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  • Depuis des décennies, les pluies acides empoisonnent nos lacs et nos forêts

    Vue automnale d'un lac entouré de forêt.

    Les pluies acides détruisent nombre de lacs et de forêts au Canada depuis plusieurs décennies.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    En octobre 1979, une étude du gouvernement fédéral canadien confirme le danger que représentent les pluies acides pour nos lacs et nos forêts. Il a fallu beaucoup de temps pour qu’une réponse concertée contre ce fléau soit adoptée par le Canada et les États-Unis. Et la menace persiste.

    Il est très commun, très fréquent, en Amérique du Nord d’avoir des pluies de pH 4,7 qui sont 10 fois plus acides que des précipitations normales.

    Paul Choquette, Environnement Canada, 1979

    On peut dire qu’il y a à peu près 150 000 lacs dans l’est du Canada [...] qui sont sérieusement affectés par les pluies acides.

    Michael Perley, Coordonnateur à la Coalition canadienne contre les pluies acides, 1988

    Des pluies parfois plus acides qu’une tomate!

    Depuis les années 1960, les scientifiques scandinaves et canadiens accumulent des preuves : la nature de la pluie change.

    Elle contient de plus en plus d’acide.

    En tombant, les pluies acides endommagent les lacs et les forêts en Europe, mais aussi en Amérique du Nord et particulièrement au Canada.

    Ce soir, 26 octobre 1979

    Le journaliste Guy Lamarche nous propose le 26 octobre 1979 un reportage à l’émission Ce soir qui nous explique l’amplitude du problème.

    Il s'attarde aussi aux raisons pour lesquelles les pluies deviennent acides.

    Pour comprendre l’importance du danger, il faut tout d’abord posséder une notion de chimie qu’on appelle le potentiel hydrogène ou pH.

    Le pH est la mesure de l’acidité ou de la basicité d’une substance. Le pH se calcule sur une échelle de 0 à 14. Zéro est très acide et 14 est très basique (alcaline).

    Les poissons et les crustacés ne peuvent plus se reproduire lorsque l’eau d’un lac atteint 5 sur l’échelle de 14.

    À court terme, on assistera à la mort d’un lac aussi acide.

    À l’échelle pH, la tomate atteint 4,2.

    Or, comme le confirme Paul Choquette d’Environnement Canada, il n’est pas rare d’avoir des précipitations mesurant 4,7 voire 4 sur l’échelle du pH.

    Mais d’où viennent ces pluies acides?

    Les responsables sont principalement le dioxyde de soufre et l’oxyde d’azote qui forment des acides au contact de l’eau.

    En Amérique du Nord, c’étaient surtout les cheminées des centrales thermiques américaines, utilisant du pétrole ou du charbon et les fonderies de métaux non ferreux, qui émettaient ces polluants.

    On prévoyait, en 1979, que dans 10 ou 20 ans, les lacs de l’Ontario, du Québec et des provinces de l’Atlantique seraient endommagés par le phénomène.

    L’effet sur les forêts est moins rapide.

    Mais à long terme, les pluies acides lessivent les sols des éléments nutritifs. Les arbres meurent affamés.

    L'agriculture est également touchée.

    Les États-Unis se font tirer l’oreille

    Les industries canadiennes n’étaient pas les seules à émettre des pollutions acides.

    En fait, une partie importante de ces dernières provenaient des industries américaines. 

    Mais contrairement au gouvernement canadien, le phénomène n’inquiétait pas trop les autorités américaines.

    Quand le gouvernement du premier ministre Brian Mulroney propose un traité bilatéral de lutte contre les pluies acides, l’administration du président Ronald Reagan se fait tirer l’oreille.

    Le Point, 26 avril 1988

    Le journaliste Pierre Devroede explique, dans un reportage présenté à l’émission Le Point le 26 avril 1988, pourquoi le gouvernement de Washington est si réticent à combattre les pluies acides.

    Les compagnies émettrices de polluants acides renâclent à installer des filtres ou des dispositifs qui neutraliseraient l’acidité de leurs rejets.

    L’excuse invoquée? C’est trop cher et des milliers d'emplois seraient perdus.

    À cette argumentation s'ajoute le poids des lobbies des compagnies d’électricité utilisatrices d’énergies fossiles.

    Ceux-ci dépensent des sommes considérables pour convaincre le Congrès à Washington de ne pas se joindre aux efforts de réglementation suggérés par le Canada.

    Des parlementaires américains eux-mêmes s’opposent aux propositions canadiennes.

    Un exemple frappant d’entraves vient du chef de la majorité démocrate au Sénat en personne.

    Le sénateur Robert Byrd retarde indéfiniment l'adoption à la Chambre haute de tout projet de loi réglementant les émissions.

    Malgré toutes ces réticences, le premier ministre Brian Mulroney et le président George H.W. Bush vont signer en mars 1991 l’Accord Canada-États-Unis sur la qualité de l’air.

    En vertu de l’Annexe sur les pluies acides, les deux pays s’engageaient à planifier des réductions dans les émissions de sulfates et d’oxyde d’azote, notamment dans le secteur de la production d’électricité.

    Il faudra tout de même plusieurs décennies pour évaluer si cet Accord contribue à arrêter l’effet dévastateur qu’ont les pluies acides sur les lacs et les forêts.

    La menace frappe maintenant l’ouest du Canada

    Alors qu’on croyait le problème des pluies acides réglé avec l’Accord de 1991, on constate que ce ne n’est pas vraiment le cas.

    Un exemple?

    L'heure du monde, 24 septembre 2014 (audio)

    Le 24 septembre 2014, Jean-Sébastien Bernatchez, l’animateur de l’émission radiophonique L’heure du monde, interviewe Rosa Galvez.

    Celle-ci est professeure au Département de génie civil et de génie des eaux à l’Université Laval.

    L'entrevue avec Rosa Galvez nous confirme qu'en 2014 les provinces de l’ouest du Canada sont à leur tour menacées par les précipitations acides.

    La raison? La professeure est catégorique. C’est l’exploitation des gisements de sables bitumineux qui en est responsable.

    Le pétrole extrait de ces gisements contient 10 fois plus de soufre que le pétrole conventionnel.

    Son raffinage produit donc énormément de pollution acide qui s'attaque à l’environnement de certaines parties de l'ouest du Canada.

    À l’époque, la Saskatchewan et les Territoires du Nord-Ouest se plaignaient déjà que des pluies acides tombaient sur leurs territoires.

    Il existe des technologies pour lutter contre le phénomène, rappelait Rosa Galvez.

    L’autre solution, ce serait de privilégier les sources d’énergie alternatives.

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