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Le livre vert en éducation sous la loupe d'un professeur d'université

Un homme qui parle à un micro.

Mathieu Lang est professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Radio-Canada

Avec son livre vert en éducation, le ministre Dominic Cardy veut remettre sur pied le système d'éducation qui, selon lui, se base sur le modèle industriel d’une époque révolue. « Tu arrives à une heure, tu fais quelque chose, la même chose, avec tous les autres gens qui font exactement la même chose. Après ça, la cloche sonne et tu fais quelque chose d’autre. » Mathieu Lang, professeur en éducation, trouve que le constat du ministre est incomplet.

C’est quelque chose qui a besoin d’être changé, parce que le monde a changé.

Dominic Cardy, ministre de l'Éducation du Nouveau-Brunswick

La conclusion du ministre Cardy est loin de faire l'unanimité. Professeur à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Moncton, Mathieu Lang a décortiqué son livre vert.

L'école a déjà beaucoup changé

Le professeur remet en question le constat du ministre. Selon lui, le système d'éducation n'est pas si désuet que le laisse croire Dominic Cardy. Il y a déjà eu beaucoup d’éclatement dans les salles de classe, notamment grâce à l'inclusion, estime-t-il.

De plus, il se demande si on ne met pas toutes les écoles dans le même bateau. On dit que le système est en crise, mais on ne précise pas nécessairement quels sont les éléments de crise, et des fois, j'observe qu’il y a des crises dans le secteur anglophone [qui ne se] retrouvent pas nécessairement dans le secteur francophone.

Éliminer les niveaux scolaires : manque de précisions

Dans son document, le ministre de l'Éducation propose notamment l’élimination de niveaux scolaires, à commencer par la maternelle, la première et la deuxième année.

Selon le professeur, il manque de détails sur les moyens qu'entend prendre le gouvernement pour effectuer ces changements, qu'il s'agisse de la redéfinition du rôle d'enseignant, du nombre d'élèves par groupe ou de l'adaptation des salles dans les écoles.

Une approche plus souple aurait du positif

Mathieu Lang convient toutefois que la vision du ministre selon laquelle l’éducation devrait être plus éclatée pourrait fonctionner.

Si le système scolaire veut prendre une approche par compétences, l’atteinte d’une compétence ne se fait pas par matière, mais par contexte, [...] par unité d’apprentissage. Il définit l’unité d’apprentissage comme la capacité à accomplir une tâche précise, calculer et faire des additions à un ou à deux chiffres, par exemple.

Selon lui, l’acquisition d’une compétence est plus instinctive que l’apprentissage d’une matière morcelée par niveau scolaire. Une compétence, c’est mobiliser différentes ressources, certaines habiletés, certaines connaissances, puis c’est plus organique.

Il met toutefois un bémol sur l’approche par compétences, qui a déjà été implantée au Québec. Selon lui, ce type de réforme nécessite une mise en oeuvre progressive.

Au tournant des années 2000, [le ministère de l’Éducation du Québec] a fait le virage vers l’approche par compétences et est allé un peu trop approche bulldozer.

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Évaluer le rendement des enseignants serait contre-productif

Des élèves lèvent la main dans une classe.

Les propositions du ministre Dominic Cardy pour révolutionner l'éducation dans la province suscitent beaucoup de questions de la part du milieu enseignant.

Photo : iStock

Pour redresser le système d'éducation, le ministre Cardy propose aussi de redéfinir le rôle des enseignants et d'évaluer leur rendement en fonction de celui des élèves. Une mesure contre-productive, selon le professeur d’université, qui la compare à tirer sur une fleur pour l’aider à pousser.

Dans les faits, les échecs sont parfois liés aux différences dans le développement cognitif des enfants, ainsi qu'à d'autres causes qui ne sont pas nécessairement liées aux compétences de l'enseignant, explique-t-il.

Un document trop politique

Mathieu Lang estime que le ministre n'a pas réussi à sortir la politique de la salle de classe.

On entend des phrases comme "notre gouvernement va s'assurer que les enseignants...", "notre gouvernement va s'assurer que le ministère...", donc ça reste encore très politique comme document.

Plus de détails au Sommet sur l’éducation

Manque de précisions, manque de cohérence, ingérence trop prononcée de la politique : les raisons de s’interroger sont nombreuses pour le milieu enseignant. Plusieurs voient donc le Sommet sur l'éducation, qui se tiendra du 16 au 18 octobre, comme une occasion pour le ministre d'éclaircir les zones d'ombre de son livre vert.

Avec les renseignements de Michel Corriveau

Nouveau-Brunswick

Politique provinciale