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La Vérif : les migrants passant par le chemin Roxham sont-ils privilégiés?

Une file de demandeurs d'asile attendent de franchir un point de contrôle installé au bout du chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle.

Depuis l'été 2017, le nombre de migrants passant par le chemin Roxham pour faire une demande d'asile a explosé.

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Romain Schué

Andrew Scheer promet de « mettre fin à la vague d’entrées illégales » au chemin Roxham s’il devient premier ministre. Le chef conservateur laisse entendre que ces migrants voient leurs demandes d’asile être traitées plus rapidement, mais il a tort.

Selon M. Scheer, les migrants qui utilisent le chemin Roxham, situé à la frontière canado-américaine, à moins d’une heure de route de Montréal, pour entrer au Canada bénéficient d’un traitement de faveur.

Les Canadiens n’aiment pas voir des personnes traversant notre frontière illégalement comme ici, pendant que ceux et celles qui suivent les procédures normales subissent de longs délais.

Andrew Scheer, le 9 octobre 2019

Cet affirmation a déjà été faite à plusieurs reprises par le chef conservateur. Durant le premier débat francophone, il avait affirmé que ces migrants « évitent la file d’attente ».

Or, cela est faux.

Les migrants passant par le chemin Roxham ne voient pas leurs demandes être traitées en priorité. Ils obtiennent simplement la possibilité de faire une demande d’asile, qui peut par la suite être refusée.

Ils n’évitent pas la file d’attente

Les personnes qui traversent irrégulièrement la frontière et qui demandent l’asile au Canada n’évitent pas la file d’attente et ne prennent pas la place de réfugiés qui arrivent de l’étranger pour être réinstallés au Canada, mentionne d’ailleurs le ministère fédéral de l’Immigration (Nouvelle fenêtre).

L’an passé, le délai de traitement de ces demandes était de 21 mois, et les dossiers étaient traités selon leur ordre d’arrivée.

Pourquoi ces personnes utilisent-elles le chemin Roxham et non un poste frontalier pour effectuer leurs demandes d’asile? Tout simplement en raison de l’Entente sur les tiers pays sûrs, signée entre les États-Unis et le Canada.

En vertu de cet accord, les demandeurs d’asile doivent faire leur demande dans le premier pays qu’ils traversent. Donc, puisqu’ils passent par les États-Unis, ils ne pourraient pas faire, normalement, une telle demande au Canada.

Cependant, et il s’agit de la « faille » dénoncée par Andrew Scheer, mais aussi par Yves-François Blanchet, cette entente ne s’applique qu’aux postes frontaliers canado-américains. D’où l’attrait pour le chemin Roxham, qui est la voie d’entrée irrégulière au Canada la plus simple et de loin la plus attirante pour ces migrants.

Plus d’une demande sur deux acceptée

Toutes les demandes d’asile ne sont pas acceptées. Ces dossiers, contrairement à la croyance populaire, ne sont pas étudiés par le gouvernement, mais par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR), qui est un tribunal administratif indépendant. En 2018, selon des statistiques de la CISR, plus d’une demande traitée sur deux a été acceptée (14 790 demandes acceptées sur 26 805 étudiées). Le nombre de demandes est cependant plus important. En 2017, plus de 50 000 demandes ont été faites. Ce chiffre a grimpé à plus de 55 000 l’an passé, alors qu'il n'était que d'environ 10 000 en 2013.

Pas des illégaux

Les personnes empruntant le chemin Roxham pour demander l’asile ne sont par ailleurs pas des illégaux, tel que le laisse entendre Andrew Scheer. Ce ne sont pas non plus des clandestins, puisqu’ils se font connaître auprès des autorités.

Elles ont tout simplement le droit de venir au Canada, même par une voie irrégulière, pour faire une demande d’asile.

Pour cette raison, ces migrants ne sont pas accusés d’une infraction. Ils sont en revanche interceptés par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et peuvent entamer le processus de demande d’asile.

Durant l’examen des requêtes, différents services sont offerts à ces migrants. Ils peuvent notamment obtenir un hébergement temporaire et des soins de santé, mais aussi avoir accès aux services d’éducation pour les enfants.

Andrew Scheer a également manqué de précision en évoquant le nombre de personnes utilisant ces voies irrégulières pour effectuer une demande d’asile.

Depuis deux ans, selon lui, plus de 50 000 personnes sont entrées illégalement au Canada en provenance des États-Unis.

Toutefois, si l’on se fie aux chiffres de 2017 et de 2018, on parle d’environ 40 000 personnes, dont plus de 37 300 par le chemin Roxham.

Notre dossier Élections Canada 2019

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