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Cinq questions pour comprendre Extinction Rebellion

Une manifestante avec un porte-voix avec des manifestants à l'arrière-plan.

Les militants d'Extinction Rebellion ont entamé deux semaines d'actions un peu partout dans le monde pour dénoncer l'inaction « criminelle » des gouvernements quant à la crise climatique.

Photo : Ivanoh Demers

Ximena Sampson

Blocage de ponts à Montréal, à Halifax et à Vancouver, de routes à New York, à Berlin et à Melbourne, occupation d’édifices gouvernementaux à Londres et de centres commerciaux à Paris : dans plus de 60 villes du monde, les militants d’Extinction Rebellion ont lancé 2 semaines de désobéissance civile. Qui sont-ils et que cherchent-ils?

1. Qui sont-ils?

Né au Royaume-Uni en octobre 2018, le groupe s’est fait connaître par des coups d’éclat dans plusieurs capitales au printemps dernier.

Depuis, différents chapitres ont essaimé un peu partout dans le monde. Ils adhèrent aux principes de base du mouvement, mais s’organisent chacun à leur façon.

C'est un peu comme un chapeau sous lequel se rassemblent plein de gens très différents qui, ensemble, veulent passer à l'action de manière décisive et déterminée, explique Louis Ramirez, coordonnateur des communications pour Extinction Rebellion Québec.

Un des principes d’Extinction Rebellion, c'est la décentralisation et l'autonomie, ajoute-t-il. Ce qui veut dire qu'on hérite des principes et de ce qu'on pourrait appeler une marque, un code visuel. À part ça, on peut faire plus ou moins ce qu'on veut.

Des femmes portant un chapeau de fête tiennent des pancartes sur lesquelles est écrit : «Mouvement non violent ».

Extinction Rebellion Québec a fêté le 8 octobre à Montréal le premier anniversaire de la sortie du cinquième rapport du GIEC sur les impacts d'un réchauffement de plus de 1,5 degré Celsius et sur les actions à engager pour éviter ce réchauffement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il y a cependant des échanges et des discussions avec le groupe londonien, qui partage notamment aussi ses ressources financières.

Le nom du groupe fait référence au besoin de se rebeller devant la menace d’extinction qui, selon certaines études scientifiques, pèse sur environ un million d'espèces animales et végétales, explique M. Ramirez. Les deux tiers des populations de vertébrés pourraient disparaître d’ici 2020, d’après l’indice Planète vivante du World Wildlife Fund (WWF).

2. Que veulent-ils?

Extinction Rebellion a quatre demandes pour les gouvernements.

D’abord, qu’ils reconnaissent la gravité et l’urgence de la situation climatique et qu’ils disent la vérité, soutient Louis Ramirez. Il faut expliquer ce qu'est une urgence climatique et s'assurer que tout le monde comprend la menace.

Ensuite, décarboniser l’économie d’ici 2025, afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius, tel que recommandé par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Il faut absolument que toute l’économie change du jour au lendemain, ce qui implique des sacrifices collectifs énormes, note M. Ramirez. Ça ressemble vraiment à un effort de guerre.

Des manifestantes crient des slogans.

Manifestation à Westminster, au centre de Londres, le 9 octobre 2019

Photo : Getty Images / ISABEL INFANTES

Ils souhaitent également que les gouvernements s’engagent à préserver la biodiversité en changeant nos pratiques agricoles et notre utilisation du territoire.

Enfin, ils réclament la mise sur pied d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable.

Notre ambition ultime est d’en arriver à une rébellion mondiale qui aidera l'humanité à se tourner rapidement vers une trajectoire compatible avec la vie sur Terre.

Manifeste d’Extinction Rebellion

3. Qu’est-ce qui les distingue d’autres groupes environnementalistes?

Extinction Rebellion n’est pas le premier groupe environnementaliste à utiliser l’action directe pour essayer d’influencer les décideurs.

Greenpeace, notamment, a souvent fait les manchettes par ses coups d’éclat, notamment lorsque des militants ont escaladé la façade extérieure de la tour du CN, à Toronto, en 2001, pour y dérouler une banderole dénonçant le réchauffement climatique. En 2009, ils ont occupé le toit du parlement, à Londres, dans le même but.

Toutefois, Extinction Rebellion se veut différent. Greenpeace a tendance à pratiquer la désobéissance civile avec de petites équipes très professionnelles, souligne Louis Ramirez. Extinction Rebellion vise des actions de masse moins risquées.

S'asseoir et bloquer une route, c'est beaucoup plus facile que de lâcher une bannière du haut de la tour du CN.

Louis Ramirez, coordonnateur des communications pour Extinction Rebellion Québec
Des femmes assises par terre soulèvent des bébés dans leurs bras.

Grande manifestation de mères organisée par Extinction Rebellion à Londres le 9 octobre 2019

Photo : Getty Images / Peter Summers

Le groupe tient régulièrement des ateliers pour enseigner aux militants des techniques de résistance non violente.

Extinction Rebellion veut également prendre ses distances par rapport au mouvement environnementaliste traditionnel, qu’il perçoit comme trop complaisant, inefficace et un peu trop proche du pouvoir, croit le géographe et chercheur Bruno Massé.

Pour ces jeunes qui voient leur avenir s'assombrir d'année en année, il y a une critique tout à fait légitime à faire à des organismes comme Équiterre ou Greenpeace, estime M. Massé.

Ils reprochent à Équiterre d’être un partenaire d’Énergir [anciennement Gaz Métro], notamment à travers la Maison du développement durable, et d’avoir participé à des rencontres avec TransCanada dans le cadre du Plan de lutte aux changements climatiques de l’Alberta, précise M. Massé.

Dans le cas de Greenpeace, certains écologistes la critiquent pour avoir conclu une entente sur la forêt boréale avec l’Association des produits forestiers du Canada, en 2010, même si, depuis, Greenpeace s’est retirée de l’entente, et a été poursuivie par Produits Résolu au Canada et aux États-Unis.

Si les gouvernements agissaient, si les entreprises étaient responsables et si le mouvement environnemental réussissait ses campagnes, il n'y aurait pas Extinction Rebellion.

Bruno Massé, géographe et chercheur au sein du mouvement environnemental

Précision : Dans une version précédente de cet article, la citation laissait entendre qu’Équiterre et Greenpeace avaient conclu des ententes avec Énergir, TransCanada et des compagnies d'hydrocarbures, ce qui n'est pas le cas.

4. Quel appui ont-ils au sein de la population?

Le groupe est très présent en Europe, où il a mené des actions d’envergure dans plusieurs villes.

À Londres seulement, plus d’un millier d’activistes ont été arrêtés lors des manifestations du printemps. À la suite de celles-ci, quelque 40 000 personnes auraient approché le groupe afin de participer aux actions directes, selon ce que rapporte le journal britannique The Guardian. La page Facebook du groupe britannique est aimée par plus de 300 000 personnes.

Un policier surveille un train sur lequel des manifestants tiennent une banderole.

Des manifestants d'Extinction Rebellion ont bloqué une ligne ferroviaire à Londres.

Photo : Reuters / Henry Nicholls

Au Royaume-Uni, le groupe a également reçu le soutien d’un millier de médecins, qui ont signé une lettre ouverte appuyant les requêtes des militants et demandant au gouvernement d’agir pour contrer les changements climatiques.

Toujours selon The Guardian, Extinction Rebellion a amassé quelque 594 000 $ CA grâce à des dons individuels et à la générosité du groupe Radiohead, qui lui a cédé le montant perçu pour les ventes de son matériel sonore en ligne.

Il est plus difficile de jauger les appuis du groupe au Canada. Il existe des cellules dans plusieurs villes, dont Vancouver, Toronto et Montréal. Dans la métropole, le groupe compte plus de 10 000 sympathisants qui aiment sa page Facebook, et des dizaines de personnes se présentent régulièrement aux activités.

C’est justement cette ambition mondiale et l’appui obtenu en si peu de temps qui distinguent Extinction Rebellion d’autres groupes écologistes prônant l’action directe, mais s’attaquant à des enjeux très locaux, comme la construction d’oléoducs.

5. Le mouvement pourrait-il s’étendre ou devenir extrême?

On peut supposer que, dans les années à venir, il va y avoir une forme de radicalisation parce qu’il n'y a pas vraiment de relais politiques partisans qui semblent se dessiner à court ou à moyen terme, croit Pascale Dufour, professeure au Département de science politique de l’Université de Montréal.

Le 27 septembre, il y avait 500 000 personnes mobilisées dans la rue. C’était la plus grande manifestation de l'histoire du Québec [...] mais ça ne semble pas avoir eu d'impact sur la teneur de la campagne.

Pascale Dufour, professeure au Département de science politique de l’Université de Montréal
« Rébellion contre l'extinction », indique une banderole portée par des manifestants.

Extinction Rebellion a participé à la grande marche pour le climat du 15 mars 2019, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Touchette

C’est également ce que croit David Morin, professeur à l’Université de Sherbrooke et codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, interrogé à RDI. On est à l’orée de l’essor d’une vague plus radicale en matière d’environnement, estime-t-il. Il y a des groupes qui vont décider d’avoir une approche plus pragmatique [...] et une frange plus violente qui pourrait entreprendre des actions contre les biens.

La frustration de voir que les gouvernements ne bougent pas assez vite, que certaines entreprises continuent de ne pas assez se préoccuper de l’avenir de la planète [...] risque d’amener le mouvement vers un durcissement ou vers une phase où il va être beaucoup plus global.

David Morin, professeur à l’Université de Sherbrooke

Il faut donc s’attendre à plus de perturbations et d’actions d’envergure dans les prochaines années. Les automobilistes, notamment, devront prendre leur mal en patience.

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Environnement