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L'offensive turque en Syrie se heurte à la résistance des milices kurdes

Le récit de Frédéric Arnould.

Photo : afp via getty images / NAZEER AL-KHATIB

Agence France-Presse

Les forces turques et leurs alliés ont tenté vendredi de progresser dans le nord de la Syrie, mais ont fait face à une farouche résistance des combattants kurdes, au troisième jour d'une offensive qui a provoqué un exode de civils.

Voisine de la Syrie en guerre, la Turquie a lancé mercredi une opération militaire des forces aériennes et terrestres contre une milice kurde syrienne qu'elle considère comme un groupe terroriste et qu'elle cherche à éloigner de sa frontière.

L'offensive a suscité un tollé international, plusieurs pays, notamment européens, s'inquiétant du sort des civils, mais aussi des nombreux djihadistes détenus par les forces kurdes, qui contrôlent de vastes régions dans le nord syrien, et qui pourraient s'enfuir.

Selon un dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 41 combattants kurdes et 17 civils ont été tués dans l'assaut depuis mercredi. Ankara a annoncé la mort d'un de ses soldats dans les combats et de huit civils, dont un bébé et une fillette, dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie.

Des soldats courent épars dans le désert.

Une unité de combattants syriens, alliés des Turcs, lance une attaque contre les Kurdes dans le nord de la Syrie.

Photo : afp via getty images / NAZEER AL-KHATIB

De violents combats continuent d'opposer les Forces démocratiques syriennes (FDS) – une coalition de combattants arabes et kurdes – aux troupes turques et à leurs supplétifs syriens, a ajouté l'OSDH.

Les affrontements se concentrent dans une bande de 120 km, le long de la frontière syro-turque.

Il y a d'intenses combats [...] sur plusieurs fronts, principalement de Tall Abyad à Ras al-Aïn, villes frontalières, d'après la même source.

Les FDS, qui utilisent des tunnels et des tranchées pour se défendre, luttent pour freiner l'avancée des forces turques, qui ont pris le contrôle jeudi de 11 villages, dont deux ont été depuis repris par les forces kurdes, a poursuivi l'ONG syrienne.

Les forces turques et leurs alliés ont recours à des frappes aériennes, à l'artillerie lourde et à des tirs de roquettes, selon l'OSDH.

Un soldat charge des munitions dans une mitrailleuse.

Un combattant peshmerga kurde photographié dans le nord de l'Irak, en 2017.

Photo : Reuters / Ako Rasheed

Les villes de Tall Abyad et Ras al-Aïn, presque entièrement désertées par leurs habitants, sont les plus touchées, selon un centre de presse affilié aux autorités kurdes locales.

Certaines tribus arabes ont rejoint les rangs des forces turques et ont mené des attaques à l'intérieur des lignes kurdes en activant des cellules dormantes, selon la même source.

Zone américaine frappée par des tirs

Par ailleurs, près de la ville de Kobane, des tirs d'artillerie venus de positions turques ont frappé une zone dans laquelle se trouvaient des soldats américains, lesquels n'ont pas été blessés, a annoncé le Pentagone.

L'explosion s'est produite à une centaine de mètres à l'extérieur de la zone de sécurité, dans une zone où les Turcs savent qu'il y a une présence de soldats américains, a indiqué un porte-parole du département américain de la Défense dans un communiqué.

L'armée turque répondait à des tirs provenant d'une zone proche de Kobane en direction de ses positions militaires au sud de la ville de Suruc, selon le ministère de la Défense turc.

La Turquie assure qu’elle a stoppé ses tirs dès qu'elle a été prévenue par les États-Unis.

Quant au Pentagone, il a demandé à la Turquie d'éviter des actions qui entraîneraient une action défensive immédiate.

La population civile mise à rude épreuve

L'ONU estime que 100 000 personnes ont fui les combats en direction de l'est, vers la ville syrienne de Hassaké, une ville épargnée par les combats. L'organisation souligne que les bombardements ont causé une interruption de service dans une station de pompage desservant la ville d'Al-Hassakeh, privant environ 400 000 personnes d'une source d'eau.

Que veut de nous Erdogan? [...] C'est juste parce que nous sommes kurdes?, demande une femme qui a trouvé refuge avec sa famille dans une école de Hassaké.

Médecins sans frontières (MSF) a indiqué avoir été contraint de fermer un hôpital que l'ONG soutenait à Tall Abyad. Les bombardements ont obligé les patients et les membres du personnel soignant à fuir, selon MSF.

D'autres ONG ont mis en garde contre un nouveau désastre humanitaire en Syrie, où plusieurs grandes puissances régionales et internationales sont impliquées dans la guerre depuis 2011.

Des gens regardent les débris d'un véhicule calciné.

Des civils kurdes convergent sur les lieux d'une explosion dans la ville syrienne de Qamichli, bombardée par les forces turques.

Photo : afp via getty images / MOHAMMED AHMAD

D'après les médias turcs, Ankara souhaite prendre le contrôle de la bande entre Ras al-Aïn et Tall Abyad afin d'éloigner de la frontière la principale milice kurde syrienne, les Unités de protection du peuple (YPG), épine dorsale des FDS et principal acteur de la défaite du groupe armé État islamique (EI).

La Turquie espère via cette offensive créer une zone de sécurité où pourront être installés une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son sol.

En réponse aux critiques européennes contre l'offensive, le président turc Recep Tayyip Erdogan a d'ailleurs menacé d'envoyer en Europe des millions de réfugiés syriens accueillis par son pays.

Nous n'accepterons jamais que les réfugiés soient utilisés comme arme et pour nous faire chanter, lui a rétorqué vendredi le président du Conseil européen, Donald Tusk.

Le retrait de soldats américains stationnés du côté syrien de la frontière a été perçu comme une trahison par les forces kurdes, qui étaient jusqu'alors alliées de la coalition internationale antidjihadistes menée par Washington. Les États-Unis tentent cependant d'arranger un cessez-le-feu.

Mises en garde contre Ankara

Vendredi, le secrétaire américain de la Défense, Mark Esper, a fortement encouragé Ankara à interrompre son opération militaire en Syrie, selon un communiqué du Pentagone.

Le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, a ensuite indiqué que le président américain avait autorisé, sans les activer, des sanctions contre la Turquie.

« Donald Trump a l'intention de signer un décret pour dissuader la Turquie de toute poursuite de son offensive militaire dans le nord-est de la Syrie. […] Ce sont de très fortes sanctions. Nous espérons que nous n'aurons pas à les utiliser, mais nous pouvons neutraliser l'économie turque si nécessaire », a-t-il prévenu.

À New York, les cinq pays européens siégeant au Conseil de sécurité de l'ONU – la France, l'Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni et la Pologne – ont exigé l'arrêt de l'offensive. La France a dit que les Européens examineraient la semaine prochaine la possibilité de sanctions contre Ankara.

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays est allié au régime syrien, a dit craindre que l'offensive ne provoque une résurgence de l'EI vaincu en mars dernier en Syrie par les FDS avec l'aide de la coalition internationale.

Quant au président turc, il a déclaré vendredi lors d’un discours à Istanbul qu’il n’arrêterait pas l’opération lancée en Syrie, « peu importe ce que certains disent ».

La guerre complexe en Syrie, où interviennent de nombreux acteurs régionaux et internationaux, a fait plus de 370 000 morts depuis 2011.

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