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Intimidation : « J’ai vu des élèves se faire battre pour qu’ils quittent l’école »

Un jeune assis, la tête dans ses bras le long d'un mur en brique

De nombreux élèves d'écoles francophones à Toronto témoignent de l'intimidation qu'ils ont vécue ou dont ils ont été témoins.

Photo : iStock

Radio-Canada

Les questions se multiplient sur l'intimidation à l'école au lendemain de la veillée à la mémoire d'un élève de 14 ans, tué lundi près de son école à Hamilton. Des élèves torontois témoignent de l'intimidation, parfois violente, qui règne toujours dans les milieux scolaires.

Quelques jours après le meurtre de Devan Bracci-Selvey, 14 ans, à la sortie de son école d’Hamilton, le mot « intimidation » est sur toutes les lèvres.

Même si les conclusions de l'enquête se font attendre, la police privilégie de plus en plus la piste de l'intimidation.

L’adolescent en aurait souffert selon sa mère, qui a dit avoir fait plusieurs plaintes auprès de l’établissement scolaire de son fils.

Ils font croire aux gens que toutes les écoles ont la même politique, une tolérance zéro, pas d'intimidation [...] et ce n'est pas vrai et personne n'est tenu responsable. Ça continue de se produire et puis des choses comme ça arrivent.

Shari-Ann Bracci-Selvey, mère de la victime

Selon elle, Devan a commencé à être victime d'intimidation dès le deuxième jour d'école.

Ils n'ont cessé de le harceler depuis [...] il a manqué beaucoup de cours, il m'appelait, j'allais le chercher et parfois il refusait d'y aller, dit Shari-Ann Bracci-Selvey.

Une femme est triste et tient une bougie à la mémoire de son fils.

« Toute ma vie s'est écroulée », dit la mère de l'adolescent tué devant son école à Hamilton.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Plus de gens doivent agir. Arrêtez d'être spectateurs!, a dit sa mère avant la veillée à la mémoire de son fils, mercredi. Shari-Ann Bracci-Selvey considère que le système a abandonné son fils.

Le directeur de l’éducation du Conseil scolaire du district de Hamilton-Wentworth, Manny Figueiredo, a affirmé ne pas vouloir commenter les plaintes faites avant l’attaque tant que l’enquête n'est pas terminée.

Il s'est dit satisfait des mesures prises par l’administration, mais il a précisé qu’une enquête sera menée à l’interne.

Quant aux conseils scolaires francophones Viamonde et MonAvenir, ils n’ont pas voulu commenter l’affaire.

Trois élèves debout dehors.

Elias Khawaja (à gauche), Rayane Cisse (au milieu) et Remi Sliwa (à droite).

Photo : Radio-Canada

De nombreux élèves, rencontrés par Radio-Canada, affirment que l'intimidation est encore omniprésente que ce soit dans les couloirs de l'école ou encore à la sortie des classes.

Cheikhna Leye, 17 ans, est élève dans une école secondaire de Toronto. Il a souvent été témoin d'intimidation dans son milieu scolaire.

J’ai vu souvent des élèves se faire intimider à l’école par d’autres élèves. [...] On se moque des personnes pour aucune raison. [...] J’ai même vu des élèves se faire battre pour qu’ils quittent l’école parce que des élèves ne voulaient plus qu’ils soient ici, dit-il.

C’est incroyable que les élèves fassent ça devant l’école comme si ce n’était rien. Ce n’est pas normal. Je ne sais pas pourquoi l’école ne fait rien [contre] ça.

​Cheikhna Leye, élève d'une école secondaire à Toronto

​Elias Khawaja​, 15 ans, raconte qu'il a fallu 20 plaintes auprès des responsables de son ancienne école avant qu'ils ne prennent des mesures pour lui venir en aide. Il dit avoir été intimidé pendant plusieurs années, surtout à l’âge de 11 ans faisant face à des insultes sur son apparence comme : « Tu es trop gras! ».

L’intimidation qu'il vivait a fait en sorte qu’il ne voulait plus aller à l’école.

C’est très triste. C’est vraiment difficile à combattre [...] Il était super méchant. Ce n’était vraiment pas une bonne expérience, confie-t-il.

Dans le cas d’​Elias Khawaja, son intimidateur était d’abord son ami, mais ce dernier a ensuite commencé à l’insulter. Il considère que seule sa famille a été présente pour le soutenir.

Quand on avait des conflits, il était le premier à essayer de me frapper. Ça peut toujours être plus que des insultes. [...] Les systèmes scolaires ont toujours une mentalité de : ça n’est pas arrivé. Les écoles ne peuvent pas voir les coups, ils peuvent seulement entendre les insultes.

Elias Khawaja​, victime d'intimidation verbale et physique à l'école primaire

Il te met sur un mur et il te cogne la tête, c’est pas trop difficile à décrire. Il te frappe, ajoute-t-il.

L'ami d'Elias, Rayane Cisse, 15 ans, a été témoin de cette intimidation lorsqu'ils étaient plus jeunes.

[Les responsables considéraient] que ce n’était pas si sérieux. Ils disaient : ce sont des petites blagues entre amis. Mais ils ne savent pas que ça peut vraiment faire mal à quelqu’un.

Rayane Cisse, ami d'Elias Khawaja​

Ces actes d’intimidation se faisaient rarement devant Rayane Cisse. C’était plutôt lorsqu’Elias était seul.

L’intimidation ne commence pas à [partir d'un certain moment]. C’est toujours là, ça ne va jamais disparaître, ça ne va jamais ne pas être là. Il y a un moment [où tu seras intimidé].

Elias Khawaja​

Son conseil aux autres élèves : ignorer les intimidateurs.

La plupart du temps, les voyous [cherchent] une réaction. Ils essaient de gâcher ta journée, mais tu dois juste les ignorer parce que si tu leur donnes ton temps c’est une victoire pour eux, mais si tu ne leur donnes pas, c’est une victoire pour toi, conclut-il.

Avec les informations de Myriam Eddahia et de Rozenn Nicolle.

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Toronto

Jeunesse