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L’Abitibi-Témiscamingue pourrait changer de couleur le 21 octobre

Les libéraux veulent déloger le NPD, mais le Bloc québécois va-t-il brouiller les cartes?

Des feuilles aux couleurs d'automne.

Des installations minières près de Rivière-Héva, en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Marc Godbout

Une tâche colossale attend le NPD dans deux des plus grandes circonscriptions du Québec. Ses députés sortants, Roméo Saganash et Christine Moore, ne sollicitent pas de nouveaux mandats. Les libéraux convoitent ces deux comtés de l’Abitibi, mais les bloquistes n’ont pas l’intention de leur laisser le champ libre.

Impossible de trouver l’adresse du bureau de campagne d’Alain Guimond dans le comté d’Abitibi-Témiscamingue. C’est qu’il n’en a pas, signe que lui et sa très petite équipe disposent de peu de moyens. Alain Guimond est pourtant le candidat néo-démocrate. 

Pour convaincre les électeurs de confier un troisième mandat au NPD, Alain Guimond sillonne le comté à bord d’un véhicule récréatif. Il en a fait son quartier général.

Le candidat refuse d’y voir un désavantage : 60 % des électeurs sont ailleurs qu’à Rouyn-Noranda.

Alain Guimond dans la porte de son véhicule récréatif.

Le candidat du NPD, Alain Guimond, s'apprête à sortir du véhicule récréatif qu’il utilise pour faire campagne dans la circonscription d’Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Contrairement à bien d’autres circonscriptions, celle d’Abitibi-Témiscamingue ainsi que le comté voisin d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou étaient restés néo-démocrates en 2015.

Mais cette fois, ils sont tous deux privés de leurs députés sortants.

Je me présente comme si j’avais un bilan à défendre, répond Alain Guimond, qui a été l’adjoint de la députée Christine Moore. Même si je suis relativement connu dans la région, je ne le suis pas partout. Il faut que les gens m’associent à elle.

Mais lui-même admet que les libéraux mettent beaucoup d’efforts pour aller chercher le comté et que le Bloc québécois connaît un regain.

« Christine Moore nous représentait bien, mais elle n’est plus là »

Des boîtes à savon aux allures de voitures de course.

Une course de boîtes à savon dans le village de Sainte-Germaine-Boulé en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

À l’échelle nationale, la campagne n’a pas créé de grand engouement jusqu’à présent. C’est aussi vrai en Abitibi.

Les partis doivent lutter pour se démarquer dans cette course, mais aussi redoubler d’efforts pour susciter l’intérêt, d’autant plus que ce comté s’étend sur 41 530 km2.

À Sainte-Germaine-Boulé, un village de 1000 habitants reconnu pour son dynamisme, la communauté est réunie autour d’un événement annuel.

Les courses de boîtes à savon amusent enfants et parents pendant quelques heures.

Ici, les électeurs semblent plus préoccupés par la réussite de cet événement familial que par l’issue de la campagne dans le comté.

Mais un constat semble ressortir dans ce village. Frédéric Doré le résume assez bien : Christine Moore nous représentait bien, mais elle n’est plus là. Je pense que le NPD, c’est fini.

Le retour du Parti libéral

Dans le comté, l’idée d’élire un député au pouvoir semble être plus alléchante que dans le passé. Cela ne s’est pas produit en Abitibi depuis au moins 15 ans.

La candidate libérale, Claude Thibault, joue à fond cette carte.

La région a besoin de prendre sa place à Ottawa, [...] il faut être à toutes les tables nécessaires pour mieux la développer, insiste cette entrepreneure de Rouyn-Noranda.

Maintenant propriétaire d’un restaurant de petit-déjeuner, elle a travaillé auparavant comme conseillère auprès de différents ministres du gouvernement Trudeau à Ottawa.

Claude Thibault dans une estrade.

La candidate du Parti libéral du Canada, Claude Thibault, discute avec des électeurs de la circonscription d’Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Claude Thibault en est à sa deuxième tentative. Les libéraux voient en elle une candidate solide et ne se cachent plus pour dire que ce comté est sur la liste des circonscriptions néo-démocrates ciblées par le parti. Le PLC n’avait récolté qu’un maigre 6 % des voix en 2011. Mais lors du dernier scrutin, Claude Thibault avait obtenu 30 % des votes.

Ça fait quatre ans que mon équipe et moi la préparons, cette campagne, raconte Claude Thibault. Mais je suis vigilante.

À l’amphithéâtre de Rouyn-Noranda, où évoluent les Huskies, champions canadiens de hockey junior, la partie d’une saison encore jeune est sur le point de commencer.

J’avoue que ce n’est pas facile de se faire une idée. Mais je trouve que la libérale est à peu près la seule qui a l’air solide, explique Yvon, qui se promet d’aller voter. Je la regarde aller et elle n’est pas à la dernière minute. Elle m’inspire confiance, raconte une autre spectatrice.

Pas très loin, la candidate libérale en profite pour serrer des mains. Mais ce soir-là, elle n’est pas la seule.

Le Bloc entre en scène

Yves François Blanchet avec Sébastien Lemire face à deux partisans des Huskies de Rouyn-Noranda.

Le chef du Bloc québécois Yves François Blanchet fait campagne avec son candidat Sébastien Lemire. Ils discutent avec des partisans des Huskies de Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Le candidat bloquiste Sébastien Lemire reçoit un coup de pouce de son chef. C’est la troisième fois qu’Yves François Blanchet se rend en Abitibi depuis qu’il est à la tête du Bloc québécois.

On sent que le débat en français de la semaine dernière a changé la dynamique.

Ce coup-ci, je vais y aller avec toi, lui lance Jeannot Viger, qui se garde bien de dire pour qui il a voté la dernière fois.

Le débat va vous aider, vous allez voir. C’est reparti! Lâchez pas! , lui affirme un autre.

Le vent est-il en train de tourner? Avant la vague orange de 2011, le Bloc québécois a longtemps dominé ici, en remportant trois victoires consécutives avec des majorités d’au moins 12 000 voix.

Mais les dernières années, et l’épisode Martine Ouellet surtout, ont eu un effet démoralisant pour le Bloc québécois, qui s’en ressent toujours.

Un vieux militant confie que même si le débat a certainement aidé, repartir la machine et mobiliser les membres dans cette région reste un énorme défi.

Le lever du soleil.

Le lever du soleil sur le lac Osisko à Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Le lendemain matin, le parti avait d’ailleurs convié les militants à un brunch dans un hôtel de Rouyn-Noranda pour y rencontrer Yves François Blanchet.

L’esprit, l’humeur, la confiance que vous dégagez nous encouragent pour la suite, leur a dit le chef. Mais dans la salle à manger, ils n’étaient qu’une vingtaine tout au plus.

Reste qu’ici le Bloc québécois est certainement en bien meilleure posture qu’il ne l’était au début de cette campagne, au point de rendre l’équipe libérale un peu plus nerveuse sur le terrain.

Une situation que personne n’aurait pu prévoir il y a quelques semaines à peine.

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