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L'enseignante qui nettoie son village depuis 70 ans

Une dame avec un sac de chips devant la pancarte de Smooth Rock Falls.

Françoise Landry a été une pionnière en matière d'environnement depuis son arrivée à Smooth Rock Falls.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Jimmy Chabot

Depuis 1950, Françoise Landry sillonne les rues de Smooth Rock Falls, dans le Nord de l'Ontario, sac à la main, pour ramasser des déchets. Alors que l’enjeu de l’heure est l’environnement, l'enseignante à la retraite a au départ été victime de moqueries de la part des autres enseignantes et des parents d’élèves. Elle n’a toutefois pas lâché le morceau et continue de le faire, même à l'aube de ses 91 ans.

Native de North Bay, la Franco-ontarienne de 90 ans a été élevée dans une ferme laitière. Fallait pas qu’un papier traîne, faut que tout soit propre à l’étable, un inspecteur passait chaque semaine pour s’assurer que la propreté règne.

C’était de naissance, mon père nous disait "je veux ne jamais voir une traînerie"… Oui papa, on a compris.

Françoise Landry

Plus tard dans sa vingtaine, elle a déménagé à Smooth Rock Falls pour enseigner.

Chaque matin avant de partir pour l’école, elle prenait deux heures pour nettoyer la ville.

Mme Landry veste fluorescente et rateau à la main

En 2006, Mme Landry en mode grand nettoyage avec ses gants et sa veste fluorescente.

Photo : Gracieuseté M. Fleur-Ange Lamothe

Se promenant avec ses gants et sa veste fluorescente depuis 70 ans, Mme Landry a entendu toutes les insultes à son égard.

Je faisais rire de moi de par mes collègues enseignants d’abord.

Françoise Landry

Éliane Labonté-Bernier, une résidente de Smooth Rock Falls, se remémore que les élèves qui ne la connaissaient pas pensaient que c’était une mendiante.

Une enseignante pose pour sa photo de classe.

La photo de classe de Mme Landry datant de mai 1968.

Photo : Collection Françoise Landry

Elle a rapidement voulu s'occuper aussi du terrain de l'école catholique.

J’ai dit : "ma sœur, moi j’aimerais avoir un après-midi pour faire le ménage dans la cour d’école". Elle me dit : "vous allez vous abaisser à ce point-là?"

Françoise Landry

La religieuse a réfléchi à l'idée et a accepté. L’année suivante, la responsable de l'école trouvait l’idée tellement bonne que tout le personnel lui a donné un coup de main.

Le personnel était insulté d’être à quatre pattes dans la cour d’école, je leur disais, nous ne sommes pas là pour juste enseigner, il faut former nos élèves.

Françoise Landry

Mme Landry a marqué beaucoup de monde à Smooth Rock Falls, estime Éliane Labonté-Bernier : Elle avait le don de nous transmettre des leçons de vie sans nous dire, fais ça comme ça.

Une femme devant l'affiche de Smooth Rock Falls.

Françoise Landry s'est fait un devoir de sensibiliser la jeunesse à l'environnement

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Au début des années 1960, Françoise Landry a invité ses élèves à faire le grand ménage du printemps. Cette journée n’a jamais fait l'unanimité avant le virage vert dans les années 2000. Les parents s'insurgeaient en disant "y’a d’autres choses que vous pourriez leur montrer à l’école que de ramasser des déchets", évoque Éliane Labonté-Bernier.

Un modèle pour toute la communauté.

Pendant 50 ans, Mme Landry remplissait un gros sac de poubelle chaque matin avant de commencer ses cours.

Aujourd’hui, elle peine à remplir un petit sac d’épicerie. Les gens sont plus de plus conscients de la propreté de leur village.

Une femme ramasse une vieille banane.

Mme Landry soutient qu'il y a de moins en moins de déchets dans sa ville. Plus les années avancent plus son sac à poubelle rétréci.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Souvent, je vois les gens quand ils la voient ramasser, ils vont chercher un sac de poubelle et nettoient la rue avec elle.

Éliane Labonté-Bernier, résidente de Smooth Rock Falls

Devenue conseillère municipale, Éliane Labonté-Bernier a travaillé d’arrache-pied pour que le grand nettoyage du printemps le 7 juin soit nommé la journée de fierté communautaire Françoise Landry.

Un jeune homme donne un déchet à Mme Landry.

Aujourd'hui, les citoyens de Smooth Rock Falls comme Mathieu Martel lui donnent un coup de main pour nettoyer la ville.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Depuis 10 ans, ce n'est plus seulement les étudiants qui participent à ce rendez-vous annuel, mais toute la communauté de Smooth Rock Falls.

Des élèves de 7 ans avec un sac de poubelle en main

Le 7 juin 2019, des élèves de l'école catholique Georges-Vanier participent à la journée Françoise Landry.

Photo : AFP / Collection École catholique Georges-Vanier

Mathieu Martel, jeune diplômé universitaire, n’a pas eu la chance d’avoir Mme Landry comme enseignante, mais elle lui a légué de bonnes manières.

Quand j’avais 2-3 ans, ma mère me promenait en poussette autour de la ville, je lui faisais mettre les vidanges sous la poussette parce que Mme Landry nous avait fait comprendre que l'environnement est une chose importante.

Mathieu Martel, résident de Smooth Rock Falls

Un grave accident qui ne la ralentit pas longtemps

À la fin des années 80, Mme Landry ramassait toujours les poubelles. Un matin de juin, alors qu'elle était sur le point de prendre sa retraite, sa vie prend une tournure inattendue.

Elle était sur la route 11, un transport lui a roulé dessus, elle avait le bassin, le cou et les jambes fracturées.

Éliane Labonté-Bernier

Transportée d’urgence dans un hôpital de Toronto, Mme Landry y passera trois mois.

Mme Landry photographié pendant son accident à l'hôpital.

Tout le village de Smooth Rock Falls a retenu son souffle alors que Mme Landry était transportée d'urgence à Toronto.

Photo : Collection Françoise Landry

Je me suis dit que je si je m’en remettais, j’en ferais encore plus pour l’environnement.

Françoise Landry

Le médecin lui dit que si elle n’arrêtait pas de marcher, elle serait infirme.

Malgré cela, elle était dans les rues, sac de poubelle à la main, au lendemain de son retour à Smooth Rock Falls.

On l’a questionnée sur comment vous faites pour avoir cette force, elle nous a répondu : le travail, ça ne fait pas mourir.

Éliane Labonté-Bernier

Le plus grand souhait de Mme Landry est que chaque citoyen suive sa façon de faire : prendre un sac de poubelle et le remplir tout en faisant sa marche quotidienne.

Je marche encore, je nettoie encore et je suis bien heureuse de mon sort.

Françoise Landry

Nord de l'Ontario

Matières résiduelles