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Trudeau et Blanchet ciblés dans un débat des chefs en forme de bilan

Daniel Thibeault revient sur les moments forts du dernier débat des chefs.

Photo : La Presse canadienne / Chris Wattie

Valérie Boisclair
Hugo Prévost
Marc-Antoine Ménard
Mis à jour le 

Le dernier débat des chefs aura en quelque sorte servi de résumé de cette campagne électorale, les adversaires de Justin Trudeau recentrant leurs attaques sur le bilan des quatre ans au pouvoir du chef libéral. La montée du Bloc québécois a aussi permis de voir émerger une ligne de fracture avec le Parti conservateur, avec lequel il est en compétition au Québec.

Le chef du Parti conservateur a utilisé ses armes de prédilection pour attaquer Justin Trudeau : l’affaire SNC-Lavalin et une approche économique libérale qu’Andrew Scheer juge irresponsable.

M. Trudeau a été accusé par son ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould d’avoir fait indûment pression sur elle pour tenter de la pousser à accorder un accord de réparation à la firme d’ingénierie. Le commissaire à l’éthique a conclu que le chef libéral avait contrevenu à la Loi sur l’éthique dans l’affaire SNC-Lavalin.

Le fleuron de notre pays, c’est l’indépendance judiciaire. Justin Trudeau a essayé d’avoir ce qu’il voulait, puis il a congédié [Mme Wilson-Raybould]. Le premier ministre a voulu sauver une seule job : la sienne, a asséné le chef conservateur après avoir traité Justin Trudeau de « menteur compulsif ».

Presque tous nos alliés disposent d’un système de réparation pour que des compagnies paient des amendes et changent leur façon de faire sans punir les travailleurs, a pour sa part souligné M. Trudeau.

Justin Trudeau a beaucoup de choses à réparer dans l’entente de réparation, a lancé le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, avant de reprocher aux chefs fédéraux de « jouer la carte du Québec corrompu ». Les travailleurs actuels n’ont rien fait de mal, a-t-il ajouté.

Le chef libéral, Justin Trudeau, en plein échange avec le chef conservateur, Andrew Scheer.

Attaques et ripostes entre Justin Trudeau et Andrew Scheer

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Nous allons équilibrer le budget en cinq ans, a ensuite clamé Andrew Scheer dans la portion économique du débat, avant d’accuser son vis-à-vis libéral d’avoir « écrit son plan sur une napkin ».

Nous avons un plan clair et concret, vous proposez des baisses d’impôt pour les plus riches, a lancé M. Trudeau en rappelant que le Parti conservateur n’avait toujours pas dévoilé de plateforme électorale contenant des prévisions financières détaillées, à 11 jours du scrutin.

On ne l'a pas vu encore votre plan. Il est où ton plan?

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

De son côté, le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, a eu le mérite d'être clair en déclarant qu’il promettait bel et bien d’importantes compressions pour revenir à l’équilibre budgétaire en deux ans seulement.

Les chefs de partis vous disent tous qu'ils vont équilibrer le budget en cinq ans, et demandent un mandat de quatre ans. La seule promesse que je fais, ce sont des coupures.

Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada

Le premier ministre sortant en a profité pour rappeler que M. Bernier et M. Scheer étaient tous deux membres des gouvernements successifs de Stephen Harper, sous lequel « les conservateurs ont sous-investi ».

Le Bloc attire l'attention

Le segment sur l'immigration a donné l'occasion à Andrew Scheer de dire qu’il était prêt à travailler avec le premier ministre du Québec, François Legault, pour lui accorder plus d’autonomie en la matière, contrairement aux bloquistes qui se contenteront, selon lui, de permettre à Justin Trudeau « de continuer à ne rien faire pour régler la situation à la frontière », une référence aux migrants qui arrivent par le chemin Roxham.

Voter pour le Bloc, ce n’est pas voter pour les libéraux ou pour les conservateurs; c’est voter pour le Québec, a fait valoir Yves-François Blanchet. Une déclaration qui n’a pas plu à Justin Trudeau ni au chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, qui n’ont pas tardé à réagir.

Le Québec, c’est une diversité d’opinions et de voix. Vous n’avez pas un monopole sur le Québec, a déclaré le chef néo-démocrate à l’intention de son vis-à-vis bloquiste.

Prenant la balle au bond, Justin Trudeau s’est dit « fier d’être Québécois » et a assuré qu’en tant que premier ministre, il avait toujours réussi à travailler avec le gouvernement du Québec.

Le chef conservateur Andrew Scheer et le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Le ton a monté entre Andrew Scheer et Yves-François Blanchet lors d'un échange sur le présumé « agenda souverainiste caché » du Bloc québécois.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

M. Legault a demandé clairement LES pouvoirs. Pas un petit peu de pouvoirs le mercredi après-midi : LES pouvoirs en immigration, sauf ce qui touche à la sécurité. Et c’est ce que vous devriez tous vous engager à confier à Québec, a insisté le chef bloquiste lors du débat à trois l’opposant à Andrew Scheer et Maxime Bernier, qui affirme pour sa part être « le seul à dire oui aux demandes du premier ministre François Legault » en matière d’immigration.

S’en est suivi un échange cacophonique entre les chefs conservateur et bloquiste, au cours duquel Maxime Bernier a ajouté sa voix, forçant le modérateur Patrice Roy à demander à ce que les micros soient coupés. Voici le meilleur exemple d’une cacophonie, les gens n’ont rien compris, a-t-il déploré.

Plus tard, le sujet de la Loi québécoise sur la laïcité de l'État a donné lieu à une autre prise de bec entre le chef conservateur et le chef bloquiste sur un possible « agenda caché » du Bloc.

Yves-François Blanchet ne s'est pas avancé sur la possibilité d'une résurgence du sentiment souverainiste en cas d’invalidation par le plus haut tribunal du pays de la loi, qui interdit le port de signes religieux par certains employés de l'État en position d'autorité et par les enseignants du primaire et du secondaire dans le réseau public.

Est-ce que les gens qui se feraient virer de bord par la Cour suprême penseraient qu’ils ont été négligés? Sûrement, mais le gouvernement Legault n’est pas souverainiste.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Andrew Scheer en a rajouté en point de presse d'après-débat, affirmant que la vraie priorité du Bloc québécois est de « ranimer le mouvement souverainiste ».

Ils prétendent être le meilleur ami du gouvernement caquiste, un peu comme un cheval de Troie.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada, en point de presse

Le chef conservateur soutient que « les Québécois veulent avoir des députés autour de la table de décision ». Il a refusé de commenter l'éventualité d'un scénario minoritaire où il aurait à collaborer avec le Bloc québécois. Nous nous concentrons sur l’objectif d’avoir un gouvernement conservateur majoritaire, a résumé M. Scheer.

Notre dossier Élections Canada 2019

« Tenir tête aux conservateurs »

Le chef libéral, lui, a choisi l'angle de l'environnement pour envoyer un message aux électeurs qui seraient tentés par le Bloc.

Justin Trudeau a rappelé deux fois plutôt qu’une l’importance de porter au pouvoir un gouvernement libéral fort pour « tenir tête aux conservateurs comme Jason Kenney et Doug Ford », premiers ministres provinciaux qui s’opposent à la tarification sur le carbone mise en place par les libéraux.

Le chef bloquiste a rappelé sa promesse de déposer un projet de loi qui donnerait préséance au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) au Québec sur les mécanismes fédéraux d'évaluation de projets énergétiques.

On a créé un système qui permet d'avoir de l'approbation pour les bons projets, et les mauvais projets n'avanceront pas, a assuré Justin Trudeau. Un bon oléoduc, est-ce que ça existe?, a ironisé Yves-François Blanchet, rappelant l'achat par le gouvernement Trudeau du pipeline Trans Mountain.

M. Trudeau a répondu à son adversaire bloquiste, comme il l'avait fait cette semaine, que le Bloc ne pourra pas mettre en oeuvre un plan de lutte contre les changements climatiques pancanadien, parce qu'il ne formera jamais le gouvernement.

C’est peut-être une nouvelle stratégie de M. Trudeau, de se faire celui qui va remettre le Québec à sa place, a commenté M. Blanchet en point de presse d'après-débat.

Justin Trudeau lors du débat des chefs en français.

Le chef libéral Justin Trudeau ne s'oppose pas à l'idée d'un test imposé par Québec aux nouveaux arrivants.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Trans Mountain

Justin Trudeau a souligné que les profits générés par Trans Mountain « serviront à la transition ».

Et on sait que la transition ne peut pas se faire du jour au lendemain, a-t-il déclaré, insistant sur le fait qu'il en avait fait plus pour l’environnement que n’importe quel autre premier ministre avant lui dans l’histoire du Canada.

L’idée d’utiliser les profits d’un oléoduc pour mettre de l’avant des initiatives vertes, comme le propose le chef libéral, ne convainc pas la chef du Parti vert, Elizabeth May, qui a martelé qu’il fallait « arrêter tous les oléoducs et les gaz de schiste partout au Canada ».

Ce n’est pas une question de cibles politiques; c’est une question de réalité, a-t-elle allégué.

À l’opposé de son vis-à-vis conservateur, qui propose un corridor énergétique pour que tous les Canadiens puissent bénéficier « de l’énergie de chez nous », Elizabeth May a réitéré sa suggestion de construire un grand réseau d’énergie propre à travers le pays.

Le temps presse! Il n’y a personne ici qui a un plan de match pour éviter le pire. Greta Thunberg a raison : "notre maison est en feu. Comment osez-vous!"

Elizabeth May, chef du Parti vert
Jagmeet Singh (NPD), Elizabeth May (Verts) et Maxime Bernier (PPC).

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, et le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, observent la chef des verts, Elizabeth May.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le corridor énergétique proposé par Andrew Scheer ne plaît pas non plus à Maxime Bernier. Le chef du Parti populaire a jugé qu’il « prendrait des années avant d’être construit ». Selon lui, « l’urgence, c’est d’avoir un oléoduc ». Et du reste, Justin Trudeau et Andrew Scheer ont une offre similaire, a-t-il fait valoir.

Aux yeux de Maxime Bernier, il revient « aux provinces de s’occuper des changements climatiques », tandis que le fédéral devrait s’occuper de « dépolluer nos lacs et nos rivières ».

Niant ce qu'avançait le chef du Parti populaire, Andrew Scheer a rétorqué : Maxime, tu ne vas rien pouvoir imposer; tu ne vas même pas gagner en Beauce!

Le chef néo-démocrate a sauté dans le ring pour souligner qu’il n'imposerait jamais de pipeline à une province qui s'y opposerait, comme le Québec. Désignant Andrew Scheer et Maxime Bernier, il a lancé : « Ici, c’est Monsieur Pipeline, ici, c’est Monsieur Pipeline encore, et Justin Trudeau, c’est aussi Monsieur Pipeline ».

Que faire face à la Chine?

Maxime Bernier et Jagmeet Singh ont clairement indiqué qu’une de leur priorité en matière de politique étrangère serait de faire libérer les deux Canadiens détenus en Chine depuis décembre dernier. Si jamais on n’a pas la réponse qu’on veut, soit de rapatrier ces Canadiens le plus rapidement possible, il faudra imposer des tarifs, a déclaré M. Bernier.

Selon Jagmeet Singh, le Canada doit « être fort pour montrer qu’on défend les droits de la personne ».

M. Trudeau va flasher à gauche tout au long de la campagne et va tourner à droite une fois élu.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Andrew Scheer a pour sa part indiqué qu’il n’était « pas surpris que la Chine ne respecte pas Justin Trudeau ». Il a fait savoir qu’il comptait imposer des tarifs douaniers à Pékin. Réfutant l’idée selon laquelle il emploierait ainsi « la méthode Trump », le chef conservateur a répondu : C’est plutôt un contraste avec la méthode d’inaction de Justin Trudeau.

Abondant dans le même sens, Yves-François Blanchet a déploré le fait que les agriculteurs québécois paient le prix des mauvaises négociations commerciales menées par le gouvernement libéral. Pourquoi ça s’est mis à aller tout croche récemment [entre la Chine et le Canada]? C’est parce que la crédibilité de l’interlocuteur n’est pas à la hauteur, a-t-il souligné.

Qu’il s’agisse d’accords commerciaux ou de sécurité à la frontière, le Canada doit travailler avec les États-Unis, a rappelé Justin Trudeau, qui a affirmé avoir réussi « à sécuriser l’ALENA ».

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