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Des organismes de santé s'opposent à l'usage de lumière bleue dans les toilettes publiques

Des toilettes publiques pour hommes et pour femmes

Certaines toilettes publiques sont conçues pour empêcher la consommation de drogue.

Photo : iStock / tomap49

Adrien Blanc

Le Centre britanno-colombien pour le contrôle des maladies (BCCDC) et des régies de santé estiment que la diffusion de lumière bleue dans les toilettes accessibles au public, alors qu'elle est destinée à dissuader les gens de s'injecter des drogues, est en réalité inefficace et dangereuse.

La lumière bleue est censée empêcher les personnes qui cherchent à se piquer de voir leurs veines, puisque, sous cette lumière, toute la peau paraît bleue. Cette technique est destinée à dissuader les toxicomanes d'utiliser les lieux.

À Victoria, par exemple, les toilettes d'un supermarché Save-on-Foods sont équipées de lumière bleue. Marilou Gagnon, chercheure à l'Institut canadien de recherche sur l'usage de substances, s'en est offusquée sur Twitter peu après l'ouverture du magasin au mois d'août.

L'infirmière spécialisée dans la réduction des méfaits demande pourquoi la direction du magasin n'a pas consulté des organismes qui viennent en aide aux personnes dépendantes avant de prendre une telle mesure.

La direction de Save-on-Foods a décliné une demande d'autorisation de filmer les lieux et une demande d'entrevue de Radio-Canada. Nous vous remercions d'avoir contacté Save-on-Foods, cependant, pour l'instant, nous déclinons respectueusement l'entrevue [que vous demandez], a déclaré par courriel un porte-parole vendredi.

Faible effet dissuasif

Une étude publiée en 2013 par des chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) remet en question l'efficacité de la lumière bleue dans les toilettes.

Les chercheurs ont rencontré, à Vancouver et Abbotsford, 18 personnes dépendantes ou anciennement dépendantes aux drogues. Parmi elles, 16 personnes ont déclaré avoir essayé de s'injecter de la drogue dans des toilettes équipées de lumière bleue.

Les personnes interrogées disent que, même si la lumière bleue rend l'injection plus difficile, la moitié d'entre elles utiliseraient quand même des toilettes équipées de lumière bleue si elles étaient en manque.

La plupart des participants à l'étude ont aussi confié que la lumière bleue rendait l'injection plus dangereuse, car le risque est plus grand de percer une artère, d'endommager un nerf ou de provoquer un abcès.

Parmi les dangers, il y a celui de subir une surdose parce que l'usager ne voit pas la quantité de produits qu'il s'injecte.

Alexis Crabtree, postdoctorante en santé publique à l'Université de la Colombie-Britannique

Paradoxalement, 13 participants sur 18 ont indiqué qu'ils n'étaient pas opposés à la présence de lumière bleue dans les toilettes de commerces, citant le droit des propriétaires d'aménager les lieux comme ils l'entendent.

Alexis Crabtree, une des auteurs de l'étude, interprète cette réponse comme un manque d'estime de soi de plusieurs participants. Ils ont intériorisé des attitudes sociétales sur ce que méritent les usagers des drogues, explique-t-elle, et ils ont l'impression que leur santé n'est pas la priorité.

Sensibiliser les commerçants

S'appuyant sur les études scientifiques, le BCCDC et les régies de la santé Fraser et Vancouver Coastal ont publié des notes ne recommandant pas l'usage de lumière bleue dans les toilettes.

Il est temps que le public sache que la lumière bleue n'est pas une bonne idée.

Jane Buxton, chef de la réduction des méfaits au BCCDC

Les organismes de santé encouragent plutôt les commerçants à se rapprocher d'un coordinateur de la réduction des méfaits pour mettre en place des stratégies alternatives, telles que l'installation de conteneurs pour seringues usagées dans les toilettes.

Colombie-Britannique et Yukon

Crise des opioïdes