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Ruelles vertes : quand la mobilisation citoyenne flanche...

Une ruelle envahie par les hautes herbes.

Créée vers 2010 dans Mercier-Ouest, la ruelle verte Repentigny est maintenant abandonnée.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

René Saint-Louis

Le tiers des ruelles vertes de l'arrondissement Mercier−Hochelaga-Maisonneuve sont négligées ou carrément abandonnées. Au fil des ans, il arrive que l'enthousiasme des débuts s'étiole.

La ruelle Repentigny dans le quartier Mercier-Ouest n'a pas bonne mine. Créée vers 2010, elle est en friche depuis deux ans. Des herbes d'un mètre de hauteur y poussent.

Tout le monde garroche des affaires : du ciment, de la terre, des bûches. Il n'y a rien à faire, dit Pierre St-Amour, un voisin de la ruelle. M. St-Amour a essayé de s'en occuper, mais il a sa propre cour à entretenir et il a renoncé.

Les gens qui étaient dans le noyau de départ du comité de la ruelle verte ont peu à peu déménagé. Il y a à peine trois ans, selon un autre voisin, des gens avaient planté du maïs dans la ruelle et fait une épluchette à la fin de l'été. Depuis, plus rien.

La ruelle Repentigny est maintenant le royaume des chats, dit-on en riant dans le voisinage.

Le chargé de projet en mobilisation citoyenne à l'Éco-quartier Mercier−Hochelaga-Maisonneuve se désole de la situation. Mais Frédéric Vachon soutient que l'organisme ne peut pas se substituer aux citoyens pour s'occuper du projet. La relance de la ruelle doit venir du voisinage, dit-il.

Si un citoyen constate que sa ruelle verte est laissée à l’abandon et qu'il aurait une envie de remobiliser son comité, ce citoyen doit venir nous voir pour qu’on puisse l'accompagner dans ses démarches de remobilisation. Nous, on n'est pas là pour imposer des projets, on est là pour accompagner les citoyens. Un projet top-down en général, c'est plus difficile à faire fonctionner.

Frédéric Vachon, chargé de projet en mobilisation citoyenne l'Éco-quartier Mercier−Hochelaga-Maisonneuve

Il suffit qu'un seul citoyen se manifeste pour que l'Éco-quartier puisse alors tenter de remobiliser les voisins en faisant du porte-à-porte pour refaire un comité de ruelle. Ce comité pourrait ensuite recevoir du financement qui servirait à racheter des végétaux ou du bois pour refaire le mobilier et l'aménagement de la ruelle.

Frédéric Vachon ne sait pas exactement combien de ruelles vertes sont abandonnées ou négligées dans son arrondissement. Le tiers, estime-t-il à vue de nez.

Ce constat n'est pas unique à Mercier−Hochelaga-Maisonneuve. C'est un enjeu qui touche les autres arrondissements de Montréal, dit Ève Lortie-Fournier, du Regroupement des éco-quartiers.

Que faire ?

Les projets de verdissement se font souvent par étapes. Par exemple, la première année on installe des bacs à fleurs, la deuxième, on enlève l'asphalte, et ensuite on construit du mobilier urbain en bois. Le problème de démobilisation citoyenne survient généralement lorsque l'objectif de départ a été atteint, indique Frédéric Vachon.

C'est plus rare, mais certains projets échouent en cours de route. C'est le cas de la ruelle verte Léon-Derome, située derrière la station de métro Langelier, dans le quartier Mercier-Ouest.

Pour terminer le projet, il aurait fallu scier la dalle de béton, ce qui aurait coûté beaucoup plus cher que d'avoir à enlever de l'asphalte. La ruelle a été fermée à la circulation de transit en 2014, verdie en 2015, mais le résultat final est un peu triste.

La dalle de béton dans la ruelle Léon-Derome.

La ruelle Léon-Derome dans Mercier-Ouest.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Dans le même quartier, une autre ruelle verte se porte à merveille. La ruelle Saint-Victor, entre les rues Gonthier et Hector, est un havre de tranquillité qui détonne par rapport à la très passante rue Notre-Dame, juste à côté.

Cela fait 15 ans que les voisins ont pris l'initiative de la transformer, avant même l'apparition de l'appellation de ruelle verte. Le succès du comité repose sur la stabilité du voisinage − composé majoritairement de propriétaires − et sur la présence de personnes âgées au comité de ruelle.

L'arrosage, par exemple, est assuré par Bibi, un homme de 87 ans. C'est tout ce que j'ai à faire, dit-il, ajoutant être motivé par la beauté de sa ruelle.

Les jeunes familles peuvent vite être débordées, dit Diane Trottier, une autre membre du comité de ruelle verte, alors que nous...

Quand on a des bons vieux, pis des bonnes vieilles comme moi, c'est sûr que ça aide à être présent. Parce qu'il faut être présent, il faut avoir le temps, il faut avoir une passion de ça. La verdure aussi! On es-tu chanceux d'avoir ce côté-là, pis on est sur l'île de Montréal. C'est un privilège d'avoir une ruelle verte.

Diane Trottier, membre du Comité de la ruelle verte Saint-Victor
Diane Trottier et Richard Dufort dans la ruelle.

Diane Trottier et Richard Dufort, deux membres actifs du Comité de la ruelle verte Saint-Victor.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Richard Dufort est un autre membre du Comité de la ruelle verte Saint-Victor. Il est à l'origine du projet. Si je déménageais demain matin, peut-être que cela aurait un effet sur la dynamique de la ruelle verte, si le nouveau propriétaire ne s'en occupe pas, n'est pas préoccupé par ça et n'a pas le souci de lutter contre les îlots de chaleur, dit-il.

La ruelle verte Saint-Victor.

La ruelle verte Saint-Victor.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

La ruelle verte Saint-Victor est un exemple parfait de bon voisinage entre des gens qui habitent le quartier depuis longtemps. Pour les ruelles vertes où le roulement des voisins est important, il faut trouver des façons d'accueillir et d'intégrer les nouveaux arrivants, soutient Frédéric Vachon, de l'Éco-quartier.

On a des citoyens super motivés pour commencer les projets, qu'ils soient locataires ou propriétaires, mais vraiment la pérennité, c'est un enjeu de tout moment, souligne-t-il. C'est pas juste de l'aide financière qui va faire la différence, malgré que c'est un appui important sur lequel les citoyens peuvent se baser. Mais c'est vraiment leur capacité à rassembler des gens autour d'eux, de faire face aux déménagements de certains, au changement dans la vie de chacun, puis de vraiment rester actif pour que l'aménagement reste aussi beau qu'il l'était au départ.

Garder la ruelle active et animée en faisant des bazars ou des fêtes de quartier, par exemple, permet d'intégrer les nouveaux venus ou d'autres voisins qui ne s'étaient pas investis jusque-là.

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