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Vers une économie sans argent comptant?

Une carte de débit et un terminal.

Seulement 26 % des transactions qui ont été effectuées en 2018 ont été faites en argent comptant, selon Paiements Canada.

Photo : Getty Images

Philippe de Montigny

Un nombre grandissant de restaurants et de commerces au pays n’acceptent plus l’argent comptant. La tendance offre de nombreux avantages à ces entreprises et à leurs clients, mais peut représenter une embûche pour les Canadiens à faible revenu.

Certaines salles de sport GoodLife Fitness ont cessé d’accepter les billets de banque et les pièces de monnaie pour, disent-elles, s’adapter et suivre l’évolution des entreprises. Des festivals et des grands centres sportifs, comme l’aréna Banque Scotia de Toronto, ont aussi emboîté le pas.

Via Rail interdira également l'argent comptant à partir du 29 octobre pour tout achat à bord de ses trains dans les corridors de l'est du pays, notamment celui qui relie Niagara Falls et les provinces de l'Atlantique.

Certaines succursales de la Banque CIBC et de la Banque Nationale ont éliminé leurs comptoirs transactionnels, gardant uniquement des guichets automatiques pour leurs clients.

Pour Cory Vitiello, chef et cofondateur de la chaîne de rôtisseries Flock, se défaire de l’argent comptant dans ses restaurants était une décision logique.

Lorsque nous acceptions l’argent comptant, ça ne représentait que 2 % de nos transactions.

Cory Vitiello, cofondateur de la chaîne de restaurants Flock

Malgré cela, les caisses devaient chaque jour contenir suffisamment de billets de banque et de pièces de monnaie pour régler ces quelques transactions. Nous avons eu plusieurs cambriolages au fil des années, souligne le cofondateur, qui souhaitait donc assurer la sécurité de ses employés.

Cory Vitiello.

Cory Vitiello, chef et cofondateur de la chaîne de restaurants Flock.

Photo : Radio-Canada

En éliminant le facteur de l’argent comptant de l’équation, le temps d’attente pour servir les clients est passé en moyenne de sept à cinq minutes, ce qui a eu des retombées positives pour les revenus de l’entreprise, ajoute-t-il.

Ça nous permet de servir plus de clients plus rapidement, durant les deux heures de la pause du dîner, et c’est pendant ce temps-là que se réalise la plus grande partie de notre chiffre d’affaires, affirme M. Vitiello.

Une seule des six succursales Flock accepte toujours l’argent comptant, puisqu’elle offre un service complet aux tables.

Les restaurants torontois Calii Love, qui servent des salades, des bols de poké et des smoothies, ont aussi suivi cette nouvelle tendance. Ils n’acceptent maintenant que les cartes de crédit et de débit, ainsi que l’application Apple Pay sur téléphone intelligent.

C’est inévitable. Un jour, tout le monde commandera par application mobile et paiera avec son téléphone.

Dan Gunam, fondateur de Calii Love
Le restaurant Calii Love, sur la rue King à Toronto.

Les restaurants torontois Calii Love n'acceptent que les cartes de crédit ou de débit et l'application Apple Pay sur téléphone intelligent comme méthodes de paiement.

Photo : Radio-Canada / Dean Gariepy

Les Canadiens emportent moins d’argent comptant

Si un plus grand nombre de commerces emboîtent le pas, c’est bien que les habitudes des Canadiens ont changé : les consommateurs délaissent les méthodes de paiement traditionnelles au profit des paiements électroniques.

Et la tendance s’accélère.

Selon Paiements Canada, un peu plus de la moitié (51 %) des transactions ont été effectuées en argent comptant au pays en 2011. L’an dernier, cette proportion a chuté à 26 %, soit une baisse de 25 points de pourcentage en sept ans seulement.

Au cours de la même période, les transactions par carte de débit sont passées de 28 % à 38 %, et celles par carte de crédit de 21 % à 34 %.

Une cliente paye son achat avec une carte de crédit

Selon Paiements Canada, les cartes de débit et de crédit l'emportent de loin comme méthodes de paiement sur l'argent comptant.

Photo : iStock

Une pratique discriminatoire?

Le directeur ontarien du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), Randy Robinson, estime toutefois que cette pratique est discriminatoire.

Si un restaurant ou un magasin refusait de servir un individu à faible revenu ou un immigrant récent, on dirait que ce n’est pas juste.

Randy Robinson, directeur ontarien, Centre canadien de politiques alternatives

Refuser d’accepter l’argent comptant, c’est un peu la même chose, affirme-t-il.

Un homme qui porte des lunettes, avec des voitures stationnées le long d'une rue résidentielle.

Randy Robinson, directeur ontarien du Centre canadien de politiques alternatives.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Selon la Banque du Canada, il revient aux commerçants de déterminer quels modes de paiement ils acceptent.

Aucune loi n'oblige qui que ce soit à accepter des billets de banque ou tout autre mode de paiement pour régler une transaction commerciale, affirme Amélie Ferron-Craig, consultante aux communications à la Banque du Canada.

Bien que ces billets émis par la banque centrale canadienne sont la monnaie officielle du pays et qu’ils ont cours légal, les commerçants ne sont pas obligés de les utiliser comme méthode de paiement, précise-t-elle.

Une affiche qui indique qu'une succursale de GoodLife Fitness n'acceptera plus l'argent comptant.

Depuis mars, certaines salles de sport GoodLife Fitness n'acceptent plus que les paiements par carte de crédit ou de débit ou avec les applications Apple Pay et Google Pay.

Photo : GoodLife Fitness/Facebook

M. Robinson souligne que certaines villes américaines telles que San Francisco, New York, Chicago et Washington ont légiféré pour obliger les détaillants à accepter l’argent comptant.

Une telle mesure est entrée en vigueur en mars dans l’État du New Jersey. Le Massachusetts, de son côté, interdit les commerces sans argent comptant depuis 1978.

Les restaurants Flock, pour leur part, offrent des cartes-cadeaux en échange de billets de banque. Dans les succursales de Calii Love, le fondateur Dan Gunam souligne que certains employés offrent parfois de payer avec leur propre carte la commande d'un client et d'accepter eux-mêmes l'argent en espèces.

Mais ces solutions ne sont pas parfaites, affirme le directeur ontarien du CCPA, Randy Robinson. Je crois que c’est quelque chose que les gouvernements doivent étudier, dit-il.

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