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Plomb dans l’eau des écoles : le gouvernement Legault critiqué pour sa « négligence »

Un robinet

Photo : Radio-Canada

Sarah Laou

Substance cancérigène aux effets néfastes sur le développement neurologique des enfants, le plomb serait présent à des niveaux élevés dans l’eau de plusieurs écoles et garderies de la province, selon de récentes études, dont un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Critiqué pour la gestion de ce dossier, le gouvernement Legault a affirmé jeudi « travailler fort » pour mettre en place des mesures correctives.

Malgré un manque de données exhaustives au Québec, le rapport de l’INSPQ mettait en lumière, déjà cet été, une présence inquiétante de plomb dans l’eau potable d’écoles et de garderies échantillonnées. La concentration de plomb se situait au-delà de la norme actuelle du Règlement sur la qualité de l’eau potable pour 3 à 8,5 % des établissements échantillonnés.

Une nouvelle enquête de La Presse en collaboration avec l’Université de Montréal, publiée mardi, est venue raviver un peu plus ces préoccupations avec des résultats inquiétants dans les écoles de la grande région de Montréal. Un échantillon sur six dépassait alors la recommandation fédérale.

Face au tollé, le gouvernement Legault s’est retrouvé sur la défensive jeudi pour tenter d'expliquer sa gestion du dossier de l'eau potable dans les écoles du Québec.

Alors que le ministre de l’Éducation ordonnait mardi que soit analysée l'eau des fontaines des établissements scolaires de la province, l'opposition se questionnait sur l'abolition du volet du programme VisezEau qui visait à vérifier la qualité de l'eau dans les fontaines scolaires.

Le projet pilote VisezEau, lancé en 2017 dans 36 écoles, veut encourager les élèves à boire de l'eau potable non embouteillée plutôt que des boissons gazeuses.

Des mesures en cours

Le ministre de l’Éducation avait déjà demandé à toutes les commissions scolaires de vérifier l’eau, assure le premier ministre François Legault. Ce qui n’a pas été fait partout. S’il y a un problème de plomb, il faut fermer les fontaines et les abreuvoirs le temps qu’on fasse les réparations nécessaires. Une directive a été envoyée aux commissions scolaires afin que les tests soient réalisés le plus rapidement possible, a-t-il ajouté.

De son côté, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a assuré que le gouvernement travaillait depuis plusieurs mois à dresser un portrait exhaustif de la situation.

On ne fait aucun compromis sur la santé de nos enfants, a-t-elle affirmé jeudi matin. C’est un portrait exhaustif que l’on est en train de faire avec l’INSPQ. On est en train de le terminer, d'évaluer et on prend déjà des mesures. On continue d’intervenir dans ce dossier-là.

Danielle McCann, ministre de la Santé

Mais l’opposition ne voit pas les choses du même œil et elle s’est empressée de critiquer les mesures tardives du gouvernement.

En novembre 2018, le ministère de la Santé avait notamment annulé le financement de 1,5 million de dollars du volet « qualité de l'eau » du fameux programme VisezEau. Une décision largement critiquée jeudi par les élus de l'opposition.

La députée libérale Marwah Rizqy et la députée péquiste Véronique Hivon ont évoqué tour à tour « une négligence inacceptable » et ont réclamé des excuses de la part du gouvernement. Elles ont également demandé que les résultats d’analyse soient rendus publics.

Je me mets aujourd’hui à la place des parents. Ils sont inquiets. Pensez aux enseignants et aux enfants qui boivent cette eau-là aujourd’hui. Ils ne savent pas s’ils boivent une eau de qualité.

Marwah Rizqy, députée de Saint-Laurent

C’est extrêmement grave et préoccupant , a renchéri Véronique Hivon.

Des risques « limités » pour la petite enfance

Le ministère de la Famille a tenu à rappeler jeudi que ce problème affectait principalement les bâtiments construits avant les années 80 puisque l’utilisation de plomb a été interdite par le Code de la plomberie en 1989.

Les bâtiments récents sont donc peu susceptibles d’être affectés et « le risque pour les centres de la petite enfance est limité » étant donné qu'ils sont pour la plupart de création récente.

En outre, si des travaux de rénovation étaient envisagés pour retirer le plomb dans les tuyauteries touchées, le ministère assure qu'ils seraient financés par le Programme de financement des infrastructures du ministère de la Famille.

Mais le coût et le temps que prendraient ces opérations pour tester et changer le matériel demeurent inconnus.

Pas assez de prévention, selon les chercheurs

En Ontario, les écoles et garderies sont soumises à un règlement obligatoire d'échantillonnage de l’eau potable. Des prélèvements sont effectués chaque année au premier jet d’eau. Mais ce n’est pas dans notre réglementation au Québec, soutient le chercheur Patrick Levallois, l’un des trois scientifiques démissionnaires du projet gouvernemental VisezEau.

Une modification des règlements pourrait ainsi être envisagée, selon le scientifique qui est également à l’origine du rapport de l’INSPQ, « mais c’est au gouvernement d'en décider », conclut-il.

Le projet VisezEau était pourtant l’opportunité de limiter les risques d’une mauvaise qualité de l’eau poursuit-il.

Mais au lieu de tester l’eau, des filtres ont plutôt été installés sur les fontaines des écoles sélectionnées et les analyses mises de côté par le ministère de la Santé.

Pour Michel Lucas, docteur en épidémiologie et chercheur principal de VisezEau, la promotion de l’eau non embouteillée ne peut se faire sans l’assurance d’une eau de qualité et la mise en place d’environnements favorables à sa consommation.

On travaille trop souvent en réaction au lieu de travailler en prévention. Résultat : tout le monde va croire que l’eau des écoles est contaminée au plomb, alors que ce n’est pas le cas pour toutes les écoles, mais seulement pour une minorité. Cependant, on a le devoir de mettre en place des méthodes pour les identifier et solutionner ces cas problématiques. C’est encore la perception de l’eau potable non embouteillée qui sera perdante

Michel Lucas, docteur en épidémiologie et chercheur principal de VisezEau

Pour tester l’eau des écoles, le ministère y va actuellement par échantillonnage aléatoire après écoulement de cinq minutes. Une pratique, qui, selon Patrick Levallois, pourrait être modifiée. Mais analyser chaque année l’eau de toutes les écoles du Québec aurait tout de même un coût important et pourrait être difficile à gérer sans les outils adéquats.

« Il faudrait peut-être y aller par étape, propose-t-il. La solution est aussi d’y aller en agissant par zones prioritaires. »

Des solutions simples?

Les solutions sont plus simples qu’il n’y paraît, a indiqué en entrevue la titulaire de la Chaire industrielle en eau potable de Polytechnique Montréal, Michèle Prévost.

Dans plus de 95 % des cas, le problème se situe dans les 50 derniers centimètres avant le robinet. [...] Souvent, il suffit de remplacer le robinet ou la fontaine.

Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable de Polytechnique Montréal

Elle indique que les établissements paient 8 $ pour réaliser une analyse afin de savoir s’il y a présence de plomb. Et le plus souvent, le plomb se trouve dans la fontaine. Elle déplore ainsi le manque de mesures et d'actions menées par les autorités depuis des années, et ce, en connaissance de cause.

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