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Aider les travailleuses ménopausées

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Une femme âgée en milieu de travail.

Les environnements de travail du Québec ne sont généralement pas adaptés aux femmes ménopausées.

Photo : Getty Images / svetikd

Au Royaume-Uni, le Parti travailliste promet, s’il est élu aux prochaines élections, d’obliger les grandes entreprises à s'adapter aux besoins des employées qui présentent des symptômes de ménopause. L’idée fera-t-elle son chemin jusqu’au Québec?

Il y a cinq ans, Myriam Binette a été frappée par une tornade : la ménopause. Bouffées de chaleur, insomnie, fatigue… Du jour au lendemain, sa vie s’est transformée.

Je suis une fille d'action, puis vraiment, je sens que je n'ai plus l'énergie, la résistance et l'envie de faire 3-4 affaires en même temps, ce que je pouvais faire facilement avant, dit la fleuriste de 55 ans.

Myriam Binette a essayé l’hormonothérapie de remplacement, mais sans succès.

Elle continue de travailler cinq à six jours par semaine. Elle prend toutefois davantage de vacances pour s’exiler dans sa maison aux Îles-de-la-Madeleine et s’y reposer. « C'est l'avantage que j'ai d'être propriétaire et d'avoir une équipe extraordinaire qui travaille avec moi », dit la copropriétaire de Binette et filles, au marché Jean-Talon à Montréal.

Sylvie Lefebvre a aussi réaménagé son horaire de travail. C'est d'ailleurs en partie en raison de sa ménopause que l'avocate est devenue travailleuse autonome. Depuis qu'elle est ménopausée, elle dort beaucoup moins bien. Elle fait désormais une courte sieste durant l’après-midi.

Est-ce qu'un patron m'autoriserait à faire une sieste de 20 minutes pour pouvoir recharger la batterie?

Sylvie Lefebvre, femme ménopausée

Un enjeu à l’avant-plan chez les Britanniques

La question de la ménopause en milieu de travail est devenue un véritable enjeu au Royaume-Uni.

À l'occasion de la Journée mondiale de la ménopause, le 18 octobre, la chaîne de télévision Channel 4 a annoncé qu'elle offrira désormais des horaires flexibles et des congés de maladie payés aux employées ménopausées qui en ont besoin.

S'il est élu aux prochaines élections, le Parti travailliste s’est même engagé à obliger les organisations de plus de 250 employés à adopter une politique pour les femmes ménopausées. Les entreprises seraient alors tenues, entre autres, de faciliter la prise de congés et d'offrir une ventilation adéquate à ces travailleuses.

On est rendu à une étape de la société où on n'aura pas le choix de réfléchir aux femmes dans cette situation-là. Parce que ça fout vraiment le bordel dans une vie, cette chute d'hormones là.

Myriam Binette, femme ménopausée

La ménopause, qui survient à l'âge de 45 à 55 ans, entraîne des symptômes, comme des bouffées de chaleur, des sueurs nocturnes, des douleurs articulaires, de l’irritabilité et de l’anxiété, chez 50 % à 70 % des femmes, selon le Dr Radomir Jarcevic, gynécologue-obstétricien à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Des symptômes sévères, c'est à peu près chez 10 % des femmes ménopausées.

Dr Radomir Jarcevic, gynécologue-obstétricien

Une réalité encore tabou au Québec

Caroline Codsi, présidente fondatrice de la Gouvernance au féminin, un organisme qui milite pour les quotas de femmes dans les conseils d’administration, croit qu'il faut sensibiliser les employeurs québécois à la question.

Mais pas au point de légiférer.

C'est un tabou qu'on veut lever, mais ça reste délicat. Tout simplement parce que je ne veux pas qu'on se trouve des excuses supplémentaires pour dire : "Voilà pourquoi on n'a pas choisi une femme". "Elle est ménopausée". On ne va plus s’en sortir là!

Caroline Codsi, présidente fondatrice de la Gouvernance au féminin

Invité à réagir à ce sujet, le ministre québécois du Travail Jean Boulet affirme, dans un courriel, que les employeurs doivent mettre en oeuvre des mesures d’adaptation pour ces femmes en tenant compte de la réalité de chaque milieu de travail. Cela s’impose de façon encore plus aiguë dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, écrit-il.

Karen Messing, professeure émérite au Département des sciences biologiques de l'UQAM, étudie l'effet des conditions de travail sur la santé, en particulier celle des femmes. Elle souligne que certaines mesures, comme l'ajustement de la température dans les bureaux, pourraient bénéficier à tous les travailleurs.

On sait que les femmes sont confortables généralement à une température [d']à peu près trois degrés supérieure à la température [à laquelle] les hommes sont confortables, précise Karen Messing. C'est une moyenne. Est-ce que donner plus de contrôle local de la température, ça aiderait pas tout le monde?

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