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La clinique d'avortement privée de Fredericton est mise en vente

La clinique 554 au centre-ville de Fredericton.

Photo : Radio-Canada

Louis Mills

La seule clinique privée qui pratique des avortements au Nouveau-Brunswick a été mise en vente. Elle cessera d'offrir ses services lorsqu'une transaction aura été conclue. La clinique 554 fournit aussi des services de santé généraux, en particulier à la communauté LGBTQ.

Les dirigeants de la clinique 554, qui avait remplacé la clinique Morgentaler à Fredericton, accusent le gouvernement du Nouveau-Brunswick d'avoir précipité la décision de fermer la clinique en refusant d'assumer le coût des avortements qui y sont pratiqués.

En conférence de presse jeudi matin, le Dr Adrian Edgar, directeur médical de la clinique, a précisé que, lorsqu'un acheteur se présentera, la clinique 554 cessera 90 jours plus tard de servir sa clientèle et que ses quelque 3000 patients seront ajoutés à la liste d'attente provinciale pour un médecin de famille.

Le Dr Adrian Edgar en conférence de presse à la clinique 554 à Fredericton.

Le Dr Adrian Edgar reproche au gouvernement du Nouveau-Brunswick de limiter l'accès à l'avortement dans la province en refusant de financer la clinique 554.

Photo : Facebook/Clinic 554

Le gouvernement provincial refuse de payer le coût des avortements qui sont pratiqués à la clinique 554, parce que le service est fourni par trois hôpitaux publics dans la province.

Les dirigeants de la clinique font valoir depuis longtemps que cette position du gouvernement restreint l'accès à l'avortement dans la province et contrevient ainsi à la Loi canadienne sur la santé.

En l'absence de financement public, il était devenu impossible d'assumer les coûts d'exploitation de la clinique, a expliqué le Dr Edgar.

Une clientèle marginalisée

Il s'est dit désolé de devoir abandonner la clientèle de la clinique, parmi lesquels on compte un millier de patients qui appartiennent à la communauté LGBTQ. La clinique se présente comme un des seuls endroits dans les Maritimes qui offrent des services de santé sexuelle à cette communauté.

La clinique offre aussi des soins à de nombreux toxicomanes, à des patients séropositifs et à des patients qui ont des problèmes de santé mentale. Le Dr Edgar reproche au gouvernement Higgs d'abandonner ces personnes vulnérables qui hésitent à consulter dans les hôpitaux ou les cliniques ordinaires, à cause des préjugés associés à leurs conditions.

Une femme de la communauté transgenre de Fredericton, Indigo Poirier, affirme que la disparition de la clinique 554 créera un grand vide. Avec la stigmatisation et les préjugés auxquels nous devons faire face dans nos vies quotidiennes, il est très important de pouvoir compter sur un lieu comme celui-là, a-t-elle dit.

Indigo Poirier, membre de la communauté trans de Fredericton, en entrevue.

Indigo Poirier, membre de la communauté trans de Fredericton, affirme que la disparition de la clinique 554 créera un grand vide.

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement Higgs fait la sourde oreille

Le Dr Edgar dit avoir tenté plusieurs fois sans succès de rencontrer le premier ministre, le ministre de la Santé et les dirigeants du Réseau de santé Horizon pour faire valoir sa cause.

Une pétition de 35 000 noms a été remise au ministre de la Santé Hugh Flemming, plus tôt cette année, mais ce dernier n'a pas réagi, a déploré le Dr Edgar.

Il a d'autre part déploré que dans le cadre de la campagne électorale fédérale en cours, les partis politiques, la question du droit à l'avortement a refait surface alors que, selon lui, les discussions devraient plutôt porter sur l'accès aux interruptions de grossesse.

Une manifestation devant l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.

Des manifestants pro-vie ont manifesté jeudi matin sur le parterre de l'Assemblée législative.

Photo : Radio-Canada

Il met au défi le prochain premier ministre d'agir résolument pour assurer l'accès à l'avortement, un service de santé essentiel, dans toutes les régions au pays et en particulier au Nouveau-Brunswick. Le prochain gouvernement fédéral devrait retenir une partie des transferts en santé versés à la province, estime-t-il, jusqu'à ce que le gouvernement néo-brunswickois accepte de financer les avortements pratiqués à l'extérieur des hôpitaux.

C'est aussi la solution que préconise le groupe Action Canada, qui milite au niveau national pour de meilleurs soins de santé sexuelle. C’est illégal, c’est quelque chose qui pourrait être remédié si des transferts fédéraux financiers étaient retirés en attendant que ce soit rectifié, a affirmé Frédérique Charest, directrice de la promotion de la santé à Action Canada pour la santé et les droits sexuels.

L'opposition réagit

L'annonce de la clinique 554 a suscité de vives réactions dans l'opposition, à Fredericton. Le chef des verts, David Coon, a aussi déclaré que la fermeture de la clinique placerait le gouvernement du Nouveau-Brunswick dans l'illégalité puisque les femmes de l'ouest et du centre de la province n'auraient plus un « accès approprié » aux interruptions de grossesse. Les avortements ne seront plus pratiqués que dans les deux hôpitaux de Moncton et à celui de Bathurst.

Le gouvernement a deux choix, selon lui : financer les avortements à la clinique 554 ou demander au Réseau de santé Horizon de la prendre en charge.

David Coon, le chef des verts du Nouveau-Brunswick, en entrevue.

Selon le chef du Parti vert, David Coon, le gouvernement Higgs doit financer la clinique 554 pour assurer un accès équitable aux services d'avortement à toutes les femmes du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Le porte-parole des libéraux en matière de santé, Jean-Claude D'Amours, a pour sa part déclaré, par communiqué, que sa formation croit au droit d'une personne de choisir et d'avoir un meilleur accès à l'avortement.

Nous avons tenté en vain de joindre le ministre de la Santé pour obtenir sa réaction.

Coïncidence, l'Association pour le droit à la vie du Nouveau-Brunswick tenait son rassemblement annuel sur le parterre de l'Assemblée législative jeudi matin. Son président, Peter Ryan, s'est dit heureux de l'annonce. C’est une bonne nouvelle, c’est triste pour les femmes qui sont allées à cette clinique-là. Je prie pour toutes les femmes et même pour les personnes qui dirigent la clinique.

Avec des renseignements de Michel Corriveau

Nouveau-Brunswick

Avortement