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Arrestation de deux partenaires de l'avocat de Trump liés à l'affaire ukrainienne

Rudy Giuliani et Lev Parnas

L'avocat du président Trump, Rudy Giuliani, photographié en compagnie de l'homme d'affaires ukrainien Lev Parnas au Trump Hotel à Washington.

Photo : Reuters / ARAM ROSTON

Sophie-Hélène Lebeuf

Deux partenaires d'affaires de l’avocat personnel du président Trump, Rudy Giuliani, sont accusés d'avoir violé la loi sur le financement électoral, parce qu'ils auraient comploté pour acheminer des fonds étrangers à des politiciens américains afin d'influencer les relations entre les États-Unis et l'Ukraine.

Les deux hommes, Lev Parnas et Igor Fruman, étaient déjà des personnes d'intérêt dans l'enquête liée à une éventuelle destitution du président américain, parce qu'ils ont servi d'émissaires à Rudy Giuliani dans sa croisade pour convaincre les responsables ukrainiens de lancer des enquêtes qui bénéficieraient à Donald Trump, son client.

Les procureurs du district sud de New York ont précisé au cours d'une conférence de presse que les accusés avaient été arrêtés mercredi au principal aéroport du District de Columbia alors qu'ils tentaient de fuir le pays avec un aller simple.

Montage de photos d'identité de la police montrant Lev Parnas et Igor Fruman.

Lev Parnas (à gauche) et Igor Fruman ont été arrêtés mercredi soir alors qu'ils tentaient de fuir les États-Unis, selon les procureurs de New York.

Photo : Associated Press

Lev Parnas et Igor Fruman, des citoyens américains originaires de l'ex-Union soviétique, sont accusés de complot, de fausses déclarations à la Commission électorale fédérale et de falsification de documents.

Ces allégations ne portent pas sur un détail technique, une violation civile ou une erreur dans un formulaire. Cette enquête porte sur un comportement corrompu, une violation délibérée de la loi.

William Sweeney, procureur des États-Unis pour le district sud de New York

Emprisonnés mercredi soir, les deux accusés ont comparu devant un tribunal fédéral de Virginie jeudi après-midi. La juge a accepté de les libérer moyennant une caution d’un million de dollars chacun. Ils avaient déjà dû remettre leur passeport aux autorités et seront assignés à résidence en plus de devoir porter un GPS.

Selon l’acte d’accusation, long de 21 pages, ils ont notamment utilisé une société-écran qu'ils contrôlent pour camoufler l’origine d'un don de 325 000 $ à un comité d'action politique américain indépendant, présenté comme le Comité-1, dans le but de faire avancer leurs intérêts financiers personnels et les intérêts politiques d’au moins un responsable politique ukrainien.

Plusieurs médias, dont CNN et le Washington Post, ont établi qu'il s'agissait d'America First Action, un comité pro-Trump. Après l'annonce des accusations, celui-ci a d'ailleurs reconnu la contribution et indiqué que le don avait été transféré dans un autre compte bancaire et qu'il ne serait pas utilisé.

La contribution financière avait déjà fait l'objet d'une plainte devant la Commission électorale américaine l'an dernier, déposée par le Campaign Legal Center, un organisme non partisan de surveillance du financement électoral.

En entrevue au Washington Post, Lev Parnas, d'origine ukrainienne, a déjà déclaré qu'il était un très bon ami de Rudy Giuliani. Notons que ce dernier n'est pas mentionné dans les documents soumis à la cour.

Complot pour faire partir l’ex-ambassadrice américaine en Ukraine

Marie Yovanovitch, portant des lunettes et des boucles d'oreille, regardant vers la droite.

Marie Yovanovitch avait la réputation de faire pression auprès des autorités ukrainiennes pour qu'elles luttent contre la corruption.

Photo : Reuters / Gleb Garanich

Les procureurs allèguent aussi qu’au printemps 2018, les deux hommes d’affaires ont conspiré pour contribuer à la campagne d'un élu fédéral non identifié au-delà de la limite autorisée, lui demandant d’intervenir pour obtenir le départ de l’ambassadrice des États-Unis à Kiev de l’époque, Marie Yovanovitch. Leur intervention s'est faite au moins en partie à la demande d'un représentant gouvernemental ukrainien ou plus.

CNN a identifié le politicien en question comme étant Pete Sessions, un ex-représentant républicain du Texas battu lors des élections de mi-mandat de l’an dernier.

Selon le Washington Post, en mai 2018, pendant la même période où Parnas et Fruman s'étaient engagés à recueillir 20 000 $ pour sa campagne, M. Sessions a écrit au secrétaire d'État Mike Pompeo pour dire que la diplomate avait un biais contre Donald Trump.

Le nom de Mme Yovanovitch, une diplomate de carrière à la réputation impeccable, était mentionné dans la plainte du lanceur d’alerte à l’origine de l’enquête des démocrates sur une éventuelle destitution du président Trump. D'après le Wall Street Journal, le président Trump a ordonné son rappel, entre autres après que Rudy Giuliani eut rapporté qu'elle entravait ses efforts pour persuader Kiev de mener les enquêtes qu'il réclamait.

Elle a été rappelée sans explications à Washington par l’administration Trump en avril 2019, avant la fin de son mandat.

Selon ce qu'a lui-même déjà indiqué Lev Parnas, lui et son acolyte ont mis en contact Rudy Giuliani et deux ex-procureurs ukrainiens controversés, qui ont été critiqués par les militants anticorruption ukrainiens. L'un des procureurs a milité pour le départ de l'ambassadrice Yovanovitch.

Cette dernière doit d'ailleurs comparaître vendredi devant les comités de la Chambre des représentants chargés de l'enquête pour destitution, mais il est probable que l'administration Trump, qui plus tôt cette semaine a signifié son refus de collaborer à l'enquête, l'empêche de témoigner.

L’avocat de Lev Parnas et de Igor Fruman, John Dowd, a refusé de commenter le dossier de ses clients. Me Dowd était à la tête de l’équipe juridique de Donald Trump lors de l’enquête Mueller sur la Russie.

Selon CNN, Lev Parnas et Igor Fruman ont aussi dans leur équipe juridique deux avocats qui assuraient la défense de Paul Manafort, l’un des anciens directeurs de campagne de Donald Trump. Dans la foulée de l'enquête Mueller sur l'ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle de 2016, Paul Manafort a été condamné à des peines d'emprisonnement en raison de fraudes liées à son travail de conseiller auprès de responsables ukrainiens.

Le Wall Street Journal a rapporté que les deux hommes avaient rencontré Rudy Giuliani à l'hôtel Trump International de Washington la veille de leur arrestation.

Trump prend ses distances

Interrogé par les journalistes, le président Trump a dit ne pas connaître les deux accusés, qui ont été photographiés avec lui ou avec son fils aîné à diverses occasions, notamment lors d'événements de financement électoral.

Selon le New York Times, au printemps dernier, Lev Parnas a souhaité un joyeux anniversaire au président, se disant fier de l'appeler son ami.

Lev Parnas et Donald Trump.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans un statut Facebook daté du 1er mai 2018, Lev Parnas dit avoir soupé en compagnie de Donald Trump à la Maison-Blanche, comme le montre une impression d'écran fournie par le Campaign Legal Center.

Photo :  Campaign Legal Center

Je ne connais pas ces messieurs. Maintenant, c'est possible qu'il y ait une photo de moi avec eux parce que j'ai une photo avec tout le monde, a-t-il répondu depuis les jardins de la Maison-Blanche.

Je ne les connais pas, je ne connais rien sur eux, je ne sais pas ce qu'ils font. Je ne sais pas, c'étaient peut-être des clients de Rudy. Vous devriez demander à Rudy.

Donald Trump

L'avocat personnel du président Trump, Jay Sekulow, a lui aussi cherché à établir une distance entre son client et les accusés. Comme l'acte d'accusation l'indique, ni le président ni [sa] campagne n'étaient au courant des allégations, a-t-il dit dans une brève déclaration.

Des témoins importants dans l'enquête sur l'affaire ukrainienne

Les présidents des trois comités de la Chambre ont par ailleurs formellement ordonné à Lev Parnas et à Igor Fruman, jeudi, de produire d'ici le 16 octobre les éléments de preuve qu'ils réclament.

Dans leur lettre, les leaders démocrates font aussi référence à des révélations récentes de l'Associated Press, selon lesquelles les deux hommes d'affaires sont intervenus pour faire nommer de nouveaux dirigeants à la tête de la compagnie gazière ukrainienne d'État en se targuant de liens avec Donald Trump et Rudy Giuliani.

Lev Parnas et Igor Fruman avaient en outre été invités à témoigner devant les comités. Le premier devait comparaître jeudi, et le deuxième vendredi.

Les leaders démocrates ont aussi ordonné, jeudi, au secrétaire à l'Énergie, Rick Perry, de produire des éléments de preuve liés à leur investigation.

L'enquête menée par les démocrates découle de la plainte d'un lanceur d'alerte qui a sonné l'alarme au sujet d'un entretien téléphonique entre le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et le président Trump le 25 juillet 2019, à l'initiative de ce dernier.

Le lanceur d'alerte a révélé que le président américain a demandé à son homologue d’enquêter sur un adversaire politique qu’il pourrait affronter en 2020 : le meneur de la course à l’investiture démocrate, l’ancien vice-président Joe Biden.

Donald Trump a aussi demandé à son interlocuteur d’enquêter sur le rôle de l’Ukraine dans la campagne présidentielle américaine de 2016, remettant ainsi en question les conclusions des services de renseignement américain et faisant écho à des théories du complot relayées par des trolls russes et des sites d’extrême droite.

Les deux requêtes ont été confirmées par le compte rendu de l'appel publié par la Maison-Blanche le 25 septembre.

Avec les informations de Washington Post, CNN, The Hill, et New York Times

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