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L'espérance de vie d'un mollusque du golfe a de quoi faire rêver les humains

Le quahog nordique peut vivre des centaines d'années. Il détient peut-être des réponses aux questions des humains sur leur propre longévité.

Le Quahog nordique est un coquillage, un mollusque qui peut vivre facilement jusqu'à 200 ans.

Photo : Radio-Canada

Denis Leduc

Le golfe du Saint-Laurent et plus généralement le nord de l'Atlantique abritent l'organisme vivant ayant la plus longue espérance de vie du monde dans le règne animal.

Le mollusque quahog nordique peut vivre facilement jusqu'à 200 ans. Et même plus : le plus vieux spécimen observé avait 507 ans.

Il a été trouvé en Islande, d'où son nom latin, Arctica islandica. C'est une espèce qui vit dans les profondeurs sous-marines, généralement par 40 mètres de fond et que l'on retrouve dans différents secteurs du nord de l'Atlantique, notamment aux Îles-de-la-Madeleine.

Au-dessus d'un bassin d'eau, une personne tient un spécimen du mollusque dans chacune de ses mains.

Des spécimens de quahog nordique sont conservés à la Station aquicole de l'Institut des sciences de la mer de l'UQAR à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Comme les arbres

L'âge de ces mollusques est établi avec la même technique que celle utilisée pour déterminer l'âge d'un arbre. On ouvre la coquille et on compte les anneaux de croissance. Un anneau équivaut à un an de vie.

Le secret de la vie éternelle?

Des chercheurs de l'UQAR tentent de percer les mystères de la longévité de ce mollusque.

Le professeur Pierre Blier, de l'UQAR, dans un local de recherche.

Le professeur de biologie Pierre Blier, de l'UQAR. Il étudie les mystères de la longévité du quahog nordique, un mollusque que l'on retrouve dans le golfe du Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Le quahog nordique et l'être humain sont évidemment très distants, mais les recherches du professeur de biologie Pierre Blier montrent des similitudes cellulaires et des règles de fonctionnement qui sont équivalentes chez les mammifères et chez ces organismes.

S'il y a des trucs au niveau de la physiologie cellulaire pour vivre vieux, c'est clair que c'est cet organisme-là qui va nous les révéler.

Pierre Blier, professeur de biologie, UQAR

La clef par les mitochondries

Selon le professeur Blier, le secret de la longévité du quahog nordique semble résider dans ses mitochondries.

Les mitochondries sont présentes dans les cellules de tous les organismes vivants du règne animal, des mollusques à l'être humain. Elles sont souvent présentées comme la centrale énergétique des cellules. Ces cellules carburent à l'oxygène, mais les dérivés de ce même oxygène font vieillir les cellules. C'est ce que l'on appelle le stress oxydant.

L'humain subit constamment le stress oxydant. Quand les cheveux blanchissent, c'est en grande partie lié au stress oxydant des cellules.

Pierre Blier, professeur de biologie, UQAR
Plan rapproché d'un spécimen de quahog nordique dans une main.

Un spécimen de quahog nordique conservé à la Station aquicole de l'Institut des sciences de la mer de l'UQAR à Rimouski

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Le professeur Blier explique que les mitochondries du quahog nordique ont été structurées pour être résistantes aux attaques des dérivés de l'oxygène.

Pour imager le phénomène, il dit que c'est un peu l'équivalent des traitements antirouille appliqués aux voitures afin que les dérivés de l'oxygène ne favorisent pas l'oxydation ou le vieillissement précoce de la carrosserie par la rouille.

Fontaine de Jouvence

On est évidemment bien loin de la Fontaine de Jouvence, mais le professeur Blier est convaincu que l'étude du Quahog nordique permettra de mieux comprendre les secrets de sa longévité.

Chez l'humain, dit-il, on sait déjà que l'on peut, par des stratégies d'alimentation et bientôt pharmaceutiques, moduler la structure et la tolérance de nos mitochondries aux attaques des dérivés de l'oxygène . Les recherches sur le quahog nordique pourraient nous entraîner encore plus loin.

Ce dont on s'aperçoit, c'est qu'on est peut-être capables d'intervenir sur le taux de vieillissement, sur le processus de vieillissement.

Pierre Blier, professeur de biologie, UQAR
Le journaliste Denis Leduc et le professeur Pierre Blier discutent dans un local de recherche où se trouvent plusieurs instruments de recherche et le bassin où sont conservés les mollusques.

Le professeur Pierre Blier (à droite), devant un bassin où il conserve des spécimens de Quahog nordique à la Station aquicole de l'Institut des sciences de la mer de l'UQAR à Rimouski

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

La recherche

Les dernières données de l'Institut de la statistique du Québec indiquent que l'espérance de vie au Québec s'établit à 84,5 ans chez les femmes et à 80,6 ans chez les hommes.

On est bien loin de celle du quahog nordique, mais Pierre Blier rappelle que ce n'est pas là l'intention première des recherches sur ce mollusque, car l'objectif des programmes de recherche sur le sujet dans la majorité des pays, ce n'est pas tant de vivre vieux. C'est surtout de vivre plus longtemps, en santé.

Bas-Saint-Laurent

Faune marine