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La ferme-école du Québec sanctionnée par le ministère de l'Environnement

Le Ferme-école Lapokita de La Pocatière.

Les inspecteurs du ministère de l'Environnement ont constaté plusieurs manquements aux règlements sur les exploitations agricoles à la Ferme-école Lapokita de La Pocatière.

Photo : Radio-Canada / Valérie Gamache

Valérie Gamache

La ferme-école de l'Institut de technologie agroalimentaire (ITA), qui sert de lieu formation aux futurs agriculteurs du Québec, est en si mauvais état que les étudiants craignent pour leur sécurité et pour la santé des animaux.

La situation est à ce point préoccupante que le ministère de l'Environnement a sanctionné l'établissement de La Pocatière, qui appartient au ministère de l'Agriculture (MAPAQ). Dans un mémoire acheminé au premier ministre François Legault, l'association étudiante lance un cri du cœur pour sauver cet outil de formation.

L'ITA forme depuis plus de 50 ans les agriculteurs de demain. En mai dernier, les inspecteurs du ministère de l'Environnement ont débarqué à la Ferme-école Lapokita de La Pocatière. lls ont constaté plusieurs manquements aux règlements sur les exploitations agricoles.

Parmi ces manquements, il cite en exemple les eaux contaminées du fumier provenant de la cour d'exercice des bovins de boucherie qui ont atteint une branche de la rivière Saint-Jean. Il y a eu de l'écoulement qui s'est fait de notre enclos de bovins de boucherie jusqu'à un fossé, explique Normand Caron, directeur de la ferme-école.

Le ministère de l'Environnement a sévi. Une amende de 10 000 $ a été donnée au gestionnaire de la ferme-école, qui gère l'établissement au nom du MAPAQ.

Un ruisseau contaminé près de la ferme-école.

Les eaux contaminées ont atteint une branche de la rivière Saint-Jean

Photo : Radio-Canada / Valérie Gamache

Pour les étudiants, c'est la goutte qui a fait déborder le vase : Venant moi-même d'une ferme qui doit respecter les normes environnementales, je trouve ça déplorable qu'une ferme qui devrait représenter l'exemple au Québec ne respecte pas cette norme dénonce Raphaël Rioux, président de l'association étudiante.

Les 330 étudiants de l'ITA de La Pocatière n'ont cependant pas été surpris par la sanction : Moi, je suis allée dans la cour des bovins de boucherie et on avait de la difficulté à marcher tellement il y avait une accumulation de fumier raconte Élysa Manny, membre de l'association étudiante.

La ferme-école a jusqu'au 17 novembre pour apporter les correctifs nécessaires. Le coût estimé des travaux est de 50 000 $.

Les étudiants doutent que cela soit fait : Concrètement, la ferme-école n'est pas en mesure d'investir ces sous-là d'ici un mois. Si ces sommes-là n'apparaissent pas d'une autre instance, selon moi, le troupeau de bovins sera liquidé ou relocalisé s'inquiète Maude Rochette, représentante de l'association étudiante au conseil d'administration de la Ferme-école Lapokita.

La cour des bovins de boucherie à la Ferme-école Lapokita de La Pocatière.

La cour des bovins de boucherie à la Ferme-école Lapokita de La Pocatière.

Photo : Élisa Manny

Pas une première

Ce ne serait pas le premier troupeau qui serait victime de la désuétude des lieux. L'an dernier, la ferme-école a dû se débarrasser de son troupeau de moutons.

La bergerie, qui a été construite en 1915, ne répondait plus à aucune norme. La désuétude du revêtement intérieur et le plancher mettaient en péril les animaux.

On a perdu un mouton dans un mur. Oui, la problématique en était rendue là déplore Jeanne Durivage. La bergerie a été condamnée : On avait trop besoin d'un investissement majeur pour répondre au bien-être animal, confirme Normand Caron.

Les déficiences ne s'arrêtent pas là. Dans un rapport publié en février 2018, la Société québécoise des infrastructures (SQI) en répertorie un total de 405. De la vétusté des fenêtres en bois d'origine de la meunerie au revêtement en tuile d'amiante de la bergerie jusqu'à des problèmes d'affaissement des fondations de l'écurie.

L'enclos des bovins à la Ferme-école Lapokita de La Pocatière.

La Société québécoise des infrastructures (SQI) a répertorié 405 déficiences à la ferme-école de l'Institut de technologie agroalimentaire.

Photo : Radio-Canada / Valérie Gamache

Toujours selon le rapport de la SQI, l'âge et l'état des bâtiments requièrent une planification rigoureuse. Six millions et demi de dollars sur cinq ans devraient immédiatement être investis pour apporter les correctifs nécessaires.

Face à cet état des lieux, les étudiants se questionnent sur la préoccupation du gouvernement Legault sur l'avenir de l'agriculture.

Nos agriculteurs de demain on les veut comment? Est-ce qu'on les veut outillés? Est-ce qu'on les veut réfléchis?

Maude Rochette, membre de l'association étudiante de l'ITA

Pas avant 2021

Le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne, a visité la ferme-école et il admet que l'infrastructure a été négligée. Ça manque d'amour, c'est pour ça qu'il y a des investissements de 80 millions qui ont été annoncés dans le plan quinquennal d'immobilisation pour lui donner un peu d'amour.

Je leur dis d'espérer parce qu'il y a un chantier qui est en cours

André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation

Mais ces sommes ne seront pas disponibles avant 2021. Les investissements seront échelonnés sur dix ans et seront répartis entre plusieurs infrastructures du MAPAQ.

Devant cet échéancier, les enseignants de l'ITA craignent que le gouvernement en arrive tout simplement à mettre la clé sous la porte : De plus en plus, on favorise des visites à l'extérieur, des ententes avec des partenaires privés pour remplacer ce que la ferme-école devrait apporter. Donc on a peur de la perdre, la ferme-école explique Marie-Chistine Lalande, présidente du syndicat des enseignants de l'ITA.

Le ministre Lamontagne tente de se faire rassurant, la fermeture de la ferme-école n'est pas dans les plans. Dans l'immédiat, il s'engage à payer la facture des travaux pour rendre l'enclos des bovins conforme aux normes environnementales et assure que le troupeau ne sera pas liquidé. Mais la contravention, elle, devra être assumée par la ferme-école.

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