•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Allemagne : deux morts dans un attentat antisémite le jour de Yom Kippour

Des agents de la police scientifique travaillent sur le site de la fusillade.

L’attaque perpétrée par un homme lourdement armé, habillé en treillis et portant un casque, a fait deux morts et deux blessés.

Photo : Reuters / Hannibal Hanschke

Agence France-Presse
Mis à jour le 

Deux personnes ont été tuées et deux autres grièvement blessées mercredi à Halle, en Allemagne, dans un attentat à l'arme à feu contre une synagogue en plein Yom Kippour, filmé par le tueur qui a publié la vidéo sur Internet.

Cet assaut par un homme lourdement armé, habillé en treillis et portant un casque, rappelle par son mode opératoire l'attentat contre deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, commis en mars par un Australien d'extrême droite.

Le tueur présumé, blessé dans un échange de tirs avec la police, a été interpellé, a annoncé la police dans la soirée. Il s'agit selon les médias allemands d'un Allemand de 27 ans, arrêté à l'issue d'une poursuite en voiture dans la région.

La chancelière Angela Merkel a dénoncé un attentat et s'est rendue dans la soirée en signe de solidarité à la grande synagogue de Berlin.

Son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer a lui parlé d'une attaque antisémite pour laquelle un sympathisant d'extrême droite est suspecté.

Le tireur a tenté en milieu de journée de pénétrer dans la synagogue du quartier Paulus, où étaient réunies, en ce jour de fête religieuse juive, 70 à 80 personnes, a indiqué le président de la communauté juive de Halle, Max Privorotzki.

Nous avons vu à travers la caméra de notre synagogue qu'un agresseur lourdement armé, avec un casque en acier et un fusil, a tenté d'ouvrir nos portes, a-t-il témoigné.

Deux policiers allemands d'un groupe tactique d'intervention surveillent les lieux de la fusillade.

La fusillade a eu lieu autour d'un magasin de kebabs.

Photo : Getty Images / Agence France-Presse / Sebastian Willnow

Charge contre un restaurant de kebabs

N'y parvenant pas, il a ensuite abattu une passante et s'en est pris à un petit restaurant turc de kebabs. Il a d'abord lancé une grenade, qui a explosé contre la porte, avant de tirer à l'intérieur.

L'homme a tiré au moins une fois. L'homme qui était assis derrière moi a dû mourir. Je me suis caché dans les toilettes et j'ai verrouillé la porte, a raconté un des clients, Conrad Rössler, sur la chaîne d'information NTV.

Sur une vidéo amateur reprise par de nombreux médias et montrant manifestement un extrait de l'assaut, un homme casqué, habillé en kaki et muni d'une ceinture de munitions, d'apparence calme, tire au fusil d'assaut en pleine rue, à proximité d'une voiture.

Il s'effondre ensuite, manifestement atteint par des tirs de la police, et reste quelques secondes à terre, avant de remonter dans le véhicule et de partir.

L'auteur présumé a lui-même filmé la fusillade et diffusé la vidéo sur une plateforme Internet, a indiqué le site SITE, spécialisé dans la surveillance des organisations terroristes, qui dresse un parallèle avec une vidéo similaire filmée par l'auteur de l'attentat de Christchurch.

Dans cette vidéo de 35 minutes, également visionnée par l'AFP, cet homme, crâne rasé, le visage juvénile, se lance dans une diatribe antisémite. Il affirme en anglais notamment que l'Holocauste n'a jamais existé et considère que les Juifs sont la racine de tous les problèmes.

La sécurité a été renforcée devant les synagogues de plusieurs villes allemandes, dont Berlin, Leipzig et Dresde. Cette fusillade crée un choc profond pour tous les Juifs en Allemagne, a réagi le président de la communauté juive allemande, Joseph Schuster.

L'attentat terroriste contre la communauté de Halle en Allemagne pendant Kippour, le jour le plus sacré pour notre peuple, est une nouvelle expression de l'antisémitisme qui grandit en Europe, a pour sa part déploré le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

Les États-Unis, dont 10 ressortissants se trouvaient dans la synagogue, ont aussi condamné l'attaque, de même que le Parlement européen, qui a observé une minute de silence.

Merkel au chevet de la communauté juive d'Allemagne

La chancelière allemande discute avec la rabbine responsable de la Nouvelle synagogue de Berlin.

La chancelière allemande Angela Merkel a assisté à un rassemblement à la Nouvelle Synagogue de Berlin.

Photo : Reuters / Christian Mang

Des dizaines de personnes se sont réunies mercredi soir pour une veillée silencieuse devant la principale synagogue de Berlin pour montrer leur solidarité avec les victimes de l'attentat de Halle.

La chancelière Angela Merkel est venue sur place apporter son soutien à la rabbine responsable de la Nouvelle synagogue de Berlin, Gesa Ederberg, en cette journée de Yom Kippour, la plus grande fête religieuse juive.

Malheureusement, aujourd'hui, en votre jour saint, nous avons été témoins de quelque chose d'horrible : deux personnes ont perdu la vie, il y a eu une attaque contre les Juifs et les Juives en Allemagne, a-t-elle déclaré.

Mon objectif et celui des responsables politiques est de tout faire pour que vous puissiez vivre en sécurité. Et cette journée nous montre que ce n'est pas assez, que nous devons faire encore plus, a-t-elle ajouté.

Une réponse aux critiques venues de la communauté juive : son responsable en Allemagne, Josef Schuster, a ainsi jugé scandaleuse l'absence de protection policière devant la synagogue de Halle, visée par l'attentat d'un extrémiste de droite mercredi.

Le Congrès juif mondial s'est lui aussi indigné en réclamant des actes.

Nous avons peur. J'ai reçu hier déjà de nombreux messages de personnes qui m'ont dit qu'elles ne viendraient pas parce qu'elles avaient peur. Cela doit changer!, a expliqué Mme Ederberg.

Dénonçant un relent d'antisémitisme en Allemagne, elle a imploré la société civile de s'opposer à toute personne qui utiliserait le terme "Juif" comme une insulte et à combattre les forces brunes, suscitant un tonnerre d'applaudissements.

Puis, sous une pluie fine et en silence, plusieurs bougies ont été déposées au pied de l'édifice.

Quelques personnes portaient des drapeaux israéliens et une immense banderole était déployée sur les grilles de la synagogue. On pouvait y lire : Contre tous les antisémitismes .

Il était important d'être ici pour montrer notre solidarité avec la communauté juive. Une attaque contre les Juifs en Allemagne est une attaque contre nous tous, a déclaré l'initiatrice de l'événement, Sawsan Chebli, élue d'origine palestinienne de la ville de Berlin.

Ce que nous pensions impossible il y a quelques années encore réapparaît. Il est de notre devoir de rester vigilant, a expliqué à l'AFP Verena Schönwälder, une Berlinoise venue avec sa jeune fille.

Nous sommes solidaires : quand quelqu'un est attaqué, il faut apporter son soutien. Aujourd'hui, ce sont des Juifs qui ont été victimes, demain ce seront des musulmans. Peu importe, restons soudés, a réclamé pour sa part l'imam Kadir Sanci.

Une personne met une bougie sur la place du marché central à Halle en Allemagne.

Un rassemblement spontané de plusieurs centaines de personnes a également eu lieu dans la soirée sur la place du marché de Halle, où des bougies et des fleurs ont été déposées au sol.

Photo : Reuters / Hannibal Hanschke

Les attentats filmés par les tireurs

La diffusion en ligne de la vidéo de l'attaque a montré une nouvelle fois la difficulté d'empêcher les tueurs de se mettre en valeur en ligne, malgré les efforts entrepris après l'attentat de Christchurch.

Le tireur a réussi à poster les images de son attaque sur la plateforme de diffusion continue en direct Twitch, un lieu où se retrouvent normalement les fans de jeux vidéo et d'e-sport.

Combien de temps les images sont-elles restées en ligne? Combien de personnes ont-elles vu les images? Twitch affirme ne pas encore connaître la réponse et poursuivre son enquête.

Nous avons fait au plus vite pour retirer ce contenu et nous suspendrons tous les comptes qui publieront ou partageront des images de cet acte abominable, a indiqué une porte-parole de Twitch interrogée par l'AFP.

Si le bilan est moins lourd, le modus operandi à Halle a fait immédiatement penser à celui de l'auteur de l'attentat contre deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande en mars.

Un Australien d'extrême droite avait tué 51 personnes avant d'être arrêté, mais avait réussi à diffuser son attaque en direct pendant quelque 17 minutes sur Facebook, avant que la retransmission ne soit stoppée.

Ce très long délai avait valu à Facebook de très virulentes critiques et fait se lever des voix de toutes parts, exigeant une action immédiate.

Le rôle des réseaux sociaux

Facebook a recruté des forces de police de part et d'autre de l'Atlantique pour éduquer ses outils d'intelligence artificielle et tenter d'éviter la répétition d'un tel désastre.

La difficulté vient du fait que le cerveau artificiel doit pouvoir faire la différence entre une vraie attaque et une scène de film ou de jeu vidéo.

Les algorithmes de filtrage n'ont jusqu'à présent pas été très bons pour détecter de la violence en diffusion continue en direct. À l'avenir, on verra peut-être les réseaux sociaux tenus responsables de leur rôle dans la diffusion de contenus violents et haineux, souligne Jillian Pterson, professeure de criminologie à la Hamline University de Saint Paul.

Pour mieux éduquer la machine, Facebook a associé la police londonienne à son initiative en utilisant les images filmées par les caméras portées par les unités de la Met lors de leurs entraînements au tir.

Les outils d'intelligence artificielle ont besoin de quantités énormes de données – ici des images de fusillades – pour pouvoir apprendre à les identifier correctement, les trier et in fine les supprimer.

Cette initiative, annoncée mi-septembre, s'inscrit dans le cadre plus large des mesures prises pour nettoyer les contenus haineux et extrémistes et les mouvements ou individus prônant le suprémacisme blanc.

L'entreprise a aussi multiplié les restrictions pour l'accès à Facebook Live. Facebook et ses partenaires ont aussi annoncé la création d'une nouvelle organisation en marge de l'Assemblée générale des Nations unies fin septembre à New York.

Elle doit regrouper Facebook, Microsoft, Twitter et Google (via YouTube) ainsi qu'Amazon ou encore les plateformes LinkedIn (appartenant à Microsoft) et WhatsApp (Facebook).

La nouvelle structure aura pour vocation de déjouer les tentatives de plus en plus sophistiquées des terroristes et des extrémistes violents pour se servir des plateformes numériques.

Après l'attentat de Christchurch, Facebook avait supprimé 1,5 million de vues potentielles de la vidéo, dont 1,2 million avant qu'elles n'aient été visionnées par qui que ce soit.

Ce fossé entre 1,2 million et 1,5 million, c'est là que nous reconnaissons que nous devons faire mieux, a reconnu la numéro deux du réseau, Sheryl Sandberg.

La structure bénéficiera d'un personnel indépendant.

Des acteurs non gouvernementaux dirigeront quant à eux un comité consultatif et les gouvernements des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et du Japon auront également un rôle de consultation, tout comme des experts de l'ONU et de l'Union européenne.

Mais pour Hans-Jakob Schindler, qui dirige le Counter Extremism Project, tout cela ne suffit pas. Cet incident tragique démontre une nouvelle fois que l'autorégulation n'est pas assez efficace et souligne malheureusement le besoin d'une régulation plus forte du secteur technologique, écrit-il.

Résurgence de l'extrême droite

L'attentat de Halle a lieu quelques mois après le meurtre de Walter Lübcke, un élu pro-migrants du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel (CDU), dans le land de Hesse. Le principal suspect est un membre de la mouvance néonazie.

Cette affaire a créé une onde de choc dans le pays, où l'extrême droite anti-migrants enchaîne les succès électoraux. Elle a réveillé la crainte d'un terrorisme d'extrême droite à l'image de celui du groupuscule néonazi allemand NSU, responsable de l'assassinat entre 2000 et 2007 d'une dizaine de migrants.

Il y a eu nombre de précédents violents : un attentat au couteau contre la maire de Cologne Henriette Reker en 2015, et deux ans plus tard contre le maire d'Altena Andreas Hollstein. Tous deux en ont réchappé de justesse. Ils défendaient une politique d'accueil généreuse des migrants, comme Walter Lübcke.

L'Allemagne fait face à une nouvelle RAF, à une RAF brune, estime la Süddeutsche Zeitung, en référence au groupe terroriste d'extrême gauche Fraction armée rouge, actif entre 1968 et 1998.

Plus de 12 700 extrémistes de droite, jugés dangereux, sont recensés par les autorités.

Les autorités allemandes sont également sur le qui-vive après plusieurs attaques djihadistes ces dernières années. La plus meurtrière a été commise en décembre 2016, lorsqu'un Tunisien, Anis Amri, a foncé sur un marché de Noël de Berlin au volant d'un camion volé, tuant 12 personnes.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Terrorisme

International