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Les élections fédérales vues par les futurs électeurs

Des élèves assis à leur pupitre dans une classe de la polyvalente de Matane.

Si ces élèves de 5e secondaire pouvaient voter, ils éliraient un gouvernement libéral minoritaire.

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

Catherine Poisson

Les jeunes de moins de 18 ans n'ont pas encore le droit de vote, mais plusieurs d'entre eux ont déjà une opinion politique bien formée. À quoi ressemblerait le gouvernement canadien si le résultat dépendait de la prochaine génération d'électeurs?

Le 9 octobre, une classe de 5e secondaire de la Polyvalente de Matane s'est prêtée au jeu pour simuler le vote du 21 octobre prochain.

Résultat? Si ces 30 jeunes votaient pour l'ensemble du pays, le Canada élirait un gouvernement libéral minoritaire.

Résultats

  • Parti libéral du Canada : 9 votes
  • Nouveau Parti démocratique : 8 votes
  • Bloc québécois : 7 votes
  • Parti vert du Canada : 4 votes
  • Parti conservateur du Canada : 2 votes
  • Parti populaire du Canada : 0 vote
  • Parti rhinocéros : 0 vote

À 16 ans, ils sont déjà bien informés et intéressés par la politique.

Une fois que tu comprends que par la politique tu peux défendre tes intérêts, tu trouves ça quand même intéressant, explique Félix Gendron.

À l'issue du vote, la classe prend l'apparence d'une ruche d'abeilles. À leurs pupitres, les élèves font des contorsions impressionnantes pour échanger entre eux et partager leurs impressions. Mais dès que l'enregistrement est lancé, le silence se fait.

Notre dossier Élections Canada 2019

Vrai vote ou pas, la politique est un sujet délicat. Seuls quelques élèves acceptent de parler de leur choix.

Je suis allé avec mon instinct, j'ai voté libéral parce que je trouve que c'est le moins pire, et c'est lui qu'on voit partout en ville aussi, sur les pancartes. J'ai l'impression que c'est lui qui va gagner, explique Emmanuel Rouleau.

J'ai voté pour le Parti vert parce que les autres ne valorisent pas assez l'avenir. Pas juste sur l'environnement, mais en général, je trouve qu'ils ont de bonnes idées et la cheffe [Elizabeth May] est bonne, renchérit son frère jumeau, Alexandre Rouleau.

Je suis au courant qu'ils [les bloquistes] ne gagneront pas, mais s'ils peuvent nous défendre, ce sont les premiers à défendre les intérêts des Québécois.

François Chevalier, 16 ans

J'ai voté pour le Bloc québécois parce que je crois encore que le Québec peut être un pays en dehors du Canada. C'est mon avis et personne ne va réussir à changer ça, affirme pour sa part François Chevalier.

François Chevalier est assis à son pupitre. Derrière lui, quatre autres élèves sont à leur pupitre.

François Chevalier (à droite) estime que le Bloc québécois est le meilleur parti pour défendre les intérêts des Québécois.

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

Tous n'ont pas une opinion aussi arrêtée que François. Certains hésitent entre deux partis, d'autres au contraire ne se reconnaissent dans aucune plateforme. Sur quels critères se basent-ils alors pour faire un choix?

Je trouve que c'est difficile de se fonder sur les idées d'un parti, parce que c'est des promesses électorales, avance Julie Beaulieu.

Personnellement, je me base plus sur la personnalité du candidat et du chef de parti que sur leurs idées. Oui, ça peut nous enligner sur ce qu'ils veulent faire, mais leur but c'est aussi de gagner les élections.

Julie Beaulieu, 16 ans

Des fois, on voit que c'est irréaliste, soit parce que leur objectif est beaucoup trop grand ou parce qu'on sait que ça peut pas se faire dans notre société. Et parfois, c'est tellement vague comme promesse qu'on n'a aucune mesure de comment ils l'accompliraient, donc on sait que c'est probablement pas vrai. Par contre, il y a des choses, avec les mesures qu'ils nous donnent, on pense que c'est réalisable, donc ça on peut plus y croire, faut vraiment analyser ce qu'ils disent, précise-t-elle.

Julie Beaulieu et Félix Gendron affichent un grand sourire en classe.

Julie Beaulieu (au centre) et Félix Gendron (à droite) s'intéressent à la politique.

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

Je trouve ça important d'avoir un député qui représente bien le comté, estime de son côté Sandrine Blais-Guy.

Les valeurs du parti aussi, c'est super important. Si on se ramasse avec un parti qui défend des choses qu'on veut pas, on n'est pas vraiment content de notre choix. Et comment le premier ministre va nous représenter au niveau des autres pays, c'est important aussi. Faut faire bonne allure [sic] et faut pas qu'on ait l'air un peu caves devant les autres, c'est quand même eux qui nous dirigent et qui nous représentent, ajoute l'adolescente.

Attaques et enfantillages

En classe, les élections fédérales sont un sujet de discussion récurrent depuis le début de la campagne. Les élèves ont notamment visionné des extraits des débats.

S'ils disent avoir été divertis, ils n'ont pas été impressionnés par l'attitude des chefs.

Le Parti conservateur est trop... il attaque toujours le Parti libéral de façon personnelle, toujours Justin Trudeau, il dit qu'il a mal fait ça. Justin Trudeau, je trouve qu'il se défendait bien, observe Alexandre Rouleau.

Tous les partis avaient quand même leur mot à dire. Il n'y en a pas un qui parlait trop, à part Andrew Scheer qui fermait pas vraiment sa gueule. Au moins, c'est intéressant à regarder, estime-t-il.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, et le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, lors du débat de Radio-Canada.

Les tentatives des chefs de discréditer leurs adversaires lors des débats ont déplu aux élèves.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

On écoutait des extraits et tout ce qu'on voyait, c'est qu'ils parlaient un par-dessus l'autre et on comprenait pas trop ce qu'ils disaient, déplore Julie Beaulieu.

Je me disais : ''Est-ce qu'il va falloir faire comme à l'école et les faire lever la main?'' Leurs enfantillages, ça les ridiculise. Je veux pas que ce genre de personnes là dirigent notre pays s'ils ne sont pas capables de parler calmement avec leurs adversaires.

Julie Beaulieu, 16 ans

À la place de se concentrer sur ce qu'eux peuvent promouvoir comme parti, ils dénigrent les autres partis juste pour se faire élire. C'est mieux de promouvoir tes propres valeurs, fait-elle remarquer.

Un sujet encore tabou

En dehors de l'école, certains élèves affirment parler de politique entre amis ou avec leurs parents, mais cette dernière option n'est pas donnée à tous.

Personnellement, c'est quelque chose qui m'intéresse, mais j'ai personne avec qui parler de ça à la maison, explique François Chevalier.

Mes parents veulent garder ça entre eux, mon père ne dira pas à ma mère pour qui il vote et ainsi de suite. C'est un peu tabou chez nous, précise-t-il.

Une de ses camarades a d'ailleurs refusé de participer au reportage de peur de créer des tensions avec sa famille. Elle se fait donc discrète sur ses opinions politiques, en attendant de pouvoir exercer son droit lors d'un vrai scrutin.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Élections fédérales