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Arsenic : le ministre de l’Environnement n'a toujours pas réagi

Benoît Charette, ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques lors d'une conférence de presse

Benoît Charette, ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (archives)

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

Alors que le rapport final de l’étude de biosurveillance à Rouyn-Noranda a été dévoilé il y a 12 jours, le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, n'a toujours pas fait savoir ses intentions dans le dossier de l'arsenic, qui est sous sa responsabilité. Certaines organisations s’impatientent.

L’étude de biosurveillance conclut que les enfants sont jusqu’à près de quatre fois plus imprégnés à l’arsenic, une substance toxique, que la normale. L’arsenic provenant des activités de la Fonderie Horne.

Le 6 septembre dernier, le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, s'était engagé à agir si le rapport final de la Direction de la santé publique (DSPu) lui demandait de le faire. Si on devait nous dire qu'il faut retenir des seuils [le maximum autorisé d'arsenic émis dans l'air par la fonderie] plus contraignants parce que la santé publique en dépend, soyez assurés que le ministère de l'Environnement assumera pleinement ses responsabilités, avait-il déclaré sur nos ondes.

Le rapport final de la santé publique est sans équivoque et recommande des « actions immédiates ». Selon la DSPu, les seuils d'émission d’arsenic exigés par le ministère de l'Environnement sont insuffisants pour éviter une surexposition à l'arsenic.

Je ne veux pas me faire rassurant, elle n'est pas rassurante la situation. Il faut qu'il y ait une réduction, les concentrations d'arsenic sont trop élevées dans le quartier Notre-Dame, que ce soit dans l'air ou dans les sols. Il faut une réduction, immédiate même.

Frédéric Bilodeau, auteur de l’étude de biosurveillance

Or, depuis le dévoilement du rapport, ni le ministre de l'Environnement, ni ses collègues des autres ministères concernés n'ont répondu favorablement aux demandes d'entrevue de Radio-Canada. Il n'y a pas eu de réaction officielle du gouvernement sur ce rapport.

L’attaché de presse de M. Charrette nous a fait savoir que le ministre était indisponible le 27 septembre, date de sortie du rapport, puisqu'il manifestait pour le climat. Il était aussi indisponible toute la semaine dernière, puisqu'en mission à Paris. Il n'a pas non plus été possible de lui parler le lundi 7 octobre, mais il s'est toutefois exprimé sur d'autres enjeux dans les médias, dont le 3e lien à Québec, lors d'un point de presse.

En fin de journée mardi, après plusieurs relances, l'attaché de presse a toutefois indiqué par courriel qu'il comprend très bien la volonté d'entendre le ministre, cependant celui-ci devrait être en mesure de présenter des orientations concrètes d'ici la semaine prochaine.

L'objectif en 2021 ne réglera pas le problème, selon la DSPu

L'objectif fixé à l'entreprise par le ministère de l'Environnement, soit l'atteinte d'une moyenne d'émission d'arsenic de 100 nanogrammes par mètre cube (ng/m3) en 2021, est insuffisant en regard des conclusions du rapport de l’étude de biosurveillance. En effet, l'étude de biosurveillance a permis de constater que les enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda sont jusqu'à près de quatre fois plus imprégnés à l'arsenic que la normale, alors que l'exposition moyenne était de 98 ng/m3 au moment de l'étude.

Des organismes et l'opposition s'impatientent

Depuis le 27 avril, des organismes comme le Conseil régional de l’environnement de l'Abitibi-Témiscamingue (CREAT) ont contacté les médias pour faire pression sur le ministre, en réclamant une réponse rapide. Je pense qu'il faut maintenir la pression, il ne faut pas lâcher le morceau, avait affirmé Jacinthe Châteauvert, présidente du CREAT.

La Ville de Rouyn-Noranda, qui réclame que le gouvernement nomme un porteur de dossier, c'est-à-dire qu'il désigne un ministère parmi ceux impliqués pour coordonner les interventions, n'avait pas non plus eu de nouvelles du gouvernement vendredi dernier.

Des personnes, dont la députée Émilise Lessard-Therrien, font le pied de grue devant des bureaux gouvernementaux, certaines tenant des affiches.

La députée Émilise Lessard-Therrien faisait partie des manifestants qui attendaient le ministre de l'Environnement de pied ferme lors de sa visite à Rouyn-Noranda, le 6 septembre dernier. (archives)

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

La députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien a réclamé l'intervention du premier ministre dans le dossier « suite à la non-collaboration du ministre de l'Environnement, du ministre délégué à la Santé et du ministre régional », souligne-t-elle. Elle se dit déçue par la réponse reçue par François Legault, qu'elle qualifie de simple « accusé de réception ». Selon elle, il n'y aurait toujours pas d'engagement quant à la nomination d'un « porte-parole» gouvernemental pour ce dossier.

Elle déplore aussi que le premier ministre mentionne dans sa lettre que la santé publique fera de nouvelles études pour « mieux documenter l'exposition à l’arsenic ». « On est capable de marcher puis mâcher de la gomme en même temps. Que vous vouliez mieux documenter la situation, grand bien vous fasse, mais ça ne doit pas se faire sur le dos de la population, s'exclame Mme Lessard-Therrien. Moi je ne lâcherai pas le morceau, tant qu'on ne se sera pas donné un objectif clair de réduction avec une norme à 3 nanogrammes. »

Abitibi–Témiscamingue

Politique provinciale