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Le Nobel de littérature 2018 à Olga Tokarczuk, celui de 2019 à Peter Handke

Portrait d'Olga Tokarczuk, dont les cheveux sont ornés de perles bleues, et portrait de Peter Handke, qui porte des lunettes et a les cheveux gris.

L'autrice polonaise Olga Tokarczuk et l'écrivain autrichien Peter Handke

Photo : Reuters / Michele Tantussi/Herwig Prammer

Radio-Canada

Le prix Nobel de littérature a été attribué à la Polonaise Olga Tokarczuk pour l'année 2018, dont la remise a été reportée d'un an après un scandale d'agression sexuelle, et à l'Autrichien Peter Handke pour 2019, a annoncé jeudi l'Académie suédoise.

Deux Canadiennes étaient favorites pour remporter l'un de ces deux prix Nobel : la romancière Margaret Atwood, d'Ottawa, et la poète et essayiste Anne Carson, de Toronto.

L'imagination narrative et l'ingénuité linguistique récompensées

Mats Malm, le secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, a souligné en parlant d'Olga Tokarczuk son imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, symbolise le dépassement des frontières comme forme de vie.

Considérée comme la plus douée des romancières et romanciers de sa génération en Pologne, Olga Tokarczuk emporte son lectorat dans une quête de la vérité à travers des univers polychromes, mêlant avec finesse le réel et le métaphysique.

Engagée politiquement à gauche, écologiste et végétarienne, l'écrivaine de 57 ans, la tête toujours couverte de tresses rastas, n'hésite pas à critiquer la politique de l'actuel gouvernement conservateur nationaliste de Droit et Justice (PiS).

Peter Handke est récompensé pour une œuvre qui, forte d'ingénuité linguistique, a exploré la périphérie et la singularité de l'expérience humaine, a ajouté Mats Malm.

Peter Handke, le nobélisé qui voulait supprimer le Nobel de littérature

Peter Handke, 76 ans, qui a publié plus de 80 ouvrages, est un des auteurs de langue allemande les plus lus et les plus joués dans le monde.

Il publie son premier roman, Les frelons, en 1966, avant d'accéder à la notoriété avec L'angoisse du gardien de but au moment du penalty, en 1970, puis Le malheur indifférent (1972), bouleversant requiem dédié à sa mère.

Le Nobel de littérature? Il faudrait enfin le supprimer. C'est une fausse canonisation [qui] n'apporte rien au lectorat, a-t-il un jour déclaré.

Un écrivain très controversé

Dans le monde de l'édition, nombreux sont d'ailleurs les gens qui pensaient que le prix lui échapperait à jamais, malgré une œuvre mondialement reconnue, à cause de son engagement pendant la guerre en ex-Yougoslavie.

D'origine slovène par sa mère, il s'affiche alors comme un des rares intellectuels occidentaux pro-serbe.

À l'automne 1995, quelques mois après le massacre de Srebrenica, il part en Serbie et rapporte ses impressions de voyage dans un livre controversé, Voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina.

En 1999, il rend un prestigieux prix littéraire allemand, le prix Büchner, et quitte l'Église catholique pour protester contre les frappes de l'OTAN sur Belgrade, évoquant un nouvel Auschwitz.

Sept ans plus tard, il provoque un tollé en se rendant aux funérailles de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, accusé de crimes contre l'humanité et génocide.

Il est contraint de renoncer à un prix que doit lui décerner la ville de Düsseldorf, et la Comédie-Française déprogramme l'une de ses pièces.

Des intellectuels et intellectuelles, dont sa compatriote Elfriede Jelinek, Nobel de littérature en 2004, prennent sa défense. Mais la polémique occulte pour un temps médiatiquement le travail de Peter Handke.

Olga Tokarczuk, de thérapeute à écrivaine

Née le 29 janvier 1962 dans une famille d'enseignants à Sulechow dans l'ouest de la Pologne, elle est autrice d'une douzaine d'ouvrages.

Diplômée de psychologie à l'Université de Varsovie, elle s'intéresse aux travaux de Karl Jung. Pendant un temps, elle travaille comme psychothérapeute et s'essaie à l'écriture. Elle publie un recueil de poèmes avant de se lancer dans la prose.

Après le succès de ses premiers livres, elle se consacre entièrement aux lettres et s'installe dans le village de Krajanow dans les monts Sudètes. Aujourd'hui, ses livres sont des succès de vente en Pologne, traduits dans plus de 25 langues. Plusieurs de ses ouvrages ont été portés sur scène et à l'écran.

Son œuvre, extrêmement variée, va d'un conte philosophique, Les enfants verts (2016), à un roman policier écologiste engagé et métaphysique, Sur les ossements des morts (2010), et à un roman historique de 900 pages, Les livres de Jakob (2014).

Une autrice mystique

Dans son univers poétique, le rationnel se mêle à l'irrationnel. Son monde est en mouvement perpétuel, sans point fixe, avec des personnages dont les biographies et les caractères s'entremêlent et, à la manière d'un casse-tête géant, créent un splendide tableau d'ensemble. Le tout décrit dans un langage à la fois riche, précis et poétique, attentif aux détails.

Olga est une mystique à la recherche perpétuelle de la vérité, vérité qu'on peut atteindre uniquement en mouvement, en transgressant les frontières. Toutes les formes, institutions et langues figées, c'est la mort, explique à l'AFP une de ses amies, Kinga Dunin, elle aussi écrivaine et critique littéraire.

Tokarczuk elle-même se décrit comme une personne sans biographie : Je ne possède pas en propre de biographie bien claire, que je pourrais raconter de façon intéressante.

Je suis composée de ces personnages que j'ai sortis de ma tête, que j'ai inventés. Je suis composée d'eux tous, j'ai une biographie à plusieurs trames, énorme.

Olga Tokarczuk

L'adaptation de son livre en film sélectionnée aux Oscars

Sorti en 2014, Les livres de Jacob a obtenu déjà le plus prestigieux prix littéraire polonais, Nike, deuxième de la carrière de l'autrice. L'ouvrage est devenu un succès en Pologne, mais aussi l'objet de vives attaques des milieux nationalistes.

Après une interview à la télévision publique en 2015, où elle dénonçait le mythe d'une Pologne tolérante et ouverte, elle a reçu des menaces de mort pour avoir diffamé le bon nom de la Pologne et de sa population. Pendant une semaine, l'éditeur lui a envoyé des gardes du corps.

Le même livre lui a valu – à elle et à son traducteur suédois – le premier des prix littéraires Kulturhuset Stadsteatern de Stockholm. Je me sens comme si j'avais eu le Nobel, avait-elle alors dit.

Olga Tokarczuk est aussi coautrice du scénario du film Spoor, réalisé par Agnieszka Holland et inspiré de son roman Sur les ossements des morts.

Entre polar écologiste et conte philosophique, le film sorti en février 2017 a remporté le prix Alfred-Bauer à la Berlinale la même année et a représenté la Pologne dans la course à l'Oscar du meilleur film étranger.

Avec les informations de Agence France-Presse, et La Presse canadienne

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