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« Une culture de la peur » régnait à l’AER

Un gros plan sur un panneau métallique où est inscrit : « Alberta Energy Regulator ».

Trois organismes de surveillance gouvernementaux ont accusé l'AER d'avoir utilisé à tort des fonds publics pour créer le centre international ICORE.

Photo :  CBC / Kyle Bakx

Nafi Alibert

La direction de l'Agence de réglementation de l'énergie de l'Alberta (AER) s’était lancée dans une chasse aux sorcières pour démasquer le lanceur d’alerte à l’origine d'une enquête qui a mené trois organismes de surveillance du gouvernement à étudier sa mauvaise gestion des fonds publics.

Pendant que la commissaire à l'éthique de l'Alberta, la commissaire à l'intérêt public et le vérificateur général conduisaient leurs enquêtes indépendantes, l’équipe de direction de l’AER a mené sa propre enquête pour savoir qui leur avait mis la puce à l’oreille.

Les soupçons de l’ancien directeur général de l’AER, Jim Ellis, ont d’abord porté sur un ingénieur géologue qui venait d’être congédié, comme en atteste un échange qu’il a eu avec un de ses proches.

Si c’est Corey, je vais le crucifier sur le plan personnel avec tous les moyens dont je dispose, peut-on lire dans un des textos reçus par M. Ellis qui ont été consignés dans un des rapports d’enquête divulgués la semaine dernière.

Ce message n’est qu’un exemple des nombreux autres qu’a épluchés la commissaire à l’éthique, Marguerite Trussler, alors que son bureau enquêtait sur les comportements de Jim Ellis.

Portrait de Jim Ellis.

Jim Ellis, ancien directeur général du Régulateur de l'énergie de l'Alberta, est considéré comme le cerveau de cette affaire de mauvaise gestion grave de fonds publics.

Photo : Régulateur de l'énergie de l'Alberta (Alberta Energy Regulator)

Intimidation

L’ingénieur Corey Froese a confié à CBC qu’il avait fait part de ses préoccupations au sujet d'ICORE à M. Ellis et à des représentants des ressources humaines à l’automne 2018. Dix jours plus tard, il apprenait que ses services n’étaient plus requis.

Il n’a pas été surpris du texto à son sujet reçu par son ancien patron.

J’ai eu un petit sourire, admet-il. Je connais le mode de fonctionnement de ces gens et comment ils traitent ceux qui ne sont pas d’accord avec eux.

M. Froese est content que les enquêtes gouvernementales aient permis de faire éclater la vérité au grand jour.

Ce sont des choses que les gens disaient tout bas, mais que personne ne disait tout haut, explique-t-il.

Même les avocats de l’agence auraient gardé le silence par peur de compromettre leur carrière ou d’être remerciés, ont noté Mme Trussler et la commissaire à l'intérêt public, Marianne Ryan.

Dans son rapport, Mme Trussler établit que, en réaction à certaines réticences du service juridique au sujet d’ICORE, M. Ellis a suggéré à la vice-présidente générale du service de démissionner, des mois avant la date de son départ officiel à la retraite en prétextant un [nouveau] plan de relève.

Ce qui me frappe, c’est d’observer d’une part une culture de l'arrogance, et d’autre part, une culture de la peur cohabiter [à l’AER], a déclaré, quant à elle, Mme Ryan, lors de la conférence de presse du 4 octobre.

Ce jour-là, Mme Ryan a d’ailleurs tenu à souligner le courage dont avaient dû faire preuve, dans ce contexte, les employés qui avaient osé tirer la sonnette d’alarme et témoigner.

De plus, quand M. Ellis a appris qu’une plainte anonyme avait [aussi] été reçue par une autre instance gouvernementale, lui et d’autres cadres d’AER ont essayé de trouver l'identité de cette personne, a-t-elle ajouté.

Ces agissements ont soulevé de sérieuses inquiétudes sur la façon dont l’AER gérait les plaintes de ses d’employés.

La personne chargée de gérer ces dénonciations à l’interne nous a dit qu’elle était préoccupée par le fait qu’elle devait informer [M. Ellis] de toutes les plaintes qu’elle recevait, a écrit dans son rapport le vérificateur général Doug Wylie.

Trois personnes sont assises à une table noire. Chacun a un micro en face de lui. Un rideau noir sert de toile de fond.

La commissaire à l'éthique, Marguerite Trussler, la commissaire à l'intérêt public, Marianne Ryan, et le vérificateur général, Doug Wylie, lors du dévoilement des conclusions de leurs enquêtes respectives le 10 octobre 2019.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

« Des progrès énormes »

Le gouvernement albertain a récemment mis en place un conseil d’administration (C. A.) temporaire à l'Agence de réglementation de l'énergie de l'Alberta.

Ses membres ont reconnu qu’il était désormais évident qu’un petit groupe de cadres supérieurs avait abusé des ressources de l’AER.

Le C. A. entend tenir compte des recommandations des trois rapports d’enquête pour regagner la confiance du public dans l’agence.

Il y a déjà eu des progrès énormes en ce qui concerne la gouvernance, des politiques, des contrôles et de la culture [d’entreprise], a affirmé le C. A. par voie de communiqué. Une amélioration en partie permise par le départ du petit groupe de cadres supérieurs et de M. Ellis.

Le principal intéressé, qui a démissionné en janvier, a décliné toute demande d’entrevue.

Avec les informations de Tony Seskus et Kyle Bakx.

Alberta

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