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Pourquoi bien des Albertains détestent tant Justin Trudeau?

Les libéraux ont dépensé 4,5 milliards de dollars pour acheter le pipeline Trans Mountain, mais beaucoup d'Albertains leur en veulent encore.

Le reportage de Laurence Martin.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Laurence Martin

Le chandail, fabriqué par l'entreprise albertaine Low Class Oil Trash, a des allures macabres.

Sur le devant, on aperçoit un arbre avec, au bout de la branche, une corde qui pend dans le vide. Juste en dessous, on peut lire ces trois mots : « Come West Trudeau » (Venez dans l'Ouest, Trudeau).

Un chandail sur lequel on peut voir un arbre avec un noeud coulant, ainsi que le message « Come West Trudeau ».

L'entreprise dit avoir épuisé les stocks de ce chandail au message très hostile envers le premier ministre sortant.

Photo : Low Class Oil Trash

Sur le site de l’entreprise, la propriétaire n'hésite pas à insulter le parti de Justin Trudeau : « F*** les libéraux ». En ce moment, il est impossible de se procurer le vêtement controversé. Les stocks sont épuisés.

Bien sûr, l’exemple est extrême – il a même été signalé à la Gendarmerie royale du Canada –, mais il montre jusqu'où certains Albertains sont prêts à aller pour exprimer leur colère envers Justin Trudeau.

D’ailleurs, selon trois sondages réalisés par la firme Campaign Research au cours des derniers mois, à peine 20 % des Albertains approuvent le travail du premier ministre sortant.

Près de 60 % des électeurs de la province ont l'intention de voter pour les conservateurs d'Andrew Scheer, si l'on regarde la moyenne de sondages compilés par l'analyste Éric Grenier.

On pourrait avoir un scénario où les libéraux sont élus sans aucun siège en Alberta.

Duane Bratt, politologue à l'Université Mount-Royal

Imaginez les défis de gouvernance que ça entraînerait, ajoute Duane Bratt. Ça ne ferait que renforcer le sentiment d'aliénation dans l'Ouest.

Mais pourquoi autant de colère?

La faute du père

Si Justin Trudeau a du mal à séduire l’électorat albertain, c’est en partie à cause de son père et du Programme énergétique national (PEN) qu’il a mis en place en 1980.

Pierre Elliott Trudeau aux côtés de Jimmy Carter.

Pierre Elliott Trudeau, lors d'une visite officielle à Washington, en 1977

Photo : Associated Press

On est en pleine crise pétrolière mondiale et Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre, veut contrer la montée en flèche du prix des hydrocarbures. Sa solution? Obliger les producteurs albertains à vendre leur pétrole au rabais.

Le politicien choisit aussi de taxer davantage les exportations de pétrole de l’Ouest et, avec l’argent recueilli, il subventionne le carburant que les consommateurs achètent à la pompe. Le hic, c’est que ces consommateurs se trouvent en majorité dans l’Est du pays, en Ontario et au Québec. Les Albertains ont l’impression de s’être fait avoir. Le sentiment d’aliénation dans l’Ouest est décuplé.

Avec le programme en 1980, l’Alberta a perdu l’équivalent de 34 à 43 milliards de dollars courants, explique Trevor Tombe, économiste à l’Université de Calgary.

Acheter un oléoduc... pour ne pas le construire

Quand il est devenu chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau ne voulait pas répéter les erreurs de son père. Il a visité l’Alberta au deuxième jour de sa campagne en 2015. Il y est d'ailleurs retourné il y a quelques semaines.

En décembre dernier, le chef libéral annonçait une aide de 1,6 milliard de dollars à l’industrie pétrolière. Et, surtout, il a acheté le pipeline Trans Mountain.

Mais, près de 40 ans après le Programme énergétique national, la méfiance des Albertains envers la marque « Trudeau » ne s'est pas envolée. Beaucoup d’électeurs, comme Gilles Gagné, un travailleur en construction à la retraite, croient même que Justin Trudeau a acheté le pipeline pour ne pas qu'il soit construit.

C’est ridicule, répond le politologue Duane Bratt à Calgary, qui est habitué à entendre ce genre de commentaires. Si les libéraux voulaient abandonner le projet, ils n'avaient qu'à ne rien faire.

Ce que les libéraux ont fait, par contre, c'est d'adopter le projet de loi C-69, qui resserre les évaluations environnementales sur les projets énergétiques et rend, de facto, la construction d'oléoducs plus difficile.

Pour bien des Albertains, c'est la preuve que Justin Trudeau n'est pas vraiment propipeline, ajoute le politologue.

Et pour le chef libéral, qui se fait reprocher de soutenir et d’attaquer l’industrie pétrolière en même temps, c’est la preuve que gouverner au centre et vouloir marier économie et environnement est une arme à double tranchant.

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