•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le fiasco du système de paye Phénix passe sous le radar électoral

Le reportage d'Antoine Trépanier

Photo : Radio-Canada / Antoine Trépanier

Antoine Trépanier

Les ratés du système de paye Phénix ont fait couler beaucoup d'encre dans les quatre dernières années et, pourtant, l’enjeu semble être balayé sous le tapis durant cette campagne électorale.

Au lutrin, trois candidats du Nouveau Parti démocratique (NPD) promettent ce que des milliers de fonctionnaires attendent depuis des lunes, un plan pour régler leurs problèmes de paye.

Le grand absent de cette annonce : Jagmeet Singh, le chef du NPD. À ce jour, aucun chef des principaux partis n’a fait d’annonce électorale relativement au fiasco du système de paye Phénix.

Il y a aussi qu’on ne se fait pas poser la question. Je pense qu’on a fait neuf débats dans la circonscription d’Ottawa-Centre, et ça n’a jamais été demandé, raconte la candidate néo-démocrate Emilie Taman.

Pourtant, environ 228 000 employés, soit plus de la moitié des fonctionnaires fédéraux, ont encore aujourd'hui des problèmes de paye.

L’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC), qui représente environ 140 000 fonctionnaires, disait dans les derniers mois vouloir jouer un rôle actif dans cette campagne électorale.

De notre côté, bien entendu qu’on parle constamment de Phénix, on soulève la problématique devant toutes les sphères de communication qui existent au Canada, mais vous comprendrez qu’on ne nous écoute pas et on ne veut pas nous entendre parce que personne n’a rien à gagner, explique la vice-présidente de l’AFPC, Magali Picard.

Magali Picard traverse la rue, sacoche à la main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La vice-présidente exécutif national de l'Alliance de la Fonction publique du Canada est déçue que le fiasco du système de paye Phénix ne s'invite pas davantage dans la campagne électorale.

Photo : Radio-Canada / Antoine Trépanier

Un problème encore bien réel

Ruby Couture travaille à la Place du Portage, à Gatineau, depuis près de 10 ans. Arriver dans la fonction publique représentait alors une véritable réussite pour cette femme du Nord-Ouest de l’Ontario.

Vraiment, c'était vraiment une belle opportunité, et j'étais vraiment contente de commencer pour le fédéral, raconte-t-elle.

Or, quelques années plus tard, c’est le cauchemar. Le système de paye Phénix est lancé et elle rencontre aussitôt des problèmes. Chaque changement de statut d'emploi, comme un congé de maternité ou un congé sans solde, mène à une série de problèmes pour des employés.

Au début du fiasco, Mme Couture recevait des payes incomplètes. Puis, le gouvernement lui a remis trop d'argent.

Quatre ans plus tard, elle doit plus de 30 000 $ à son employeur.

Notre dossier Élections Canada 2019

C'est vraiment vraiment décourageant. Et puis, je perds vraiment confiance en mon employeur. Je ne veux pas aller travailler dans le privé, mais en même temps, je veux parce que je perds vraiment confiance, dit-elle .

Elle peine à croire que les partis politiques ne parlent pas davantage de ce système de paye qui coûtera près de 3 milliards de dollars à stabiliser avant de le remplacer. Le gouvernement de Justin Trudeau a déjà annoncé son intention de tourner la page sur Phénix avec un tout nouveau système de paye et de ressources humaines pour la fonction publique.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada, dans une mêlée de presse dans un restaurant de Québec.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada.

Photo : Radio-Canada

Cet été, le gouvernement fédéral s’est également entendu avec 15 syndicats de la fonction publique, ce qui permet à 146 000 fonctionnaires d'être dédommagés pour les problèmes causés par le système de paye Phénix. Il ne s’est toujours pas entendu avec l’AFPC, qui compte à elle seule environ 140 000 membres d’un océan à l’autre.

Le gouvernement a de plus embauché 300 conseillers en rémunération supplémentaires pour augmenter la capacité du Centre des services de paye, si bien qu’en date d’avril 2018, quelque 1500 employés travaillaient pour les services de la paye. 

Dans leur annonce du 8 octobre, les candidats ottaviens du NPD ont annoncé l’embauche d’encore plus de conseillers en rémunération, une compensation juste des employés touchés et un remplacement du système. 

Mais cela prendra sans doute des années avant que les fonctionnaires retrouvent un semblant de normalité.

Sahir Kahn est assis dans un fauteuil.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le vice-président exécutif de l'Institut des finances publiques et de la démocratie, Sahir Kahn, estime que les principaux partis politiques ne voudront pas parler d'un dossier chaud comme Phénix durant la campagne électorale.

Photo : Radio-Canada

Ce n'est pas normal. Parce que cette situation, si c'était établi dans le secteur privé, on aurait vu un redressement assez rapide parce qu'il y a vraiment un contrat social entre employeur et employé avec le système de paye. À long terme, il y aura des problèmes pour le gouvernement fédéral comme employeur de choix s'il ne peut pas payer les employés, affirme le vice-président exécutif de l'Institut des finances publiques et de la démocratie, Sahir Kahn.

Il n'y a aucun avantage pour les partis politiques de parler d'un projet comme Phénix. Ni pour les conservateurs ni pour les libéraux. Ça, c'est le problème pour cette élection

Sahir Kahn, vice-président exécutif de l'Institut des finances publiques et de la démocratie

Mais l’enjeu demeure bien réel dans la région de la capitale nationale, qui compte des dizaines de milliers de fonctionnaires. Pour le milieu des affaires, Phénix représente un fardeau.

Une grosse [proportion] des gens ici sont fonctionnaires. Alors, ça a un impact sur toute la façon dont ils vont dépenser, la façon dont ils vont réagir, dont ils vont faire de l'investissement, des rénovations. Quand t'es pas certain que ta paye rentre ou ne rentre pas, ça devient très critique, soutient pour sa part le président de la Chambre de commerce de Gatineau, Pierre Samson.

Ottawa-Gatineau

Politique fédérale