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Blanchet s'excuse des propos anti-islam de candidats bloquistes

Yves-François Blanchet est de profil et parle au micro. Derrière lui, l'autobus du Bloc québécois est stationné.

Yves-Francois Blanchet, devant l'autobus de campagne du Bloc québécois

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

François Messier
Valérie Boisclair

Yves-François Blanchet a été contraint de s’excuser jeudi des propos anti-islam tenus ou publiés par plusieurs candidats du Bloc québécois sur les réseaux sociaux au cours des dernières années.

J’étais très mécontent de ça, j’ai demandé des excuses aux candidats et aucun n’a hésité à présenter des excuses. Moi, comme chef, je pense que c’est mon devoir de m’excuser au nom du parti aux Québécoises et Québécois, a déclaré le chef du Bloc à son arrivée au Musée canadien de l’histoire, où aura lieu le dernier débat des chefs.

M. Blanchet avait réagi par communiqué, plus tôt dans la journée. Les candidats regrettent tous d’avoir partagé dans le passé des vidéos ou messages contenant des propos inappropriés, avait-il écrit.

Le chef du Bloc a dit qu'il ne sentait pas l'obligation de leur montrer la porte. Ça ne m’appartient pas; la décision appartient aux électeurs, a-t-il indiqué jeudi soir.

Je m’en remets à la plus haute autorité [...] et c'est celle des électeurs et des électrices du Québec.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Vous verrez que toutes les formations politiques ont eu des candidats qui ont eu de graves maladresses, de graves manques de jugement. Les candidats ont présenté des excuses et sont toujours candidats dans la présente campagne électorale, s’est-il défendu.

Les commentaires des candidats bloquistes ont été révélés par Le Journal de Montréal et le Globe and Mail, à quelques heures du dernier débat de la campagne électorale.

Les candidats en cause sont Caroline Desbiens (Beauport—Côte-de-Beaupré—Île d'Orléans—Charlevoix), Lizabel Nitoi (Marc-Aurèle-Fortin), Valérie Tremblay (Chicoutimi—Le Fjord) et Claude Forgues (Sherbrooke).

Tous se sont aussi excusés dans des messages quasi identiques publiés jeudi sur Facebook. Ils y soulignent que Le Journal de Montréal considère leur message comme islamophobe, mais sans dire s'ils sont aussi de cet avis.

Photomontage de candidats du Bloc québécois, Carole Desbiens, Claude Forgues, Lizabel Nitoi et Valérie Tremblay.

Les quatre candidats du Bloc ont tenu ou diffusé des messages contre l'islam sur les réseaux sociaux.

Photo : Radio-Canada

Les propos de Mme Desbiens, qui tente de ravir le siège de la conservatrice Sylvie Boucher, se trouvent dans une publication faisant la promotion d’une loi sur la laïcité en 2013. Elle disait craindre que les femmes soient bientôt obligées de se mettre un voile sur la tête pour aller faire des courses au IGA sous peine de se voir jeter en prison.

Elle a aussi vanté la leader de l’extrême droite en France, Marine Le Pen, qui défend des positions anti-immigration et islamophobes.

Lizabel Nitoi, qui brigue les suffrages contre le député libéral Yves Robillard dans Marc-Aurèle-Fortin, à Laval, a quant à elle diffusé une publication dénuée de fondement dénigrant l’intelligence des musulmans sous prétexte de consanguinité.

Valérie Tremblay, qui tente de défaire le conservateur Richard Martel dans Chicoutimi-Le Fjord, a pour sa part publié plusieurs messages anti-islam ou conspirationnistes sur Twitter depuis 2016, selon une recension du Journal de Montréal.

Claude Forgues, qui cherche à ravir le siège du néo-démocrate Pierre-Luc Dussault dans Sherbrooke, a pour sa part diffusé sur Facebook une vidéo avec une mention « l’islam est une maladie » et dans laquelle plusieurs propos dénigrants sur les musulmans peuvent être entendus, selon le journal.

Le Globe and Mail a aussi publié une nouvelle concernant les messages des candidates en cause, mais n’avait pas débusqué celui de M. Forgues.

Outre ces quatre candidats, la bloquiste Nicole Morin, qui se présente dans la circonscription de Saint-Maurice–Champlain, avait dû expliquer plus tôt cette semaine pourquoi elle avait diffusé une vidéo du groupe identitaire La Meute en 2017.

Beaucoup de Québécoises et de Québécois ont vécu des moments d’incertitude quant à l’intégration harmonieuse des nouveaux Québécois à la société québécoise. Les messages partagés sont une déplorable manifestation de ces inquiétudes, a fait valoir Yves-François Blanchet dans son communiqué.

Désormais, je constate que Québec prend des initiatives et formule des demandes afin de disposer de tous les outils pour rétablir la confiance et assurer l’intégration heureuse des immigrants au sein de la société québécoise, ajoute-t-il.

M. Blanchet assure enfin que tous ses candidats partagent les valeurs et le programme du Bloc québécois et qu'il s'en remet sans hésiter et en toute confiance au bon jugement des électeurs.

Quatre candidats, un message identique

Le message d'excuse publié par les quatre candidats précise effectivement qu'ils réitèrent leur appui total et complet aux valeurs et au programme du Bloc québécois qui d'aucune façon ne prône des mesures allant à l'encontre de quelque communauté que ce soit, culturelle ou religieuse.

Si mon geste a pu offenser, je m'en excuse sincèrement, telle n'était pas mon intention, ajoutent-ils.

Ceci illustre la nécessité de réfléchir sur notre façon d'exercer notre liberté d'expression dans ce nouveau mode de communication et sur la responsabilité que nous avons tous à cet égard compte tenu de la très grande facilité à partager sur les réseaux sociaux.

Notre dossier Élections Canada 2019

Une réponse insuffisante, selon Elizabeth May

Les propos tenus par les candidats bloquistes sont « troublants » et « déplorables », a réagi le chef néo-démocrate Jagmeet Singh.

La haine ne peut être isolée, a-t-il dit, et elle tend à se propager. Donc, si on a de la haine contre une communauté, ça peut accroître la haine contre les autres à cause de la couleur de leur peau […] à cause de leur sexualité, a-t-il prévenu.

Il revient au chef du Bloc québécois de décider si les candidats ont toujours leur place au sein de son parti, mais, chose certaine, ceux-ci n'auraient pas le droit de représenter le Nouveau Parti démocratique, a indiqué Jagmeet Singh. Dans mon parti, ce n’est pas acceptable, pas du tout, d’avoir quelqu’un comme ça.

La haine est quelque chose qu’il faut dénoncer.

Jagmeet Singh, chef du NPD

La chef du Parti vert, Elizabeth May, juge de son côté que « la réponse de M. Blanchet n’est pas suffisante ».

C’est affreux, je suis tellement, tellement déçue de ces messages haineux, a-t-elle dit avant de comparer les candidats du Bloc québécois à ceux du Parti populaire du Canada.

Tout le monde croit que c’est le Parti populaire de Maxime Bernier qui a des candidats avec des vues racistes. Et maintenant, le Bloc québécois [...] Ce n’est plus le Bloc que je connaissais, a ajouté Mme May.

De l’avis du chef du Parti populaire, « l’important, c’est que les gens s’excusent ». Dans notre parti, on ne tolère pas des propos comme ça, a affirmé Maxime Bernier, qui a lui aussi dû gérer le cas d’une candidate ayant tenu des propos anti-islam.

Sybil Hogg, qui se présente dans Sackville–Preston–Chezzetcook, est en fait « contre l’islam politique, et pas contre la religion musulmane ». Elle s’est bien expliquée dans ses propos, elle a clarifié ça, a indiqué M. Bernier.

Depuis le début de la campagne électorale – voire avant le déclenchement – plusieurs candidats issus des grands partis fédéraux ont dû faire face à leur passé numérique. Déclarations racistes, sexistes, homophobes, antifrancophones : une quinzaine de candidats ont eu à s'expliquer, et certains se sont même fait montrer la porte de leur parti.

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