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Les changements climatiques menacent le réseau routier, dit l'industrie de l'asphaltage

Le reportage de Marie-Josée Paquette Comeau.

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

Radio-Canada

Bitume Québec et l’industrie de l'asphaltage mettent les pouvoirs publics en garde contre l'effet des changements climatiques qui accéléreront, selon eux, la détérioration des routes du Québec au cours des prochaines années.

Selon Bitume Québec, qui se fonde sur les observations faites par les membres de l’industrie, les études du ministère fédéral des Ressources naturelles et le plus récent rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les variations fréquentes de température et l’augmentation des précipitations mettront à rude épreuve autant les fondations que le revêtement des routes.

L'impact de ces changements climatiques va se faire sensiblement ressentir sur nos routes en raison de l'augmentation de la température, des pluies inhabituelles, des périodes de gel et de dégel à répétition, ainsi que de la diminution du couvert de neige, peut-on lire dans un communiqué de cette association qui regroupe des fournisseurs de bitume et des producteurs d’enrobés bitumineux.

La situation tant dénoncée des nids-de-poule et de routes en mauvais état sera pire encore au printemps 2020.

Martin Pelletier, président de Bitume Québec
Des travaux d'asphaltage sur une route.

Épandage d'asphalte sur une route en réparation

Photo : getty images/istockphoto / wabeno

Bitume Québec estime qu’il est possible de rattraper le déficit d’entretien des routes au Québec, évalué actuellement à près de 16,4 milliards de dollars par le comité d'experts indépendant du ministère des Transports du Québec (MTQ).

Les membres de ce comité, créé sur recommandation de la commission Charbonneau, considèrent quant à eux que le MTQ n'est pas capable de garder le rythme tellement le réseau routier du Québec se détériore rapidement.

Considérant l’ampleur de la tâche qui incombe au gouvernement du Québec, responsable de l’entretien d'une bonne partie des 185 000 kilomètres de routes et d’autoroutes qui sillonnent le Québec, le président de Bitume Québec offre son entière collaboration au ministre François Bonnardel pour relever ce défi.

Pour Bitume Québec, le montant de 1,45 milliard de dollars consacré par Québec au réseau routier en 2019-2021 ne suffira pas face à l’accélération de la détérioration des infrastructures.

L’association rappelle également qu’à court terme, 9700 kilomètres de voies municipales seront à réparer dans les villes de la province, et ce, sans compter la réfection des réseaux souterrains d'aqueducs et d'égouts.

Précisant que, sur les 115 milliards de dollars prévus dans le Plan québécois des infrastructures, il existe une provision de 24,5 milliards destinée au réseau routier, le président de Bitume Québec exhorte le gouvernement Legault à réaménager ses priorités d’investissements de façon à dégager les sommes nécessaires à la restauration du réseau routier.

Des appels d'offres à la fin de l'automne

Travaux d'asphaltage à Matane.

Travaux d'asphaltage à Matane

Photo : Radio-Canada

Sur le plan organisationnel, Bitume Québec demande au gouvernement Legault de lancer les appels d’offres pour les travaux routiers en novembre et en décembre de façon à permettre aux entreprises soumissionnaires de faire les investissements nécessaires et de s'assurer d'une disponibilité de main-d'œuvre.

L'association croit fermement que jusqu'à 20-25 % plus de chantiers avec ce simple changement de pratique pourraient être réalisés et livrés, affirme son président, Martin Pelletier.

Le professeur Gabriel Assaf de l'École de technologie supérieure est d’accord avec Bitume Québec sur le fait de lancer des appels d'offres plus tôt.

« La raison principale est que c'est plus difficile de compacter un enrobé bitumineux, donc de bien le mettre en oeuvre, quand il fait froid. Normalement, on s'entend pour dire 10 degrés, mais le ministère des Transports a une politique dans son cahier de charges. Il peut aller à 5 degrés voire même moins, mais il est toujours préférable [d'asphalter] en temps chaud. »

Un entretien préventif et non pas curatif

Il croit aussi que les routes ont besoin d’un entretien préventif.

« Ce concept d'entretien préventif est essentiel, dit-il. Il faut un fond routier indépendant de l'État pour le faire gérer. »

Il faut aussi faire participer la population, selon lui. « C’est elle qui possède ces routes et qui paye pour leur entretien. »

« Le gouvernement doit mettre au point un système où au moins la gestion de l’entretien doit être gérée par une société parapublique dont le président du conseil doit être du privé », et inclure des membres de la société civile, ajoute le professeur.

« C’est une façon de montrer à la population que les routes provinciales sont gérées de la bonne façon, affirme-t-il. Et mettre au point une consultation publique pour que si jamais on a x milliards à dépenser, que l’on sache qu’est-ce qui est optimum, qu’est-ce que la population est prête à accepter. »

Il rappelle qu'un entretien préventif coûte facilement trois fois moins cher qu’un entretien curatif.

Pour l’industrie de l'asphaltage, une réfection en profondeur des routes du Québec s’impose à la lumière des défis que posent les changements climatiques. Pour ce faire, Bitume Québec prône [de] renouveler les fondations, un meilleur drainage, des matériaux mieux adaptés et l'utilisation de technologies de dernière génération.

Réseau routier

Société