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[Train de campagne] Le fusil n'a pas le même poids selon la personne qui le porte

Le contrôle des armes d’assaut est devenu incontournable pour certains alors que pour d'autres c'est de la propagande politique.

Une lunette d'approche.

Une lunette sur un canon d'arme à feu.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Janic Tremblay

À l'occasion de la campagne électorale, les journalistes Janic Tremblay et Marie-France Abastado de Désautels le dimanche entreprennent la traversée du Canada en train à la rencontre des électeurs. Sixième envoi d’une série de cartes postales.

Antoine Bastarache me montre fièrement les cibles sur lesquelles les membres du club de tir de Bouctouche s’exercent. « On est bien organisés et on accueille des gens de partout. J’en connais de la grande ville qui viennent en vacances dans le coin afin de pouvoir passer du temps à tirer ici. Même les agents de la GRC viennent se requalifier à notre club! »

L’homme de 69 ans a commencé à utiliser des armes à 7 ans. À 12 ans, il achetait déjà sa première carabine. Il préside son club de tir depuis deux décennies. Inutile de dire qu’il aime et défend les armes à feu. Il faut le voir ce matin en train de régler la lunette de visée d’un membre du club. Rien ne lui échappe. Après ses soins, la carabine est « bullseye » comme il le dit lui-même.

Quand on le questionne sur la promesse libérale de retirer les armes d’assaut de la circulation s’ils sont réélus, il s’anime en un instant.

Ça commence par ce modèle de fusil là. Pis ça va aller à un autre, puis un autre encore. Il va y avoir de l’opposition ici et dans l’Ouest. Pour Justin Trudeau, c’est juste de la propagande politique pour ramasser des votes. Ben il va en perdre aussi.

Antoine Bastarache devant une cible dans un champ de tir.

Antoine Bastarache à son club de tir de Bouctouche.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Des membres de son club possèdent en toute légalité des AR-15 comme ceux utilisés dans certaines tueries de masse. Selon lui, ce ne sont pas eux le problème, mais plutôt les personnes dérangées et les criminels qui acquièrent des armes de façon illégale.

L’avocat-criminaliste néo-brunswickois David Lutz m’accueille avec une solide poignée de main traditionnelle immédiatement suivie d’une poigne de l’amitié avec le pouce en l’air.

Avec ses bretelles et sa moustache touffue, le criminaliste ressemble un peu à un général de la Deuxième Guerre mondiale. Les apparences sont toutefois trompeuses. David Lutz est un pacifiste convaincu qui a fui les États-Unis il y a 50 ans pour éviter d’aller au Vietnam. Les armes à feu, il ne les aime pas beaucoup. Il pourfend les prétentions d’Antoine Bastarache.

David Lutz assis dans son fauteuil devant une bibliothèque.

David Lutz a plaidé dans 43 affaires d’homicides.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Si on examine les auteurs des tueries, jusqu’à ce qu’ils commettent l’irréparable, on ne les considérait pas comme des malades mentaux. Ce sont des hommes en colère qui règlent leurs comptes avec des fusils. C’est bien différent des individus atteints d’une maladie mentale dont le jugement est compromis.

David Lutz a plaidé dans 43 affaires d’homicides. Son apparition dans la liste des meilleurs avocats au pays il y a quelques années est bien visible à l’entrée de son bureau. Il a notamment représenté l’auteur de la tuerie de Moncton survenue en 2014 où trois agents de la GRC ont trouvé la mort. Pour cet ardent libéral, il est plus que temps de bannir les armes d’assaut au Canada.

Mon client possédait une arme autorisée au Canada. Cependant, le mécanisme de détente avait été modifié. Cela transforme une arme ordinaire en fusil automatique. C’est comme ça que les auteurs des tueries de masse s’y prennent. Ces armes devraient être bannies ici.

Ce libéral de longue date sait bien que Justin Trudeau avait déjà promis de bannir les armes d’assaut lors des dernières élections. Mais il dit que ce n’est pas facile dans les milieux ruraux.

Des tas de députés ne peuvent pas aborder le sujet sans risquer de perdre leur siège. Il faut maintenant que des personnes acceptent de sacrifier certaines libertés pour préserver la paix. Les chasseurs et fermiers qui ont besoin d’armes à feu devraient demander eux-mêmes la mise au rancart de ces armes d’assaut si destructrices.

Justement. Peu de gens connaissent autant les ravages que peuvent faire ces armes que Nadine Larche. L’amour de sa vie, le père de ses trois filles, Doug Larche, est l’un des trois agents assassinés en 2014 lors de la tuerie de Moncton.

Nadine Larche à l'extérieur.

Nadine Larche, veuve de Doug Larche.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Je vis tous les jours un deuil traumatique. J’élève maintenant mes trois filles toute seule. Et je vois les traits de leur père surgir en elles tous les jours. C’est beau. Mais c’est aussi un rappel difficile parce qu’il n’est plus là!

Le contrôle des armes d’assaut est devenu incontournable pour Nadine Larche. Elle trouve que ceux qui les défendent manquent parfois d’empathie.

Je pense que leurs opinions changeraient s’ils vivaient ce que j’ai vécu. Je ne nie pas les droits des chasseurs, mais les armes d’assaut ne sont pas faites pour la chasse. Les libéraux veulent mettre en place un programme de rachat. C’est facile de racheter une arme d’assaut. Une vie, ça, c’est impossible.

Janic Tremblay souriant.

Le journaliste Janic Tremblay de l'émission Désautels le dimanche.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J’ai entrepris mon périple dans l’est du pays à bord d’un train qui s’arrêtera en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et dans l'Est-du-Québec. Je vous rapporte quelques cartes postales témoignant de mes rencontres. Vous pourrez aussi me suivre à l’émission Désautels le dimanche à 10 h.

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