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Le prix Nobel de la paix au premier ministre éthiopien Abiy Ahmed

Le reportage d’Azeb Wolde-Giorghis.

Photo : Reuters / Tiksa Negeri

Radio-Canada

Les efforts d’Abiy Ahmed pour mettre fin au conflit entre son pays et l’Érythrée, quelques mois après son élection comme premier ministre en avril 2018, sont reconnus.

La présidente de la commission norvégienne qui décerne le Nobel de la paix, Berit Reiss-Andersen, a affirmé que certaines personnes pourraient penser qu’il est trop tôt pour lui remettre le prix, mais que c’est maintenant que les efforts d’Abiy Ahmed ont besoin de reconnaissance et qu’ils méritent d’être encouragés.

Le dirigeant de 43 ans a signé une Déclaration commune de paix et d'amitié avec le premier ministre érythréen, Isaias Afwerki, en septembre 2018.

Abiy Ahmed a déclaré peu après son arrivée au pouvoir que l'Éthiopie accepterait un accord de paix avec l'Érythrée, pour mettre fin à l'un des conflits les plus anciens de l'Afrique qui a fait 80 000 morts de 1998 à 2000.

Origines du conflit

Autrefois façade maritime de l'Éthiopie avec les ports de Massawa et d'Assab, l'Érythrée a déclaré son indépendance en 1993 après avoir chassé les troupes éthiopiennes de son territoire en 1991 au terme de trois décennies de guerre.

À l'époque, les guérillas érythréenne et tigréenne s'étaient alliées pour renverser le pouvoir de Mengistu, tombé en mai 1991.

Une dizaine d'hommes armés dans un camion.

Des militants armés en route vers le front près de Zalambessa, à la frontière de l'Éthiopie et de l'Érythrée, en juin 1998.

Photo : Reuters / Corinne Dufka

Un accord de paix sur le tracé de la frontière avait été négocié à Alger en 2002, sous la direction de l’ONU, mais le refus éthiopien de l’appliquer entretenait l'animosité entre les deux pays.

Il y a deux ans à peine, en juin 2016, un violent accrochage avait opposé les deux armées à la frontière, les Érythréens affirmant avoir tué plus de 200 soldats éthiopiens. L'Éthiopie avait alors mis en garde l'Érythrée, lui rappelant qu'elle avait « la capacité de mener une guerre totale ».

La décision du premier ministre nobélisé de tourner la page du conflit en 2018 en respectant l'accord de paix d’Alger a été saluée par la communauté internationale.

En quelques semaines, le dirigeant de longue date de l'Érythrée s'est rendu dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba, les relations diplomatiques ont été rétablies et les communications ainsi que les liaisons de transport ont été restaurées.

Pour la première fois en deux décennies, des familles longtemps divisées ont pu se réunir, en larmes.

Berit Reiss-Andersen présente la photo d'Abiy Ahmed sur une tablette électronique.

La présidente du comité norvégien du prix Nobel de la paix, Berit Reiss-Andersen, a dévoilé l'identité du lauréat de 2019, Abiy Ahmed.

Photo : ntb scanpix/afp via getty images / STIAN LYSBERG SOLUM

Abiy Ahmed s'est dit honoré et ravi à la suite de l'annonce du comité du prix, et il a salué un prix donné à l'Afrique, lors d'une brève conversation téléphonique avec l'Institut Nobel.

J'imagine que les autres dirigeants d'Afrique vont penser qu'il est possible de travailler sur les processus de construction de la paix sur notre continent.

Abiy Ahmed, lauréat du Nobel de la paix

Le bureau du premier ministre de l'Éthiopie, deuxième pays d'Afrique pour le nombre d'habitants, a affirmé sa fierté sur Twitter.

Nous sommes fiers en tant que nation, a écrit le bureau de M. Abiy en publiant un communiqué estimant que ce prix est la « reconnaissance » du travail du premier ministre pour l'unité, la coopération et la coexistence.

Depuis que le premier ministre Abiy Ahmed a pris le leadership politique en avril 2018, il a fait de la paix, du pardon et de la réconciliation des éléments clés de sa politique et de son administration, a ajouté la même source.

Le prix Nobel de la paix décerné au premier ministre réformateur éthiopien doit encourager ce dernier à entreprendre plus de réformes pour les droits de l'homme, estime pour sa part Amnistie internationale.

Ce prix reconnaît le travail crucial du gouvernement du premier ministre Abiy Ahmed pour commencer des réformes pour les droits de l'homme en Éthiopie après des décennies de répression à grande échelle, a ajouté l'organisme. Cependant, le travail d'Abiy Ahmed est loin d'être fini.

J'ai souvent dit que des vents d'espoir soufflent toujours plus fort en Afrique. Le premier ministre Abiy Ahmed en est une des causes principales.

Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU

Son leadership a fourni un formidable exemple aux pays d'Afrique et d'ailleurs qui cherchent à surmonter les résistances du passé et à faire passer l'intérêt de la population en premier, poursuit-il.

La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne (UE) Federica Mogherini soutient pour sa part que ce Nobel est une reconnaissance d'un homme de courage et d'une génération d'Africains travaillant en faveur du changement et de la réconciliation.

M. Ahmed a prouvé que même si le chemin vers la réconciliation peut être long et difficile, la paix est toujours possible, même après des décennies de conflit.

L'UE continuera à soutenir l'Éthiopie et la Corne de l'Afrique "sur sa route vers la paix".

Federica Mogherini,cheffe de la diplomatie de l'Union européenne

Le président de la commission de l'Union africaine, Moussa Faki, a félicité le nobélisé pour ses efforts historiques pour construire la paix, qui ont donné de l'espoir au monde à un moment où il a plus que jamais besoin de leaders à son service dans un message Twitter.

Le président du Kenya voisin de l'Éthiopie, Uhuru Kenyatta, a salué en Abiy Ahmed un champion implacable de la paix, de la stabilité et de la prospérité de son pays, de notre région et de tout le continent africain.

L'ambassadeur de l'Érythrée au Japon, Estifanos Afwerki, a aussi félicité le premier ministre éthiopien.

Le peuple d'Érythrée et d'Éthiopie a une nouvelle fois triomphé sur le mal, dans le sang, la sueur et les larmes.

tweet d’Estifanos Afwerki, ambassadeur de l'Érythrée au Japon

Abiy Ahmed était l'un des favoris parmi 304 candidats cette année. Qui d’autre faisait partie de la liste? On ne le saura pas avant 2069. En effet, l’Institut Nobel reste muet sur l’identité des candidats pendant au moins 50 ans.

La saison des Nobel

Seul Nobel décerné à Oslo, le Nobel de la paix est annoncé au lendemain de celui de littérature qui a récompensé à Stockholm la Polonaise Olga Tokarczuk au titre de l'année 2018, et pour 2019 l'Autrichien Peter Handke, personnage controversé à cause de ses positions pro-Serbes pendant la guerre en ex-Yougoslavie.

Le premier Nobel de l’année, celui de la médecine, a été décerné lundi aux Américains William Kaelin et Gregg Semenza, ainsi qu’au Britannique Peter Ratcliffe, auteurs de découvertes sur l'adaptation des cellules au manque d'oxygène qui ouvrent des perspectives prometteuses dans le traitement du cancer et de l'anémie.

Les accomplissements du Canado-Américain James Peebles – qui travaille sur les origines de l’Univers – et des Suisses Michel Mayer et Didier Queloz – les premiers à révéler l’existence d’une planète en dehors du système solaire – ont été reconnus par le Nobel de physique.

Le prix Nobel de chimie a récompensé trois pères des batteries au lithium-ion : l'Américain John Goodenough, le Britannique Stanley Whittingham et le Japonais Akira Yoshino.

Le prix d'économie clôturera la saison lundi.

Le prix leur sera formellement remis le 10 décembre, date anniversaire de la mort de son fondateur, l'industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel (1833-1896).

Avec les informations de Associated Press, Reuters, et Agence France-Presse

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