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Débat : les affirmations des chefs sous la loupe de La Vérif

La Vérif a cherché des nuances à apporter aux déclarations des chefs.

Photo : La Presse canadienne

Romain Schué
Nathalie Lemieux
Vincent Maisonneuve
Thomas Gerbet
Daniel Boily

Au cours du dernier débat avant le scrutin du 21 octobre, les chefs fédéraux ont tenté de convaincre les électeurs. Mais ils ont également prononcé plusieurs affirmations fausses ou qui méritent d'être grandement nuancées.

Andrew Scheer : « Justin Trudeau a augmenté les impôts pour 80 % des familles de la classe moyenne. »

Justin Trudeau : « C’est faux. »

En réalité, les familles de la classe moyenne ont plus d’argent dans leurs poches depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux.

Andrew Scheer se base sur une étude de l’Institut Fraser, datée de septembre 2017, qui indique que 81 % des familles de la classe moyenne paient davantage d'impôt depuis l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau et les suppressions, notamment, de plusieurs crédits d’impôt. Donc oui, les impôts ont augmenté.

Cependant, cette étude ne prend pas en compte l’instauration de l’Allocation canadienne pour enfants (ACE), une promesse électorale de Justin Trudeau. Il s’agit d’une prestation mensuelle, non imposable, versée en fonction du revenu des ménages.

Avec cette mesure, un couple avec deux enfants ayant un revenu annuel de 110 000 $ obtient finalement un gain net, après impôt, de 2000 $ en 2019, selon un rapport du ministère des Finances.

Elizabeth May : « Parce que notre plateforme chiffrée était étudiée par l’Institut des finances publiques et de la démocratie [dirigé par l’ancien] directeur parlementaire du budget, Kevin Page, et il a donné [à notre] budget une bonne note. »

C'est inexact.

La première version du cadre financier des verts avait reçu la note « échec » dans les trois catégories analysées par l’Institut des finances publiques et de la démocratie (IFPD) de l’Université d’Ottawa : hypothèses économiques et financières réalistes, gestion financière responsable et transparence.

La deuxième version du cadre financier du Parti vert s’est encore vu attribuer la note « échec » en matière de gestion budgétaire responsable par cet institut.

Les verts ont cependant obtenu la note de passage pour la transparence de leur cadre et pour le réalisme de leurs hypothèses économiques.

Jagmeet Singh : « Dans la dernière année, ce que M. Trudeau a fait : il a dépensé beaucoup de dollars. Quatorze milliards de dollars pour les plus riches entreprises pour qu’ils puissent acheter des avions, des limos dans l’économie de l’OTAN. »

Il y a bien une aide de 14 milliards qui a été annoncée à l'automne 2018 par le gouvernement fédéral, pour une période de six ans. Mais il y a des nuances à apporter dans les propos de Jagmeet Singh et cette mesure ne concerne pas nécessairement « les plus riches entreprises ».

L'objectif de ce programme est de stimuler l'investissement des entreprises, notamment pour le matériel de production d'énergie propre, afin de faire face à la concurrence américaine, après des réformes fiscales réalisées par Donald Trump.

Justin Trudeau : « On est encore en train d’atteindre nos cibles d’éliminer les subventions à l’industrie pétrolière jusqu’en 2025. »

Cette déclaration mérite une précision. Ce ne sont pas toutes les subventions aux pétrolières que le Canada s’est engagé à éliminer d’ici 2025, mais les subventions jugées « inefficaces » (Nouvelle fenêtre).

Et rien n’indique qu’on va dans cette direction.

En 2017, le vérificateur général du Canada (Nouvelle fenêtre) a conclu que « les ministères ne peuvent pas garantir qu’ils fournissent le soutien nécessaire pour que le Canada respecte cet engagement ».

Par exemple, le ministère des Finances n’était même pas capable de dire combien de mesures fiscales visaient les combustibles fossiles et si elles étaient efficaces.

Notre dossier Élections Canada 2019

Yves-François Blanchet veut « appliquer l’article 10 de l’Entente sur les tiers pays sûrs pour fermer le chemin Roxham et forcer les gens à passer par les vrais postes frontaliers ».

Effectivement, tel que l'a déjà dit le chef du Bloc québécois au cours de la campagne électorale, il est possible de suspendre cette entente, comme le prévoit l'article 10 de cet accord signé avec les États-Unis.

Avec cette suspension, cela permettrait aux migrants venant des États-Unis de faire une demande d’asile à n’importe quel poste frontalier canado-américain. À l’heure actuelle, en raison de cette entente, ces migrants doivent le faire uniquement dans le premier pays qu’ils traversent. Quelques exceptions s’appliquent néanmoins.

Cependant, cette mesure ne fermerait pas le chemin Roxham et rien n’empêcherait « les gens à passer par les vrais postes frontaliers » pour faire une demande d'asile. Toutefois, cela rendrait moins attrayant le passage par cette voie irrégulière qu'est le chemin Roxham.

Maxime Bernier : « Les autres partis vous disent qu’ils vont atteindre les cibles de l’entente de Paris, mais ils ne pourront pas les atteindre, puisqu’il faut imposer une taxe sur le carbone de 300 $ la tonne pour ce faire et ils ne le font pas [...] Ils disent qu’ils vont sauver le monde, sauver le climat, mais les émissions globales du Canada représentent seulement 2,6 % des émissions totales. »

C’est faux.

Selon l’analyse du Directeur parlementaire du budget, la taxe carbone au Canada devra augmenter à 102 $ la tonne de CO2 d’ici 2030 pour atteindre les cibles de l’Accord de Paris. Ce prix de 300 $ la tonne serait nécessaire si et seulement si aucune autre mesure n’avait été mise en place pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Par ailleurs, le Canada ne produit pas 2,6 % des émissions mondiales de GES, mais plutôt 1,6 % des émissions.

Justin Trudeau : « Depuis quatre ans d’investissements dans la classe moyenne, on a vu un million d’emplois créés, on a vu les plus bas taux de chômage de l’histoire du pays et on a vu 900 000 personnes sorties de la pauvreté. »

C’est en partie vrai.

Selon les données de Statistique Canada, le taux de chômage a effectivement diminué au Canada au cours des quatre dernières années. Pour l’ensemble du pays, il est passé de 7 % en 2015 à 5,4 % en mai 2019, le plus bas taux de chômage depuis que les données ont été colligées en 1976.

Mais le taux de chômage a été plus bas dans l’après-guerre (Nouvelle fenêtre), notamment en 1947 (2,2 %). La méthode de calcul était cependant différente.

Par ailleurs, entre octobre 2015 et août 2019, le nombre de personnes qui ont un emploi est passé de 18 millions à 19,1 millions, soit une hausse de 1,1 million de personnes, selon Statistique Canada.

Selon le même organisme, entre 2015 et 2017, le nombre de personnes vivant sous le seuil officiel de la pauvreté au Canada est passé de 4,24 millions à 3,4 millions, soit une baisse de plus de 800 000 personnes.

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