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Mort par surdose chez un haut fonctionnaire de Brandon : la police enquête

Des photos de Christine Mitchell et Rod Sage.

Christine Mitchell (à droite) vivait avec le directeur municipal de Brandon, Rod Sage (à gauche), depuis cinq ans avant de mourir d'une surdose d'héroïne.

Photo : City of Brandon; Christine Mitchell/Facebook

Radio-Canada

Le service de police de Brandon enquête sur la mort par surdose d’une femme de 30 ans dans la maison du directeur municipal de la ville, Rob Sage.

Christine Mitchell habitait depuis près de cinq ans dans la maison de Rob Sage, l’agent administratif principal de Brandon, au sud-ouest du Manitoba.

La jeune femme est décédée en juillet après avoir consommé une dose létale d'héroïne mauve, un mélange d'héroïne, de fentanyl ou de carfentanil.

La police de Brandon dit mener une enquête sur toutes les morts subites et ne révélera aucune accusation criminelle, s’il y en a, avant que le processus ne touche à sa fin.

Selon les résultats d’une enquête de CBC News, ce n’est pas la première fois que la police est déployée autour de la maison de Rob Sage, située dans un quartier calme de la ville.

Des voisins de Rob Sage ont témoigné que la police avait été appelée l'année dernière au sujet des allées et venues de personnes suspicieuses, à toute heure, dans cette maison.

Les doutes des gens du voisinage concernant un trafic de drogue se sont accentués lorsque des seringues ont été retrouvées dans la rue.

Ces « activités suspicieuses » se sont poursuivies jusqu’au décès de Christine Mitchell, disent-ils.

Les voisins de Rob Sage craignent que la police n'ait cherché à camoufler la situation, ce dernier étant également un membre sans droit de vote du Conseil de police de Brandon.

Le chef de police, Wayne Balcaen, rétorque que ces préoccupations sont sans fondement. L’enquête suit son cours de façon objective, affirme-t-il, selon là où les preuves mènent les policiers.

Un policier devant un fond bleu de la police de Brandon.

Le chef de la police de Brandon, Wayne Balcaen.

Photo : Radio-Canada / Warren Kay

Nous enquêtons et nous ne prenons aucun parti, ajoute Wayne Balcaen.

Dans un courriel envoyé à CBC News, le syndicat de la police de Brandon témoigne avoir rencontré le maire et le chef de police séparément, à la fin du mois d'août, au sujet de Rob Sage, après que des criminels connus eurent été vus entrer et sortir de sa maison.

Oui, ces préoccupations relèvent de sa haute position dans la Ville, écrit-il.

Si des activités criminelles ou illégales ont eu lieu [chez moi], ce dont je n’ai aucune connaissance et que je ne cautionne pas, je serai accusé comme n'importe qui, répond à cela Rob Sage, en disant que son statut n’influence aucunement l’enquête en cours.

Il y a des lois et des règles dans la juridiction, personne n’est au-dessus d’elles.

« On lui aurait fait venir » des drogues

Rob Sage dit avoir rencontré Christine Mitchell il y a environ sept ans dans un Tim Hortons de Brandon.

Elle lui a demandé son aide, alors qu’elle travaillait dans un hôtel à côté et vivait dans un motel. La jeune femme avait 25 ans et souffrait de troubles psychologiques lorsqu’elle a emménagé avec Rob Sage à l’automne 2014.

Le directeur municipal de Brandon dit lui avoir seulement fourni un logement gratuit et de l’argent pour qu’elle puisse faire ses courses, s’acheter des cigarettes et des produits de toilette.

Quelques mois après son emménagement, Christine Mitchell a dû se plier à une peine avec sursis de 18 mois pour obstruction à la justice dans une affaire de drogue, selon les dossiers des tribunaux. Elle devait rester confinée chez Rob Sage 24 heures sur 24, à part pour aller travailler et si elle avait des rendez-vous approuvés.

Après que sa sentence a été écoulée, au milieu de l’année 2016, les problèmes d'anxiété de Christine Mitchell l’ont empêchée de quitter la maison pendant plus d’un an avant qu’elle ne meure, selon le témoignage de certains de ses amis.

Une femme devant un ordinateur.

Amie de Christine Mitchell, Laurissa Poets a passé presque chaque jour de la dernière année avec elle.

Photo : Radio-Canada / Warren Kay

Pour Laurissa Poets, l’une d’entre elles, cela signifie que les drogues que la jeune femme utilisait devaient venir à elle, dans la maison du directeur municipal.

Elle avait certains contacts pour lui fournir ces drogues, dit Laurissa Poets. On les lui aurait fait venir.

La police recherche des armes à feu

Même si sa maison a été fouillée l’année dernière, Rob Sage soutient qu’avoir hébergé Christine Mitchell n’a pas eu d’impact sur son travail de fonctionnaire et de membre du conseil de police.

« Quand la police est venue chez moi, elle n'avait pas de mandat de perquisition, dit-il. La minute où j’ai reçu l’appel, j’ai su ce dont il s'agissait et j’ai immédiatement quitté le travail pour les laisser entrer chez moi. »

Rob Sage affirme qu’aucune arme à feu n’a été retrouvée chez lui et qu’aucune accusation n’a été déposée. Il ne voyait donc pas de raison d’en toucher un mot au maire ou au Conseil de police. 

Il ajoute ne pas avoir mentionné la recherche d’armes chez lui parce qu’il n’était pas la personne en possession ni des armes ni des drogues. 

Je ne suis pas responsable des actes d’autres personnes. Si ça avait été le cas, j’aurais été responsable de tout ce qui se passe à Brandon, ce qui n'est pas possible.

Rob Sage, directeur municipal de Brandon

La police doit faire son travail et, oui, en tant que directeur municipal, j’ai des standards d’éthique à respecter, confirme Rob Sage.

Je n'ai cautionné aucune de ces activités et ça continue d’être le cas, réaffirme-t-il. Christine le savait bien, mais, malheureusement, compte tenu de sa maladie et de son état de santé psychologique, elle ne prenait pas toujours les bonnes décisions.

L’éthicien de l’Université du Manitoba Neil McArthur stipule toutefois qu’en tant que directeur municipal de Brandon, Rob Sage se devait de révéler tout ce qu’il se passait autour de lui qui aurait pu discréditer la Ville ou la police.

Quand on touche à la confiance de la population, chacun de ces détails est important, selon lui.

Le code de déontologie du Conseil de la police de Brandon interdit à ses membres d’agir contre la loi ou d’engager une conduite qui pourrait nuire à l’intégrité du conseil ou des services de police.

Une seconde clause indique qu’un membre du Conseil ne devrait pas exercer ses fonctions s’il fait l'objet d’une enquête de police. 

Le code de déontologie suggère que tu dois faire plus que respecter les lois, souligne Neil McArthur. Simplement dire : Je n’ai rien fait de criminel!' n’implique pas que ces principes d’intégrité imposés par sa position ont été respectés.

Le maire connaissait la situation

Lorsque Rob Sage a été promu agent administratif principal de Brandon et est devenu membre du Conseil de la police en novembre 2017, le fait qu’il vivait avec une femme sujette à la dépendance a été mis sur la table.

Je savais qu'il avait une pensionnaire et quel était son passé avant qu’on l’engage comme directeur municipal, affirme le maire de Brandon, Rick Chrest. 

Il nous a présenté la situation, comme quoi il était en train d’aider quelqu’un qui souffrait de dépendance, ajoute-t-il. On trouvait que ce n'était pas inapproprié pour un directeur municipal d’être compatissant envers sa communauté.

Rick Chrest est assis sur une chaise.

Le maire de Brandon, Rick Chrest.

Photo : Radio-Canada / Warren Kay

Rick Chrest confirme l’aptitude de Rob Sage à faire son travail malgré tout.

Il dit être soucieux que cette situation salisse ses bonnes intentions aux yeux du public.

Le président du Conseil de la police de Brandon, Mark Sefton, a eu connaissance de l’enquête sur la mort de Christine Mitchell il y a trois semaines. Il considère qu’on l’aurait informé plus tôt s’il avait besoin de le savoir.

N’importe qui serait préoccupé en apprenant ces allégations, dit-il. Si Rob a enfreint le code d’éthique, alors c’est quelque chose qu’on va aborder au Conseil.

« Elle avait une belle âme »

Ceux qui connaissaient Christine Mitchell se souviendront de son humour et de sa gentillesse, rappelle Laurissa Poets, qui a été la voir tous les jours, l'année dernière.

C’était une belle femme, à l’intérieur comme à l'extérieur, témoigne la mère de la défunte, Doreen Mitchell. Elle avait un coeur d’or et de l’amour pour aider les autres.

Rob Sage dit avoir fait tout son possible pour aider Christine Mitchell et peine toujours à surmonter sa mort.

Quand tout le monde me demande : "Pourquoi est-ce que tu as fait ça?", eh bien, c’est parce que je la connaissais, déplore-t-il. Je savais qu’au fond elle voulait essayer d’avoir une vie meilleure, mais elle n’a jamais réussi à se trouver.

Avec les informations de Caroline Barghout et de Joanne Levasseur, CBC News

Manitoba

Justice et faits divers