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Le NPD promet une gestion des finances publiques plus serrée que les libéraux

Alexandre Boulerice, Jagmeet Singh et Nima Machouf descendent les marches d'un escalier mécanique au complexe Desjardins, à Montréal.

Jagmeet Singh en compagnie des candidats néo-démocrates Alexandre Boulerice et Nima Machouf.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

François Messier

Le Nouveau Parti démocratique s’engage à gérer les finances publiques du gouvernement canadien de façon plus serrée que les libéraux, selon ce que présente son cadre financier publié vendredi. La faisabilité de plusieurs de ses engagements est toutefois mise en doute par le directeur du budget parlementaire.

Le parti de Jagmeet Singh prévoit un déficit des comptes publics inférieur à celui des libéraux au terme d’un hypothétique mandat de quatre ans, grâce à une hausse substantielle des recettes fiscales pouvant compenser l’implantation de nouveaux programmes coûteux.

Alors que les libéraux anticipent un déficit d’environ 21 milliards de dollars en 2023-2024, les néo-démocrates affirment qu’ils pourraient le ramener à 16,5 milliards, voire à 11,5 milliards si l’on exclut les 5 milliards qui seraient placés dans un fonds de prévoyance.

Cela ramènerait le ratio dette/produit intérieur brut du gouvernement fédéral à 30 % ou 29 %, ce qui est légèrement inférieur au ratio actuel de 31,3 %. La dette publique continuerait cependant d’augmenter.

De façon globale, un gouvernement majoritaire dirigé par le NPD augmenterait les recettes de l’État de plus de 30 milliards de dollars par année pour chacune des quatre années d’un mandat et investirait des montants similaires dans de nouveaux programmes.

On veut être prudent. On sait qu’on a des ressources limitées, Ce qu’on propose va augmenter nos revenus, en même temps qu’on va investir dans les gens. Donc, on va avoir une réduction du ratio dette/PIB.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

En quatre ans, le parti de gauche investirait entre autres 43 milliards dans son programme national d’assurance médicaments, 14 milliards dans la construction de logements sociaux et abordables, 10 milliards dans un réseau de services de garde universel et 5,8 milliards dans les transports collectifs.

Il financerait le tout en allant chercher 34 milliards en haussant le taux d’imposition sur les gains en capital à 75 %, 28 milliards en augmentant de 15 % à 18 % le taux d’imposition des sociétés, 24 milliards grâce à un nouvel impôt sur les fortunes de plus de 20 millions et 8 milliards en taxant les géants du web.

Le NPD reconnaît qu'il devrait emprunter plus d’argent pour financer ses engagements dans les premières années d'un hypothétique mandat. Le déficit gonflerait par exemple à 32,7 milliards dès l'an prochain.

Nos investissements stimuleront l'économie, plaide Singh

Jagmeet Singh croit cependant que ses investissements permettraient non seulement d'aider des Canadiens qui en ont besoin, mais de stimuler aussi l'économie, favorisant du coup le retour à l'équilibre budgétaire à une date ultérieure, qui n'est toutefois pas précisée.

Il a par exemple fait valoir qu'un régime d'assurance-médicaments permettra aux entreprises qui participent à des régimes mixtes d'économiser de l'argent, et que les investissements dans le logement, les infrastructures ou les transports en commun créeraient de l'activité économique au pays.

Pour moi, c’est clair que les entreprises vont continuer d’investir au Canada à cause des bénéfices qu’on donne aux gens, a-t-il dit, lorsqu'on lui demandait s'il craignait que la hausse du taux d'imposition des sociétés n'entraîne une diminution des investissements.

En conférence de presse, Jagmeet Singh s'est défendu d'avoir cherché à s'éloigner de l'approche préconisée par son prédécesseur Thomas Mulcair. En 2015, ce dernier avait promis d'équilibrer les finances publiques, s'aliénant du coup une partie de l'électorat traditionnel du NPD.

Souvent, quand les gens entendent parler d’un budget équilibré, ils entendent "austérité", ils entendent "coupures de services". Je ne crois pas à ça. Je crois à la prudence et je crois que les gens veulent que l’on vive selon nos moyens.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Le leader néo-démocrate n'a par ailleurs pas pu dire ce qu'il ferait du pipeline Trans Mountain s'il prenait le pouvoir. C'est difficile de prendre des engagements sans avoir tous les détails, a-t-il plaidé.

Il a tout de même répété qu'il était contre l'expansion de sa capacité, qu'il n'investirait pas d'argent dans les combustibles fossiles. L'argent public ne serait investi que dans les énergies renouvelables, a-t-il assuré.

Des engagements à la faisabilité hautement incertaine

Le directeur du budget parlementaire (DPB), qui a évalué la faisabilité des engagements du parti, note toutefois qu'un degré d'incertitude élevé plane sur plusieurs d'entre eux.

Les gains qui seront faits en haussant de 50 % à 75 % le pourcentage des gains en capital qui sont inclus dans le revenu imposable des sociétés et des particuliers - la plus importante source de nouveaux revenus prévue par le NPD - sont notamment jugés très incertains.

Jagmeet Singh regarde au sol.

L’Institut des finances publiques et de la démocratie, présidé par l'ex-DPB, a donné la note de passage au cadre financier du Nouveau Parti démocratique.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La planification et l’évasion fiscales qui pourraient en découler risquent fort d’être abusives, note-t-il. Il est probable que les personnes qui ont des revenus plus élevés modifient davantage leur comportement en cas de changements de la politique fiscale.

Les revenus qu'un gouvernement néo-démocrate pourrait obtenir avec une taxe sur les géants du web et la hausse du taux d'imposition sur les sociétés ou le nouvel impôt sur les plus riches sont aussi entourés d'un degré d'incertitude élevé.

Il en va de même pour l'engagement du parti à jeter les bases d'un régime d'assurance-médicaments universel, qui constituerait le plus important investissement d'un gouvernement Singh.

Les dépenses en médicaments varient en fonction de plusieurs facteurs, souligne le DPB et les projections sont très sensibles au taux de croissance présumé de ces inducteurs de coûts et à la détermination de ces facteurs.

Les hypothèses utilisées pour déterminer le coût de cette politique pourraient ne pas correspondre aux tendances futures des dépenses, ajoute-t-il, en soulignant qu'elles s'appuient sur des chiffres issus du régime public d'assurance-médicaments du Québec qui datent de décembre 2016.

L’Institut des finances publiques et de la démocratie, présidé par l'ex-DPB, Kevin Page, critique le manque de transparence de l'exercice, notamment l'absence de détails entourant la façon dont les principales mesures seront mises en oeuvre. Il a lui a tout de même accordé la note de passage.

Notre dossier Élections Canada 2019

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