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Le flétan de l’Atlantique se dévoile... un peu plus

En mer, sur un bateau de pêche, des flétans sont pendus par la queue, au bout d'un palan.

Les flétans sont sortis du bateau pour être pesés (archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Joane Bérubé

Les recherches se poursuivent dans le golfe du Saint-Laurent pour mieux connaître encore le flétan de l’Atlantique.

Même si on le pêche dans le Saint-Laurent depuis la fin du 19e siècle, ce poisson demeure un grand méconnu.

Et pourtant, sur les quais du golfe, c’est actuellement le poisson qui rapporte le plus au débarquement. Plus même que le thon rouge.

Le flétan a connu un grand déclin à partir des années 1950, mais a semblé se rétablir au tournant des années 2000. Les débarquements 2018-2019 ont atteint 1300 tonnes, soit le plus fort contingent des 60 dernières années.

Un flétan est suspendu à l'aide d'un crochet au-dessus d'un bateau de pêche à quai.

Pêche au flétan

Photo : Pierre Aucoin

Le seul hic, c’est que le taux d’exploitation du stock de flétan demeure toujours inconnu puisqu’on connaît mal sa population totale, sa biomasse reproductrice et sa distribution.

Sans ces données, il est donc difficile d’obtenir un modèle durable de prélèvement.

Ces questions, et d’autres, font actuellement l’objet de recherches dont l’une des plus importantes est menée depuis 2017 par le professeur en écologie halieutique, Dominique Robert, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie halieutique à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER) à l’Université du Québec à Rimouski.

Premiers résultats

Il y a deux ans, une quarantaine de flétans de l’Atlantique ont été marqués avec des étiquettes satellitaires dans le but d’observer leurs patrons de migration, leur distribution saisonnière et leurs zones de pontes.

Une trentaine de marqueurs ont résisté et sont demeurés sur les flétans pendant un an . Les chercheurs ont pu repêcher 27 étiquettes en 2018 et procéder à l’analyse des données.

Les premiers résultats ont été présentés en février dernier au comité sur l’évaluation du stock de Pêches et Océans Canada.

Premier constat, les flétans semblent demeurer dans des secteurs bien précis. Lorsqu’on marque un poisson au large de Gaspé ou sur la côte ouest de Terre-Neuve, le poisson revient un an plus tard à quelques kilomètres près, illustre Dominique Robert.

Second constat, les flétans semblent avoir des parcours migratoires qui oscillent entre des zones du golfe moins profondes durant l’été pour se nourrir et des zones de grandes profondeurs du chenal laurentien en hiver pour la ponte.

C’est intéressant de voir certains poissons d’un secteur qui semblent avoir une routine bien établie et ceux d’autres secteurs qui ont une routine différente, relève le scientifique de l’UQAR.

Un des objectifs importants de ce type de recherche est de repérer les secteurs de reproduction.

Le flétan est une des rares espèces qui se reproduit en plein hiver, sous le couvert de glaces, à une période de l’année où il est généralement difficile d’obtenir de l’information sur les poissons.

Troisième constat, il n'y a pas que seul lieu de ponte.

Des marquages réalisés à partir de 2014 dans le secteur de Terre-Neuve avaient permis d’observer des pontes dans le chenal du détroit de Cabot. Notre hypothèse était que c’était la frayère principale, mais on s’est rendu compte que l’ensemble des chenaux profonds sont des milieux de ponte potentiel.

Le marquage a permis d’observer que le flétan pond au large de Sept-Îles, mais aussi dans le chenal laurentien, dans le chenal Anticosti et dans celui d’Esquiman, près du détroit de Belle Isle.

Le mystère des petits flétans

Le flétan peut vivre environ 30 ans.

Si les jeunes flétans sont des proies pour une multitude d’espèces, le flétan, qui grandit rapidement, devient un grand prédateur lorsqu’il atteint environ 1 mètre.

À cette taille, il n’a plus vraiment de prédateurs. Il est même devenu un grand prédateur opportuniste et vorace. Il mange de tout, de la morue, en passant par le crabe des neiges.

Les grands flétans de 2,5 mètres peuvent peser jusqu’à 300 kg.

Mais avant que le flétan devienne ce très grand poisson, il reste d’autres secrets à percer.

Curieusement, le poisson n'apparaît dans les relevés scientifiques effectués par les chaluts que lorsqu'il a environ trois ans. Le lieu où il vit avant cet âge demeure une énigme.

Quelque chose qu’on aimerait bien découvrir, c’est l’endroit où les jeunes juvéniles se développent.

Dominique Robert

L’hypothèse du scientifique, c’est que les espaces nourriciers du flétan sont situés près des côtes où il n'y a ni pêche commerciale ni relevé de recherche au chalut de fond.

Le Saint-Laurent sur la Côte-Nord

Le Saint-Laurent sur la Côte-Nord

Photo : Evelyne Côté

Pour valider cette thèse, une équipe de physicien a entrepris de modéliser la dérive des œufs et des larves d’après les données satellitaires sur la ponte recueillies par l’équipe de Dominique Robert.

La modélisation pourrait déterminer quelles zones côtières les plus propices à abriter les tout jeunes flétans.

D’autres recherches

L’étude sur le marquage des flétans se poursuivra encore deux ans.

D’une part pour explorer les déplacements des flétans qui fréquentent certains secteurs où il y a moins de données, comme le nord de l’île d’Anticosti ou l’extrême ouest du chenal laurentien dans l’estuaire ou près des Îles-de-la-Madeleine.

Dominique Robert et son équipe ajouteront un autre type d’analyse, soit la chimie de l’otolite des poissons.

Pesée de flétan au quai de Mingan

Pesée de flétan au quai de Mingan

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

La composition chimique de cette concrétion calcaire de l’oreille interne, présente chez tous les vertébrés, peut être corrélée avec la composition chimique de l’eau de mer. Ça nous permet de comprendre les déplacements tout au long de la vie entre les différents secteurs du Saint-Laurent d’un même individu.

Ces données devraient permettre de repérer les grands changements de localisation du flétan comme les lieux de naissance, les lieux de reproduction ou d’alimentation.

Les données recueillies jusqu’à maintenant ne permettent pas de savoir s’il y a des sous-groupes et, si tel était le cas, si ces sous-groupes sont concentrés dans une partie ou l’autre du golfe et si ces sous-groupes sont isolés ou reliés.

D’autres études sont en cours, qui pourraient d'apporter des réponses à ces questions, notamment à l’université de Dalhousie à Halifax. Les chercheurs se penchent sur la structure génétique de l’ensemble de la population de flétans de l’Atlantique dans le golfe.

Avec ces données, on devrait avoir une meilleure idée de l’isolation ou de la connectivité entre les différents secteurs du golfe, explique Dominique Robert.

Un retour pour mieux comprendre

Le flétan de l'Atlantique dans le golfe fait partie de ces espèces, comme le sébaste, qui semblent profiter du réchauffement des eaux.

Gros plan sur un pêcheur en combinaison de travail sur un bateau

Le retour du flétan fait le bonheur des pêcheurs.

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

Reste à comprendre comment la température de l'eau influe sur l'espèce.

Les poissons autant que les crustacés pondent un nombre très important d’œufs qui sont très petits. Ces œufs se déplacent vers la surface de la colonne d’eau où les larves éclosent et doivent se développer et trouver à manger. On pense que ça joue aussi à ce niveau. La survie des très jeunes stades a changé en raison des changements de conditions du milieu. Il se pourrait que ce soit le cas pour le flétan, mais c’est une question qui fera l’objet d’une autre étude, indique Dominique Robert.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Faune marine