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Revenir vivre au Cap-Breton, mais à quel prix?

Andrea Beaton s'exécutant au violon.

La violoniste Andrea Beaton

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Janic Tremblay

Ils sont partis vivre loin de la Nouvelle-Écosse. Certains d'entre eux ont pris le chemin du retour.

À l'occasion de la campagne électorale, les journalistes Janic Tremblay et Marie-France Abastado de Désautels le dimanche entreprennent la traversée du Canada en train à la rencontre des électeurs. Troisième envoi d’une série de cartes postales.

À mon arrivée à Chéticamp, on m’a dit : "si tu es encore ici samedi, ne manque surtout pas les violoneux au Doryman!” Chaque semaine, le bar-restaurant vibre au rythme du violon et de la musique traditionnelle aux accents celtiques.

M’y voici au Doryman! C’est la violoniste Andrea Beaton qui anime la foule avec ses envolées endiablées.

Tout un spectacle pour seulement 6 $! Contre toute attente, la musicienne qui a parcouru le monde et habité la banlieue de Montréal pendant quelques années est revenue s’installer dans son village natal de Mabou en Nouvelle-Écosse.

Quand j’ai quitté il y a quelques années, je ne travaillais pas assez pour payer les factures et je trouvais qu’il n’y avait rien à faire. Je m’étais dit que je ne reviendrais pas ici autrement qu’en vacances.

Andrea Beaton

Andrea Beaton a toutefois reconsidéré cette décision après la naissance de ses deux enfants qui ont maintenant 15 mois et 3 ans. Elle a voulu qu’ils grandissent dans la culture gaélique unique de la Nouvelle-Écosse. Elle a aussi eu très envie de retrouver sa famille et ses racines.

Cela ne veut pas dire que c’est facile. Il y a toutes sortes de sacrifices. Aujourd’hui au Doryman, il n’y a pratiquement que des personnes âgées, une illustration criante du vieillissement de la population sur l’île du Cap-Breton.

Un couple virevolte.

Un couple pratique la danse au Doryman.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

C’est donc un peu trop tranquille au goût d’Andrea. Comme d’autres résidents interviewés lors de ce passage éclair à l’île du Cap-Breton, elle se plaint aussi de la piètre fiabilité du réseau Internet.

C’est deux fois plus cher qu’en ville et 20 fois plus lent. Mon mari est ingénieur en informatique. C’est un grand sacrifice pour lui de venir vivre ici, précise-t-elle.

Elle trouve aussi qu’il manque cruellement de lieux de rencontre et de diversité. C’est pour ça qu’elle a choisi d’ouvrir un café à Mabou.

On sert des cafés qui ne sont pas très disponibles ailleurs. Beaucoup de gens viennent essayer. Ils me demandent ce que c’est un americano ou un latte. Je leur explique et ils sont de plus en plus ouverts. J’essaie d’être un agent de changement et de redonner à la communauté.

Andrea Beaton

Par la fenêtre du Doryman, on aperçoit un peu plus loin le restaurant l’Abri Café. C’est tenu par des jeunes qui ont choisi de revenir, vous devriez y aller!, me lance une habituée.

Sur place, l’ambiance n’a vraiment rien à voir avec le Doryman. En fait, on pourrait presque dire, il n’y a rien à voir avec aucun autre restaurant de Chéticamp. La décoration est très contemporaine. Une douce musique hip-hop aux accents jazzés flotte au-dessus des lieux. La lumière qui filtre à l’intérieur n’est pas trop dure et la salle à manger est pourvue d’immenses fenêtres qui donnent sur la mer. Le copropriétaire Jaron Felix dit qu’il voulait revendiquer son identité acadienne... sans mettre en avant le drapeau étoilé. Autrement dit, en misant sur une approche plus moderne.

Jaron Felix devant un mur de bardeaux de cèdre.

Jaron Felix copropriétaire de l’Abri Café.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Jaron a étudié en beaux-arts à Halifax. Il est revenu à Chéticamp lorsqu’il a hérité de la maison de ses arrière-grands-parents. Il ne s’imaginait pas posséder un restaurant à 25 ans. C’est une aventure qui stimule sa créativité. Mais il faut se battre pour y arriver. Attirer de la main-d’oeuvre est un grand défi. Surtout en raison du manque de logement.

C’est vraiment beau ici avec la Cabot Trail et le parc national. On a la culture acadienne, les couchers de soleil sur la mer, et on rencontre des gens de partout sur la planète qui viennent visiter. Mais c’est très difficile d’attirer des employés, car on n'a nulle part où les loger. Le logement à court terme ça n’existe pas ici.

Une route file le long de la côte avec des marcheurs sur un sentier.

Le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton dans toute sa splendeur.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Deux de ses employés logent... dans le sous-sol chez sa mère! C’était la seule option, dit-il. Il est aussi impossible d’attirer des chefs cuisiniers à Chéticamp. C’est trop compliqué.

Ici, les chefs sont des cuisinières qui travaillent dans les restaurants de la région depuis des années. Elles sont incroyables et on les apprécie beaucoup. Mais pour renouveler le menu, il faudrait quelqu’un qui a étudié en cuisine.

Il pense qu’un programme d’aide à la construction de logements pourrait vraiment donner un gros coup de pouce à des entrepreneurs comme lui partout aux pays.

On a besoin d’aide des gouvernements. Ce serait une fondation sur laquelle on pourrait bâtir.

Jason Felix
Janic Tremblay souriant.

Le journaliste Janic Tremblay de l'émission Désautels le dimanche.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J’ai entrepris mon périple dans l’est du pays à bord d’un train qui s’arrêtera en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et dans l'Est-du-Québec. Je vous rapporte quelques cartes postales témoignant de mes rencontres. Vous pourrez aussi me suivre à l’émission Désautels le dimanche à 10 h.

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