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Légalisation du cannabis : un an plus tard, le marché noir inquiète encore

Gros plan sur une feuille de cannabis tenue entre deux doigts.

Le marché noir préoccupe toujours plusieurs propriétaires de magasins de cannabis en Saskatchewan, car il reste très populaire chez les consommateurs.

Photo : iStock / OpenRangeStock

Samuel Desbiens

Même si commercialiser du cannabis au Canada est légal depuis un an, les propriétaires de magasins en Saskatchewan se sentent encore menacés par le marché noir.

Le 17 octobre 2018, Allen Kilback était l’un des premiers propriétaires au pays à ouvrir sa boutique de cannabis à usage récréatif.

Situé près de Regina, son commerce, Vatic Cannabis, reçoit chaque semaine son lot de clients réguliers, mais il a le sentiment que le trafic illégal l'empêche d'augmenter sa clientèle. Même s'il reconnaît qu'il faut laisser du temps à la mesure fédérale pour qu'elle puisse produire ses effets, il y a encore beaucoup de travail à faire, selon lui, pour atteindre les objectifs fixés par Ottawa, soit de réduire les conséquences du marché noir.

Il y a encore énormément de consommateurs qui se procurent du cannabis de manière illégale en Saskatchewan. Il faut être patient, mais il se peut qu'il faille attendre plus longtemps que prévu avant de voir des résultats, croit-il.

Du cannabis dans des compartiments.

Les propriétaires de magasins de cannabis récréatif en Saskatchewan disent que les affaires sont bonnes dans la province.

Photo : Radio-Canada / Samuel Desbiens

D’ailleurs, la plus récente étude de Statistique Canada révèle que le prix moyen pour 1 gramme de cannabis sur le marché noir en Saskatchewan a chuté de près de 2 $ depuis un an, passant de 7,43 $ à 5,57 $. Il s’agit de la deuxième des plus importantes baisses de prix du cannabis sur le marché noir parmi les différentes provinces canadiennes.

À l’inverse, le prix moyen de 1 gramme de cannabis légal en Saskatchewan, lui, est passé de 7,11 $ à 10,42 $ au cours de la dernière année, soit une augmentation de plus de 3 $.

Tableau qui compare le prix d'un gramme de cannabis acquis de manière légal et de manière illégale.

Les données de Statistique Canada ont été compilées auprès de personnes anonymes par le biais d'un sondage en ligne. Le bassin de répondants en Saskatchewan était cependant faible par rapport à celui d'autres provinces : 384 résidents de la Saskatchewan ont déclaré les prix qu'ils payaient pour la marijuana avant la légalisation.

Photo : Radio-Canada

Andrew Gordon, le vice-président senior de Kiaro, qui gère l’un des six magasins de cannabis présentement ouverts à travers la ville de Saskatoon, espère qu’Ottawa aidera davantage les entreprises à lutter contre le marché illégal au cours des prochaines années.

Le moment est venu pour le gouvernement de réduire les taxes envers les entreprises afin de réduire l'écart de prix entre les deux marchés, souhaite-t-il.

Gros plan sur le visage d'un homme portant des lunettes et un chapeau.

Le vice-président senior de Kiaro, Andrew Gordon, est d'avis que le gouvernement fédéral et les entreprises de l'industrie du cannabis peuvent mieux travailler ensemble pour lutter contre le marché noir.

Photo : Jon Hernandez

Une loi trop restrictive, selon plusieurs propriétaires

Allen Kilback et Adam Coates, le directeur commercial de Westleaf, qui exploite trois magasins de cannabis en Saskatchewan, considèrent que les dispositions que renferme la Loi sur le cannabis (Nouvelle fenêtre) quant à la promotion des produits empêchent l’industrie de pouvoir accueillir la clientèle qui sont tentés par le marché noir.

Ils estiment que les règles devraient être changées afin de permettre aux intervenants dans l’industrie d'informer davantage les Saskatchewanais.

Nous sommes très limités dans ce que nous pouvons faire présentement. Nous devons surveiller chaque mot que nous utilisons sur nos réseaux sociaux et nous ne pouvons pas dire aux consommateurs qui viennent dans les magasins ce qu’ils vont ressentir en prenant un produit, affirme Allen Kilback.

Gros plan sur le visage d'un homme.

Le propriétaire du magasin de cannabis récréatif Vatic Cannabis Co., Allen Kilback, affirme que « des choses doivent changer » pour aider l'industrie à lutter contre le marché noir.

Photo : Daniella Ponticelli

Si nous n’avions pas ces contraintes particulières, ce serait plus facile de montrer aux consommateurs qu’il y a beaucoup d’options légales intéressantes pour se procurer du cannabis, précise de son côté Adam Coates.

En juin 2018, 51 détaillants ont été sélectionnés par la Régie des alcools et des jeux de hasard de la Saskatchewan (SLGA) afin de pouvoir entreprendre les démarches nécessaires pour ouvrir un point de vente à travers la province.

Un an après la légalisation du cannabis, 39 d'entre eux ont ouvert leurs portes au public, alors que 5 autres sont toujours dans la procédure de vérifications établie par la SLGA.

Une demi-douzaine de propriétaires se sont aussi retirés du processus, alors qu'un autre n'a pas été en mesure de se conformer aux exigences de la SLGA.

Si plusieurs magasins opèrent selon les règles en Saskatchewan, d'autres ont tenté de tirer profit illégalement de la mesure fédérale.

Le chef du Service de police de Regina, Evan Bray, admet que les autorités ont dû intervenir à plusieurs reprises au cours de la dernière année pour fermer des commerces qui vendaient des produits liés au cannabis sans permis.

Nous avons reçu plusieurs plaintes quant à la présence de magasins qui vendaient du cannabis illégalement et nous avons pris les mesures appropriées pour fermer ces points de vente le plus rapidement possible, déclare-t-il, tout en ajoutant que les arrestations liées à la consommation de cannabis n’ont pas augmenté au cours de la dernière année à travers la ville.

Evan Bray parle aux journalistes devant un panneau de la police de Regina bleu.

Le chef du Service de police de Regina, Evan Bray, précise que les policiers ont tous les outils nécessaires pour détecter les conducteurs qui circulent sur les routes de la ville avec les facultés affaiblies par le cannabis.

Photo : CBC

Effets minimes sur les routes

Evan Bray ajoute que pour l’instant, aucune personne n’a été arrêtée par le Service de police de Regina pour avoir conduit avec les facultés affaiblies par la marijuana au cours de la dernière année.

Il soutient toutefois que la situation pourrait changer, puisque des échantillons sanguins sont en train d’être analysés et qu’il peut prendre entre trois et quatre mois pour obtenir les résultats.

De son côté, le chef du Service de police de Saskatoon, Troy Cooper, constate que les répercussions de la légalisation du cannabis n’ont pas mené à de grands changements par rapport aux arrestations sur les routes de la ville.

La loi est différente, mais la façon dont les consommateurs se procurent de la marijuana n’a pas assez changé pour que l’on remarque un changement significatif, avoue-t-il.

Gros plan sur du cannabis.

Des 51 détaillants sélectionnés par la Régie des alcools et des jeux de hasard de la Saskatchewan (SLGA) pour ouvrir un point de vente, un seul n'a pas été en mesure de se conformer aux exigences de la SLGA en ce qui a trait à l'obtention d'un permis.

Photo : Daniella Ponticelli

Perception différente des Saskatchewanais

Selon un professeur associé à la Faculté de pharmacie et de nutrition de l’Université de la Saskatchewan, Robert Laprairie, les Saskatchewanais voient le cannabis différemment, un an après sa légalisation.

Depuis quelques mois, Robert Laprairie organise des rencontres afin d'informer les Saskatchewanais à propos du cannabis et de ses effets, mais aussi des recherches qui sont actuellement menées sur le sujet.

Les gens sont intéressés à avoir de bonnes discussions sur le cannabis. Il y a un changement de perception par rapport à l’industrie qui va plus loin que de simplement affirmer : "J’aime ou je n’aime pas la mesure fédérale" sur la légalisation du cannabis, souligne-t-il.

Un homme répond aux questions du journaliste.

Le professeur associé à la Faculté de pharmacie et de nutrition de l’Université de la Saskatchewan Robert Laprairie avoue avoir senti un changement de perception des Saskatchewanais à propos du cannabis, depuis la légalisation.

Photo : Radio-Canada / Samuel Desbiens

Les propriétaires de magasins de cannabis ont aussi constaté cette ouverture d’esprit envers l’industrie dans la province.

J’ai senti une réelle stigmatisation autour de la consommation de cannabis lorsque j’ai ouvert mon commerce il y a un an. Plusieurs personnes n’étaient pas prêtes à la légalisation du cannabis, mais maintenant les gens sont plus ouverts à en parler, indique Allen Kilback.

C’est une industrie particulière et c’est aussi notre mandat, en tant que propriétaires de magasins, de contrer les stéréotypes qui collent toujours à la consommation de cannabis, mentionne de son côté Adam Coates.

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