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Moins de 10 candidats noirs libéraux et conservateurs dans tout le pays

Abdul Abdi, Conservative candidate for Ottawa West-Nepean, shakes hands with a resident as he goes campaigning door to door in Ottawa on Saturday, Sept. 28, 2019. THE CANADIAN PRESS/Justin Tang

Abdul Abdi, candidat conservateur dans Ottawa-Ouest–Nepean, serre la main d'un résident alors qu'il fait du porte-à-porte à Ottawa, le samedi 28 septembre 2019.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Natasha MacDonald-Dupuis

Seuls 42 candidats noirs se présentent pour les quatre principaux partis aux élections fédérales, et 80 % d’entre eux le font sous la bannière néo-démocrate ou verte. Une occasion manquée d’améliorer la représentativité noire à Ottawa selon des militants, surtout dans la foulée du scandale du blackface.

Bien que les verts y soient presque, le NPD est le seul parti à présenter un nombre de candidats noirs représentatif de la population canadienne.

Un tableau
NPD : 22
Verts : 11
Libéraux : 7
Conservateurs : 2Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le NPD est le seul parti à présenter un nombre de candidats noirs représentatif de la population canadienne.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Le nombre de Noirs a doublé au pays de 1996 à 2016 pour atteindre 1,2 million, soit 3,5 % de la population, d'après Statistique Canada. Avec 22 candidats dans 338 circonscriptions, les néo-démocrates doublent pratiquement cette proportion pour atteindre 6,5 %.

Les verts se rapprochent de la représentativité avec 3,3 % de candidats, alors que les libéraux stagnent à 2,1 % et que les conservateurs finissent loin derrière avec 0,6 % de candidats noirs. Le Bloc québécois, avec deux Noirs sur 78 candidats, occupe le milieu du peloton à 2,6 %.

Le peu de députés noirs a un impact direct sur le choix, le contenu et l’élaboration des projets de loi, souligne Joseph Smith, directeur de l'engagement pour Operation Black Vote Canada, qui encourage les Noirs à s’engager politiquement, quel que soit le parti.

Quand les Noirs ne sont pas à la table des décideurs, leurs droits ne peuvent être défendus correctement.

Il n’y avait que six députés noirs à la dissolution de la Chambre des communes. Le nombre de candidats noirs au sein de ces partis a augmenté timidement depuis les élections de 2015, passant de 31 à 42.

Un homme à la porte d'une résidence discute avec une électrice.

Le candidat libéral Ahmed Hussen fait campagne dans sa circonscription de York-Sud–Weston, à Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Faire le saut

Melissa Jean-Baptiste Vajda travaillait dans une clinique juridique de la circonscription de University–Rosedale de Toronto lorsqu’elle a été recrutée par le NPD.

L’avocate d’origine haïtienne savait qu’elle aurait à affronter une adversaire de taille : la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. Mais ce n’est pas ce défi qui l’a fait hésiter.

Deux femmes rient devant un cadre de porte.

Melissa Jean-Baptiste Vajda partage un fou rire avec une résidente de la circonscription de University–Rosedale à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Ça m’a pris plusieurs semaines avant de dire oui, parce que, même si j’ai les aptitudes, je me demandais si je voulais vraiment me mettre dans une situation où je pourrais faire face à du racisme.

Le simple exercice du porte-à-porte, par exemple, peut comporter son lot de risques et d’insultes, comme lorsqu’un passant a suggéré à Jagmeet Singh d’enlever son turban pour avoir davantage l’air d’un Canadien.

Tu ne sais jamais si la personne qui va ouvrir la porte aura des points de vue racistes ou discriminatoires, donc je ne fais jamais du porte-à-porte seule. Ça prend de la force pour se présenter là où on n’est pas toujours respecté, où on est la seule femme noire.

La seule femme noire

À la dissolution de la Chambre des communes, il n'y avait que deux femmes noires députées, la libérale Hedy Fry de Vancouver-Centre et l'indépendante Celina Caesar-Chavannes.

Quand j’ai commencé à travailler au Parlement, j’ai senti un malaise. Les gens me demandaient qui j’étais, ce que je faisais là, comme si je ne correspondais pas au profil type d’un député. Ça peut être très solitaire.

Celina Caesar-Chavannes, députée sortante de Whitby

L’ex-membre du caucus libéral a fait beaucoup de bruit en claquant la porte du parti en mars, désillusionnée. Peu après, des messages à caractère raciste et haineux ont déferlé. Elle ne se représente pas.

Depuis quatre ans, on a reçu des centaines de messages du genre, des messages vocaux, des appels avec lesquels mes employés ont dû composer, déplore-t-elle.

La politique n’est pas efficace quand elle se fait dans un cadre homogène, souligne-t-elle, mais le problème s'étend au-delà de la Chambre des communes.

Jamais dans l’histoire du Canada une personne noire n’a été nommée sous-ministre ou sous-ministre adjointe, alors que ces postes sont au sommet bureaucratique d’un ministère.

Deux femmes discutent autour d'un bureau. Un drapeau du Canada est sur le bureau.

La députée indépendante Celina Caesar-Chavannes ne se représente pas dans la circonscription de Whitby.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Pour remédier à cette situation, Celina Caesar-Chavannes a déposé en juin un projet de loi privé pour mandater la Commission canadienne des droits de la personne de faire état des progrès ou des reculs de la présence des communautés visibles dans la fonction publique fédérale.

Le projet de loi n'a jamais été adopté en raison de la relâche estivale. En juillet, les libéraux ont cependant annoncé la création (Nouvelle fenêtre) d’un secrétariat pour lutter contre le racisme systémique.

La bureaucratie devrait au moins être représentative de la population qu’elle sert, dit Mme Caesar-Chavannes.

Notre dossier Élections Canada 2019

Le blackface de Trudeau, une occasion manquée

La députée sortante dénonce le fait que le scandale du blackface de Justin Trudeau n'ait pas mené, selon elle, à une discussion franche sur la discrimination raciale. Il a fallu qu’on avale, encore une fois.

Le lien entre ce scandale et le manque de représentativité est en effet évident, poursuit Joseph Smith, d’Operation Black Vote.

La représentation politique au Canada a historiquement été mono-ethnique. Ça a été des hommes blancs au pouvoir. Plus on va avancer vers la représentativité, moins on devra composer avec des situations du genre.

Un groupe d'une trentaine de jeunes Noirs qui sourient.

Joseph Smith, directeur de l'engagement pour Operation Black Vote Canada (il est le quatrième à partir de la gauche, dans la dernière rangée), en compagnie d'un groupe de jeunes participants.

Photo : Operation Black Vote

Joseph Smith tente donc de briser ce vase clos. Les Noirs sont toujours victimes de graves discriminations au pays aux mains de la police, à l’école, sur les campus, au travail et dans les transports en commun.

Même son de cloche de la part de la candidate noire pour Toronto-Centre, Annamie Paul. L’avocate a fondé et dirigé, de 2001 à 2005, le Centre canadien de leadership politique, un organisme voué à la formation politique des personnes de minorités raciales.

Lorsque les Canadiens ne se reconnaissent pas dans leurs politiciens, on risque un désengagement accru de participation citoyenne.

Annamie Paul, candidate verte pour Toronto-Centre

Les libéraux veulent faire mieux

Le député libéral sortant de Hull–Aylmer et président du caucus des parlementaires noirs, Greg Fergus, concède que son parti aurait pu faire mieux pour recruter des candidats noirs et dit qu’il se sent un peu personnellement responsable.

Oui, nous sommes sept cette fois-ci, mais c’est certain que je vais mettre le travail [nécessaire] pour encourager plus de Noirs à se présenter en 2023.

Le député libéral sortant de Hull–Aylmer, Greg Fergus
Un homme en complet devant le parlement à Ottawa.

Greg Fergus, député libéral sortant de Hull–Aylmer

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Selon lui, les libéraux ont plutôt priorisé des politiques pour faire avancer la cause des Noirs. Justin Trudeau est le seul premier ministre à avoir reconnu l'existence du racisme anti-noir. Son gouvernement a reconnu officiellement la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine des Nations unies.

Greg Fergus ne voit pas de lien direct entre le scandale du blackface et le manque de représentativité. S’il y a un lien à faire, c’en est un beaucoup plus profond, à propos des préjugés inconscients, et c’est une discussion qu’on doit avoir au Canada.

Pas d’explication des conservateurs

L’attachée de presse du Parti conservateur, Josée Morissette, n’a pas expliqué pourquoi le parti avait si peu de candidats noirs, mais a indiqué par courriel que le processus de nomination dans les 338 circonscriptions était ouvert pour tous.

L’équipe de candidats, ajoute-t-elle, comprend un nombre record de 107 femmes, des Canadiens de la communauté LGBTQ+ et des gens de diverses religions.

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