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L'offensive turque en Syrie progresse, Erdogan menace l'Union européenne

Des gens courent se mettre à l'abri après des tirs de mortier depuis la Syrie, à Akcakale, en Turquie, jeudi.

Des gens courent se mettre à l'abri après des tirs de mortier depuis la Syrie, à Akcakale, en Turquie, jeudi.

Photo : Associated Press / Ismail Coskun

Radio-Canada

Les forces kurdes en Syrie luttent jeudi pour repousser un assaut de la Turquie, au lendemain du lancement de l'offensive d'Ankara dans le nord-est du pays en guerre, faisant craindre une nouvelle crise humanitaire.

L'offensive a débuté moins de trois jours après la décision de Donald Trump de retirer une partie du millier de militaires américains présents à la frontière turco-syrienne.

Les troupes turques ont franchi la frontière syrienne en quatre points, selon la presse. Deux se trouvent aux alentours de Tall Abyad et deux sont proches de Ras al-Aïn, plus à l'est. Selon la BBC, les forces turques intensifient leurs frappes aériennes et terrestres au deuxième jour de l'opération.

Depuis mercredi, au moins 23 combattants des forces kurdes et 9 civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d'artillerie de l'armée turque, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) qui ajoute que plus de 60 000 personnes ont aussi été déplacées, fuyant des secteurs directement à la frontière.

La Turquie, membre de l'OTAN, veut créer une zone de sécurité dans la région frontalière pour en écarter les miliciens kurdes et y transférer plusieurs millions de Syriens réfugiés sur son territoire, mais les grandes puissances craignent que l’opération ne relance le conflit.

Elles redoutent en outre qu'elle permette aux djihadistes faits prisonniers par les rebelles kurdes, qui ont joué un rôle décisif dans les combats contre le groupe armé État islamique (EI), de s'évader et de reprendre leur guérilla ou même, dans le cas des étrangers, de regagner leurs pays d'origine.

La Norvège, pays allié de la Turquie au sein de l'OTAN, a d’ailleurs annoncé jeudi la suspension de toute nouvelle exportation d'armements vers Ankara étant donné que la situation est complexe et change rapidement.

La Finlande, qui n'est pas membre de l'OTAN, avait également annoncé mercredi la suspension de toute nouvelle exportation d'armements vers la Turquie ou autre pays engagé dans la guerre.

Dans la foulée de l'offensive d'Ankara, le président Donald Trump a évoqué jeudi la possibilité d'une médiation américaine dans le conflit.

Nous avons un des trois choix suivants : envoyer des milliers de soldats pour gagner militairement, frapper la Turquie très fort financièrement et avec des sanctions, et jouer les médiateurs en vue d'un accord entre la Turquie et les Kurdes.

Donald Trump dans un tweet

Un haut responsable du département d'État a pour sa part indiqué que les États-Unis prendront des mesures punitives contre la Turquie si elle entreprend des actions « inhumaines et disproportionnées » contre des civils.

Cela inclurait le nettoyage ethnique, cela inclurait en particulier des tirs d'artillerie sans distinction et d'autres tirs dirigés contre la population civile. C'est ce que nous examinons actuellement. Nous n'avons pas constaté d'exemples significatifs de cet ordre jusqu'à présent.

Un haut responsable du département d'État américain

Par ailleurs, des dizaines de républicains de la Chambre des représentants ont annoncé jeudi qu'ils présenteraient un projet de loi pour imposer des sanctions à l'encontre de la Turquie.

Le président Erdogan et son régime doivent affronter de graves conséquences pour avoir attaqué impitoyablement nos Kurdes dans le nord de la Syrie, a déclaré Liz Cheney, présidente de la Conférence républicaine de la Chambre.

Sur le terrain

Les forces turques ont bombardé dans la matinée de jeudi les alentours de Ras al-Aïn. Les rebelles des Forces démocratiques syriennes (FDS), mouvement dominé par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), ont riposté, rapporte un témoin.

Un porte-parole des FDS assure sur Twitter que l'offensive a été repoussée à Tall Abyad.

Une prison de Kamichli, où sont détenus de nombreux membres de l'EI d'une soixantaine de nationalités, a notamment été touchée, ont fait savoir les FDS.

Ces attaques de prisons abritant des terroristes de Daech [acronyme de l'État islamique en arabe] conduiront à une catastrophe dont le monde pourrait ne pas être en mesure de gérer les conséquences à l'avenir.

Extrait d'un communiqué des Forces démocratiques syriennes

Sans aviation, il semble difficile pour les FDS de résister à l'armée turque. Les FDS ne peuvent pas défendre toute la frontière, estime Nicholas Heras, analyste au centre de réflexion Center for New American Security.

La vraie interrogation, c'est jusqu'où peut aller la progression de la Turquie avant son arrêt par des acteurs régionaux ou internationaux, ajoute-t-il.

Selon le ministère turc de la Défense, 181 cibles de la milice kurde ont été touchées par l'aviation et l'artillerie depuis le début de l'offensive. Ankara considère les YPG comme une organisation terroriste en raison de ses liens avec les séparatistes turcs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Cela ouvre un nouveau front dans un conflit qui a fait plus de 370 000 morts et des millions de déplacés depuis 2011. L'ONG Save The Children a mis en garde contre un désastre humanitaire imminent. Avec l'hiver qui approche, ils devront faire face à des défis supplémentaires, prévient-elle.

Un enfant au visage inquiet est vu à travers la vitre d'une voiture.

Un enfant dans un véhicule avec des effets personnels alors que sa famille et lui s'enfuient de Tall Abyad, mercredi.

Photo : Reuters

Erdogan menace l'Europe d'un flux de migrants

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a en outre menacé, jeudi, d'ouvrir les portes de l'Europe à des millions de réfugiés en réponse aux critiques européennes contre l'offensive.

Ô Union européenne, reprenez-vous. Je le dis encore une fois, si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants, a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Ankara.

La Turquie accueille 3,6 millions de réfugiés syriens sur son sol. Le flux de migrants depuis la Turquie vers l'Europe s'est considérablement tari à la faveur d'un accord conclu en 2016 entre Ankara et l'UE.

L'offensive turque a provoqué un tollé international, et une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU est prévue jeudi. Une réunion extraordinaire de la Ligue arabe, qui a condamné l'offensive, est aussi prévue samedi.

Vous n'avez jamais été sincères. À présent, ils disent qu'ils vont bloquer trois milliards d'euros [promis à la Turquie dans le cadre de l'accord migratoire]. N’avez-vous jamais respecté une promesse qui nous a été faite? Non, a encore martelé M. Erdogan. Avec l'aide de Dieu, nous poursuivrons notre chemin, mais nous ouvrirons les portes [aux migrants].

De son côté, la France a demandé jeudi la tenue d'une réunion d'urgence de la coalition internationale engagée dans la lutte contre le groupe État islamique. Sous commandement américain, cette coalition réunit quelque 80 États et organisations internationales, dont le Canada, de nombreux pays arabes et européens, l'OTAN et Interpol.

Des soldats dans une voiture en marche.

Des membres de l'Armée libre syrienne, soutenue par la Turquie, se dirigent vers la frontière, jeudi, à Akcakale.

Photo : Getty Images / Burak Kara

Moscou veut des pourparlers

La Russie a quant à elle indiqué jeudi vouloir des pourparlers entre le régime syrien et la Turquie.

Nous allons désormais défendre la nécessité d'établir un dialogue entre la Turquie et la Syrie, a affirmé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors de déclarations retransmises par son ministère en marge d'une visite au Turkménistan.

Il a aussi déclaré que Moscou, qui soutient militairement et politiquement le régime syrien de Bachar Al-Assad, allait aussi chercher à établir des contacts entre Damas et les organisations kurdes.

M. Lavrov a par ailleurs dit comprendre l'inquiétude de la Turquie concernant la sécurité de ses frontières.

Le président russe Vladimir Poutine avait lui appelé mercredi la Turquie à bien réfléchir avant cette offensive.

Les actions de la Turquie ont même eu pour effet de faire converger Israël et l'Iran, qui s'entendent pour dire que l'offensive doit cesser. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a condamné vigoureusement, jeudi, l'invasion des forces turques et a mis en garde contre un potentiel nettoyage ethnique des Kurdes dans ce secteur. Israël est prêt à fournir une aide humanitaire aux Kurdes, a-t-il ajouté.

L'Iran a quant à lui appelé à une cessation immédiate de l'offensive. La République islamique, tout en exprimant son inquiétude quant aux conséquences de cette opération sur le plan humanitaire, insiste sur la nécessité d'une cessation immédiate des attaques et d'un retrait des unités militaires turques déployées sur le territoire de la Syrie, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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