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Un Québécois d'adoption raconte l'horreur du camp de Dachau

À 92 ans, Raoul Duret raconte l'horeur de la guerre, lui qui a connu le camp de concentration de Dachau.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Nicole Germain

74 ans après la libération du camp de Dachau en Allemagne, Raoul Duret n'a rien oublié de l'une des périodes les plus sombres de l'histoire. Entré dans la résistance française à seulement 16 ans, ce Québécois d'adoption nous ouvre sa valise du camp de concentration, là où sont enfouis ses souvenirs de prisonnier de guerre.

Âgé aujourd'hui de 92 ans, Raoul Duret raconte que sa famille vivait sur une ferme en Haute-Savoie en France. En ces temps de guerre, il entra dans un groupe de résistants avec son père et son frère.

M. Duret servait de guide vers la frontière suisse pour des juifs recherchés par les nazis. C'est à la suite d'une dénonciation que les Duret ont été arrêtés, le 23 avril 1944. Une date gravée dans sa mémoire.

Tout comme l'incident de la veille, lors duquel il estime avoir frôlé la mort. Moi, on m'a tiré dessus. Les balles m'ont sifflé les oreilles, explique-t-il. On s'est sauvés, mon ami et moi. Le lendemain soir, la police allemande était chez nous. Ils sont arrivés et ils ont arrêté papa. Ils l'ont battu. Moi, ils m'ont malmené aussi.

Une photo de famille en noir et blanc

Une photo de famille avec Raoul Duret, deuxième à partir de la gauche, prise avant la guerre.

Photo : fournie par Raoul Duret

Avec d'autres déportés, les Duret ont fait le voyage vers le camp, entassés dans des wagons destinés aux bêtes, sans boire ni manger pendant trois jours.

Les cheminots français ont été des résistants extraordinaires. Ils nous jetaient de l'eau, on en prenait un tout petit peu chacun, souligne-t-il, avant d'ajouter, j'ai goûté à ma pisse moi! Ça ne se boit pas! Il faut avoir soif pour faire une chose comme ça.

À l'entrée du camp en Allemagne, une phrase à faire glacer le sang le chamboule. Sur le portail, c'était marqué : ici, on entre par la porte et on sort par la cheminée.

Une carte de déporté politique avec une petite photo en noir et blanc de Raoul Duret

M. Duret possède encore sa carte de déporté politique délivrée par le ministre des Anciens combattants et victimes de guerre vers 1989.

Photo : Radio-Canada / fournie par Raoul Duret

Le travail forcé

Son matricule : 72529. Sa destinée au camp, tout comme son frère et son père : les travaux forcés. M. Duret travaillera dans une usine de construction de moteurs d'avion de BMW.

Mais ce n'est pas la seule tâche qu'il devra effectuer. Vous avez déjà vu des films où ils nous montrent des piles de cadavres? Tous les jours, on me prenait moi, et j'y allais deux trois copains, il fallait [qu'on prenne les cadavres] puis qu'on aille les porter sur un tas.

M. Duret soutient d'un ton déterminé que pour survivre, il se répétait constamment : Je m'en sortirai, je m'en sortirai, je m'en sortirai.

Il en sortira vivant. Son père n'aura pas cette chance. Quelques mois après leur arrivée, ce dernier succomba à une morsure du chien d'un des gardiens SS.

Des médailles de guerre une à côté de l'autre

Raoul Duret a été décoré à différentes reprises.

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Malgré tous les souvenirs sombres, des moments plus inspirants se frayent un chemin dans sa mémoire. Comme lors de la libération du camp le 29 avril 1945. Ce jour-là, il remarqua un journaliste francophone parmi les troupes américaines.

C'était René Lévesque qui parlait avec les Français, qui eux venaient d'être libérés, précise-t-il. Je l'ai revu à Québec. Quand je lui ai dit que je l'avais rencontré, que je l'avais vu à Dachau, il m'a touché l'épaule.

M. Duret avec son fils, Edmond

M. Duret avec son fils, Edmond

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Vers des jours meilleurs

En 1953, Raoul Duret débarque à Québec.

Sa femme et son fils Edmond suivront quelques mois plus tard. L'ancien déporté politique a choisi d'immigrer au Canada pour éviter que son fils ne vive les horreurs de la guerre.

J'ai quitté la France parce que je ne voulais pas que ce petit bonhomme vive ce que j'ai vécu, raconte-t-il avec quelques sanglots dans la voix

Une boîte de bois et une main d'homme déposée sur une table juste devabt

Cette boîte de bois, qui ressemble à une valise, porte la mention du matricule de M. Duret, mais aussi le nom de la compagnie BMW pour laquelle il a dû effectuer des travaux forcés.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

De son passage au camp de la mort, où ont péri 40 000 personnes, Raoul Duret ne rapportera que sa petite valise en bois.

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