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Quand une campagne passe à la vitesse supérieure

Le chef libéral sert des mains lors d'une activité partisane.

Justin Trudeau multiplie les bains de foule et les visites d'un bout à l'autre du pays... sous l’œil scrutateur des journalistes et photographes des médias.

Photo : Radio-Canada

Louis Blouin

Chaque jour compte, l’horaire est chargé. Tous les arrêts seront soigneusement calculés d’ici le 21 octobre. Les débats terminés, les chefs doivent maintenant miser sur le travail de terrain.

Au lendemain de la dernière confrontation, les journalistes sont convoqués à un rassemblement partisan dès 8 h au centre-ville d’Ottawa, malgré une très courte nuit de sommeil.

Le signal est clair : Justin Trudeau n’a pas une minute à perdre et les prochains jours ne seront pas de tout repos. Les libéraux sont toujours au coude à coude avec les conservateurs, la montée du Bloc québécois dérange et le spectre d’un gouvernement minoritaire plane.

On doit profiter du temps qu’il nous reste, souligne un stratège libéral.

La rencontre avec les partisans dure à peine 15 minutes. Justin Trudeau file vers l’aéroport et s’envole pour la Colombie-Britannique, où trois autres arrêts sont prévus. La journée de travail va s'étirer sur 16 heures. Cette cadence durera jusqu’au 21 octobre : il n’y aura aucune journée de repos.

Des hommes chargés de sacs et de valises montent à bord d'un avion.

Photographes et caméramans montent à bord de l'avion libéral, à Ottawa, pour se rendre à Vancouver.

Photo : Radio-Canada

La grande région de Vancouver est un champ de bataille auquel Justin Trudeau doit s’attarder. C’est un endroit où il se bat pour rallier les électeurs progressistes. La fragmentation du vote de gauche pourrait avantager les conservateurs.

Justin Trudeau a justement mis en garde les électeurs contre un possible retour des conservateurs lors de son passage dans un pavillon de l’Université Simon Fraser, à Surrey.

C’est important pour les Canadiens de faire le bon choix. Est-ce qu’on continue d’investir et de créer de la croissance […] ou est-ce qu’on retourne aux coupes dans les services et à l’austérité des années Harper?, a déclaré le chef libéral.

David Gill observe de loin la foule venue voir Justin Trudeau. Ce résident de la rive nord de Vancouver se définit comme néo-démocrate. Il est en désaccord avec l’extension du pipeline Trans Mountain. Il faut investir dans les énergies renouvelables, affirme-t-il.

Malgré tout, il votera libéral pour des raisons purement stratégiques. Je ne veux pas des conservateurs, dit-il.

Justin Trudeau lors d'un bain de foule avec des jeunes en Colombie-Britannique.

De nombreux étudiants ont souhaité profiter du passage de Justin Trudeau à l'Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, pour prendre une photo.

Photo : Radio-Canada

C’est justement sur les électeurs comme David Gill que les libéraux misent. Est-ce que ce sera suffisant? Beaucoup de progressistes sont toujours en réflexion.

Kian Kermani hésite entre le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique. Je préfère la plateforme néo-démocrate à celle des libéraux, expose-t-il.

Il donne en exemple les promesses d’éliminer les intérêts sur les prêts étudiants et la création d’un régime national de soins dentaires.

Le fait d’avoir vu Justin Trudeau en personne pourrait cependant influencer son vote. S’il me convainc dans son discours aujourd’hui, je vais certainement voter libéral, souligne-t-il.

Au-delà de la politique, j’aime bien Justin Trudeau comme personne, ajoute l’électeur de Coquitlam—Port Coquitlam.

Dans sa circonscription, les libéraux devront batailler fort avec les conservateurs pour conserver leur siège. Ce n’est pas un hasard si Justin Trudeau a choisi de faire un arrêt dans un petit café de Coquitlam pour rencontrer des citoyens.

Sa présence pourrait convaincre des indécis.

Notre dossier Élections Canada 2019

L’impact d’une visite du chef

Dans le « war room » libéral, l’itinéraire du chef est planifié méticuleusement. Il faut l’envoyer où ce sera le plus payant.

À ce stade, les apparitions du chef peuvent faire une différence notable, explique un stratège libéral, surtout dans un contexte où il faut convaincre les électeurs de voter.

Une visite de Justin Trudeau dans une circonscription peut parfois faire augmenter le score local de trois ou quatre pour cents, selon ce libéral.

Un coup de pouce non négligeable quand vient le temps de faire basculer une circonscription ou de la défendre. Autre avantage, la couverture des médias locaux, qui peut avoir une influence.

L’impact le plus tangible d’une visite de Justin Trudeau se fait sentir auprès des bénévoles, selon un autre libéral. Ça mobilise les militants, explique-t-il, ceux qui vont cogner aux portes et font des appels.

Justin Trudeau reçoit un câlin d'une fillette.

Le chef libéral multiplie les arrêts dans les circonscriptions qu'il pourrait ravir à ses adversaires, mais aussi dans celles qu'il doit défendre.

Photo : Radio-Canada

Où ira Justin Trudeau?

Le parcours d’un chef dans les derniers jours d’une campagne permet d’en savoir beaucoup sur le niveau de confiance de son équipe à l’approche de la ligne d’arrivée.

Est-il en train de protéger ses acquis ou tente-t-il de conquérir de nouveaux territoires? L’itinéraire peut changer en quelques heures, en fonction des sondages internes.

Le chef libéral devrait passer beaucoup de temps en Ontario et au Québec au cours des prochains jours. Deux provinces clés, puisqu’elles comptent le plus grand nombre de sièges (199 sur 338). L’Ontario est essentiel pour gagner le pouvoir et le Québec pourrait faire la différence entre une minorité et une majorité.

Selon nos informations, Justin Trudeau visitera des circonscriptions où des courses à trois (PLC, PCC, BQ) se dessinent, en territoire orange notamment.

Il ne serait pas étonnant de le voir débarquer à Sherbrooke (NPD), Trois-Rivières (NPD) et Terrebonne (BQ), par exemple.

Le chef libéral doit mettre tout son poids dans la balance alors que la remontée du Bloc québécois nuit à son potentiel de croissance et pourrait même menacer certains sièges qui semblaient acquis il y a encore quelques semaines au Québec.

C’est le dernier round, déclare un membre de l’équipe libérale.

Après 30 jours de campagne, le chef arrivera-t-il à maintenir ce rythme effréné? Pas d’inquiétude, nous disent ses proches collaborateurs : « Il carbure à ça. »

Les journalistes doivent aussi suivre ce train d’enfer jusqu’à la fin. Le secret? Beaucoup de café.

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