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Des gélules d'excréments pour soigner la dépression

Des tubes à essai sont en train d'être remplis d'une substance brune.

Les excréments humains en train d'être traités dans un laboratoire de l'Université de Calgary.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Nafi Alibert

Une équipe du département de psychiatrie de l’Université de Calgary tente de remplacer le Prozac par des gélules à base de matière fécale humaine dans le traitement de certains troubles psychologiques.

On a tenu pour acquis que c’étaient des maladies du cerveau où nous pensons que les émotions sont régulées, mais c’est un petit peu plus compliqué que ça, dit la psychiatre Valerie Taylor.

Nous avons plus de récepteurs de sérotonine dans notre système gastro-intestinal que dans notre cerveau, précise-t-elle.

Biothérapie

Portrait d'une femme.

Valerie Taylor, professeur et directrice au département de psychiatrie de l'Université de Calgary, est la chercheure en chef de l'étude sur les traitements à base de matière fécale.

Photo : Gracieuseté

Actuellement, deux universités canadiennes étudient les vertus thérapeutiques de la transplantation fécale pour traiter des troubles neurologiques. Des chercheurs de Toronto explorent l’administration du traitement par coloscopie, quand ceux de Calgary misent sur l’ingestion de pilules composées de matière fécale.

Les selles sont traitées, conditionnées et insérées dans des capsules qui peuvent être avalées, explique la Dre Taylor.

Les scientifiques se sont d’abord aperçus que des souris, à qui ils avaient transplanté des matières fécales humaines d’individus souffrant d’autisme, de dépression ou d’anxiété, avaient développé les symptômes de ces affections.

C’était un début qui prouvait qu’il y avait là une relation de cause à effet, explique la Dre Taylor. Si on peut transférer des symptômes de ces maladies, nous espérons pouvoir aussi restaurer ainsi la santé.

Et c’est là qu’a commencé sa quête d’excréments humains sains.

Nous nous sommes basés sur les critères des dons de sang auxquels nous avons ajouté l’équivalent de 10 pages d’autres exigences pour être sûrs de sélectionner des sujets dont l'état de santé est extraordinaire, poursuit Valerie Taylor, qui a pour l’instant trouvé la moitié des donneurs recherchés.

Un gros plan sur une main gantée montrant des gélules.

Valerie Taylor rappelle que les gélules sont encore au stade expérimental et déconseille de se procurer celles que l'on peut déjà trouver sur Internet.

Photo : La Presse canadienne

Neurogastroentérologie

Comme le cerveau, l’intestin a son propre un système nerveux autonome. Il est peuplé de micro-organismes, dont des bactéries, qu’on appelle microbiote.

Les deux études canadiennes espèrent observer, comme avec les souris, la façon dont les bactéries gastro-intestinales d’une personne saine peuvent influer sur l'humeurs d’une autre personne.

Nombre de ces bactéries produisent les mêmes neurotransmetteurs [que dans le cerveau]. C’est sur eux que les traitements [classiques] à base de sérotonine, de dopamine et d’acide gamma-aminobutyrique cherchent à agir, explique Mme Taylor. [Mais] ils semblent insuffisants pour les personnes atteintes de dépression, de troubles anxieux ou d’autres maladies mentales.

À Toronto comme à Calgary, les sujets étudiés ont été répartis aléatoirement, certains recevant véritablement le traitement expérimental, d’autres un placebo ou leurs propres excréments.

Avec les informations de CBC

Alberta

Santé mentale