Minbej, est-il écrit dans le communiqué du Conseil démocratique syrien. Son chauffeur a subi le même sort, selon le texte.

Mme Khalaf, qui était membre de la direction du Conseil démocratique syrien et secrétaire générale du parti Avenir de la Syrie, avait 35 ans.

C'est une grande perte. Elle avait un talent diplomatique, elle participait toujours aux rencontres avec les Américains, les Français, les délégations étrangères, a dit Mutlu Civiroglu, un spécialiste de la politique kurde.

Plusieurs dizaines de morts

Depuis le début de l'assaut mercredi, 81 combattants kurdes et 30 civils ont été tués, selon un dernier bilan d'une ONG syrienne, et 100 000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU. Ankara a annoncé la mort de 4 soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie.

Sous un barrage de l'artillerie lourde et la couverture de l'aviation turque, les forces turques et leurs alliés locaux ont lancé le matin, à partir de trois axes, un assaut en direction de Ras al-Aïn, presque entièrement désertée par ses habitants, selon l'OSDH.

Le bruit de bombardements incessants était entendu dans le secteur, alors que les combattants syriens proturcs armés de lance-roquettes se dirigeaient vers le front, selon un correspondant de l'AFP près de Ras al-Aïn.

Dans la nuit, les forces turques ont conquis 11 villages, la plupart près de Tal Abyad, une autre ville frontalière que les forces turques veulent prendre, selon l'OSDH.

Signe de l'intensité des combats, 20 combattants kurdes et 10 civils ont été tués dans les violences nocturnes.

Selon un responsable des Forces démocratiques syriennes (FDS), dont les YPG sont l'épine dorsale, Ras al-Aïn résiste toujours et les affrontements se poursuivent. Les FDS ont partiellement reculé en raison des violents bombardements, mais elles ont lancé une contre-attaque.

Selon l'OSDH et un correspondant de l'AFP sur place, les forces turques et leurs alliés ont conquis une zone industrielle à la périphérie de Ras al-Aïn.

Un responsable de ces supplétifs, des ex-rebelles ayant combattu le régime syrien au début de la guerre, a indiqué que leur progression était ralentie par la résistance féroce des YPG et un nombre très élevé de tireurs embusqués. Nous avons fermé les routes principales qui mènent à Ras al-Aïn.

Depuis mercredi, quelque 27 villages auraient été capturés par les forces turques.

À la faveur du conflit syrien, les Kurdes ont instauré une autonomie de facto sur les vastes régions sous leur contrôle dans le Nord.

Soutenues par l'Occident, principalement par les États-Unis, les FDS sont le fer-de-lance en Syrie de la lutte contre le groupe armé État islamique (EI), vaincu en mars avec la perte de son dernier fief dans le pays.

Selon le Pentagone, des soldats américains déployés près de Kobané se sont retrouvés vendredi sous le feu de l'artillerie turque, mais il n'y a pas eu de victime. La Turquie a nié avoir tiré sur eux.

Des chars d'assaut turcs installés sur des remorques, près de la Syrie.

La Turquie a déployé de nombreux chars d'assaut à la frontière avec la Syrie.

Photo : Getty Images / Burak Kara

Condamnation internationale

Selon un responsable américain, les forces américaines poursuivent leurs patrouilles quotidiennes dans le nord-est de la Syrie, mais évitent les zones de combat.

Les soldats américains avaient été déployés dans des secteurs syriens pour venir en aide aux FDS dans la lutte antidjihadiste.

Lundi, le retrait de dizaines de soldats américains des abords de la frontière turque a semblé laisser le champ libre à l'offensive. Il a été perçu comme une trahison par les Kurdes. Mais les États-Unis, alliés de la Turquie au sein de l'OTAN, ont ensuite soufflé le chaud et le froid.

Vendredi, ils ont affirmé que le président Donald Trump allait signer un décret permettant le déclenchement à tout moment de sanctions contre la Turquie.

Dénonçant l'offensive turque, l'Allemagne a annoncé samedi avoir stoppé la livraison à la Turquie d'armes « qui pourraient être utilisées » contre les Kurdes en Syrie, avant une décision similaire de la France.

Au Caire, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont appelé au retrait immédiat des troupes d'Ankara.

La Turquie, elle, est restée sourde aux menaces.

Peu importe ce que certains disent, nous ne stopperons pas cette opération, a tonné vendredi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Des ONG ont mis en garde contre un nouveau désastre humanitaire en Syrie où la guerre, qui s'est complexifiée avec l'intervention de multiples acteurs régionaux et internationaux, a fait plus de 370 000 morts depuis 2011 et déplacé des millions de personnes.

Plusieurs pays, surtout européens, s'inquiètent aussi du sort des membres de l'EI qui ont été emprisonnés par les Kurdes. Vendredi, les autorités kurdes ont affirmé que cinq djihadistes s'étaient évadés d'une prison après des raids turcs.

La Turquie, qui a déjà mené deux offensives dans le Nord syrien en 2016 et en 2018, voudrait à terme installer dans la « zone de sécurité » qu'elle souhaite instaurer une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son sol.

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