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L'appel à la commémoration des policiers qui se sont suicidés persiste

Les noms inscrits sur le Tableau d’honneur et des gerbes de fleurs.

Les noms de plus de 850 policiers ont été inscrits au Tableau d’honneur, le long du mur de périmètre de la colline du Parlement donnant sur la rivière des Outaouais et la Cour suprême du Canada.

Photo : Radio-Canada / Kimberley Molina

Radio-Canada

Les noms de plus de 880 policiers et agents de la paix canadiens qui sont morts dans l'exercice de leurs fonctions depuis la Confédération sont gravés sur les panneaux de verre du monument commémoratif de la colline du Parlement, connu sous le nom de Tableau d'honneur. Les noms des policiers qui se sont suicidés ne sont pas inclus.

La veuve d'un agent de la Police provinciale de l'Ontario (PPO) qui s'est suicidé et un ancien sergent d'état-major de la police d'Ottawa veulent que cela change.

Josh de Bock s'est suicidé en août 2018. À l'époque, il travaillait à l'unité d'identité judiciaire de la police.

C'est un héros dans la vie et dans la mort, et il devrait être considéré et reconnu comme n'importe qui d'autre, comme tout autre officier décédé dans l'exercice de ses fonctions, a dit la veuve, Loan de Bock.

Sa mort est le résultat de son déclin mental, c'est un bilan cumulatif du travail de la police. Et à cause de ça, je crois qu'il mérite d'être là-haut [sur le mur].

Loan de Bock, veuve d'un policier qui s'est enlevé la vie

En mars, elle a présenté une demande au Monument commémoratif national pour que son nom soit gravé sur le mur. La demande était accompagnée d'une lettre d'appui de Gary Couture, alors commissaire intérimaire de la Police provinciale de l'Ontario, indiquant qu'il croyait que le décès de M. de Bock était dû à une maladie mentale développée dans le cadre de son travail, et une lettre du médecin le mentionnant dans son dossier.

L'Association canadienne des policiers a renvoyé une demande de renseignements supplémentaires, notamment pour savoir si la Commission de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail de l'Ontario avait reconnu sa maladie et s'il avait reçu un diagnostic de maladie mentale au moment de son décès.

Elle a qualifié « d'insultant » le fait que l'on demande aux familles de fournir plus d'informations, de preuves, que leurs proches sont morts dans l'exercice de leurs fonctions et que les problèmes de santé mentale ne sont pas traités de la même façon que les blessures physiques.

Il s'agit simplement de dire aux officiers qu'ils ne sont pas aussi importants que les autres qui sont morts dans l'exercice de leurs fonctions, a-t-elle mentionné.

Elle croit aussi qu'une partie de la raison pour laquelle les organisations policières se traînent les pieds est qu'elles ne veulent pas offenser les familles des policiers qui ont été tués au travail.

Syd Gravel est d'accord avec cette affirmation. M. Gravel est un ancien sergent de la police d'Ottawa et cofondateur de Badge of Life Canada, un organisme qui aide les policiers et les agents correctionnels à régler les problèmes de santé mentale causés par leur travail.

Syd Gravel répond aux questions de la journaliste.

Syd Gravel, ancien sergent de la police d'Ottawa, a parlé ouvertement de ses propres luttes contre le stress post-traumatique.

Photo : Radio-Canada

Le travail pèse lourd

Quand nous regardons les gens qui se suicident, la perspective est que ce n'est pas perçu par certains comme étant une mort causée par le port de l'uniforme, et je pense que c'est le lien qui fait défaut, a-t-il dit.

Le travail pèse lourdement sur les policiers et pour certains, il peut être trop lourd, a indiqué M. Gravel.

Les citoyens ont parfois de la difficulté à comprendre ce que le port de l'uniforme représente, le fait de voir plus de 600 à 900 événements traumatisants au cours d'une carrière, peut s'avérer difficile à gérer.

Syd Gravel, ancien sergent de la police d'Ottawa

Le site Web du Service de police d'Ottawa dresse la liste des noms de 14 agents qui sont décédés dans l'exercice de leurs fonctions entre 1929 et 2009, mais ne comprend pas le nom de deux policiers qui se sont enlevés la vie au cours des cinq dernières années, dont un qui est décédé la semaine dernière à la veille du week-end annuel du souvenir des policiers morts en service.

Photo d'un policier qui regarde la caméra.

Âgé de 35 ans, le détective Thomas Roberts, de l'Unité des vols qualifiés du SPO, s'est suicidé vers 18 h dans l’édifice du quartier général de la police, sur la rue Elgin.

Photo : Service de police d'Ottawa

Question à l'étude

Dans un courriel adressé à CBC/Radio-canada, le Service de police d'Ottawa a écrit :Les suicides ne sont pas considérés comme des incidents où un agent a été tué dans l'exercice de ses fonctions.

En août 2018, la police de Toronto a commencé à accepter les demandes d'adhésion au Mur commémoratif du service pour les membres qui ont « perdu la vie à cause de troubles de santé mentale » après avoir conclu une entente avec la Commission ontarienne des droits de la personne.

Seulement en 2018, le coroner en chef de l'Ontario a enquêté sur le suicide de neuf policiers de la province.

Terry Welsh, coordonnateur du Service commémoratif canadien, a confirmé à CBC/Radio-canada qu'aucun officier décédé par suicide n'a jamais été inscrit au tableau d'honneur.

M. Welsh a indiqué qu'une demande avait été reçue au cours des deux dernières années, mais qu'elle avait été renvoyée au chef du service de police pour obtenir de plus amples renseignements. Il n'a pas nommé le corps policier.

Besoin d'aide pour vous ou un proche?

  • Association québécoise de prévention du suicide : 1-866-APPELLE (1-866-277-3553)
  • Tel-Aide Outaouais : 613-741-6433
  • Ligne de crise en santé mentale d'Ottawa : 613-722-6914

« J'ai le coeur brisé »

Pour être admissible à l'heure actuelle, l'agent doit être en service au moment de son décès ou, s'il n'est pas en service, il doit être « décédé des suites d'une influence extérieure ».

Cependant, les règles semblent aussi laisser la porte ouverte, déclarant : « Nonobstant ce qui précède, tout ensemble de circonstances ayant conduit au décès d'un policier peut être pris en considération. »

M. Gravel espère que la considération s'étendra aux policiers qui se sont suicidés.

J'ai le coeur brisé chaque fois que nous perdons un membre, et j'ai le coeur brisé, sachant très bien qu'on en discutera encore une fois pour voir s'ils peuvent faire inscrire leur nom sur le mur de la colline Parlementaire parce qu'ils sont morts, à mon avis, dans l'exercice de leurs fonctions, a-t-il dit.

Mme de Bock se bat aussi pour que son mari et les autres policiers qui se sont enlevés la vie soient reconnus.

Nous devons continuer à persévérer pour nous assurer que les noms et l'héritage de nos proches ne soient pas oubliés et qu'ils soient reconnus, a-t-elle conclu.

Avec les informations de Kimberley Molina

Ottawa-Gatineau

Santé mentale