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Affaire ukrainienne : l'administration Trump bloque le témoignage d'un diplomate

Le reportage de notre correspondant Jean-François Bélanger

Photo : Reuters / Francois Lenoir

Sophie-Hélène Lebeuf

La Maison-Blanche a empêché l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland, de comparaître mardi devant des comités de la Chambre des représentants qui enquêtent sur l'affaire ukrainienne, ce qui annonce un nouveau bras de fer avec les démocrates.

La décision de la Maison-Blanche a été prise quelques heures avant le début prévu du témoignage de Gordon Sondland.

Selon des documents remis la semaine dernière aux comités, le diplomate a joué un rôle important dans les efforts diplomatiques visant à persuader le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, de s'engager publiquement à mener des enquêtes demandées par le président Trump et son avocat personnel, Rudy Giuliani.

NBC News a rapporté mardi que M. Sondland et le président Trump avaient eu des contacts directs fréquents.

« J'aimerais envoyer l'ambassadeur Sondland, un homme vraiment bon et un grand Américain, témoigner, mais il témoignerait malheureusement devant un tribunal bidon totalement malhonnête », a soutenu le président Trump sur Twitter. Il a ajouté que les « faits véritables » sont cachés au public.

Privés de leur témoin, les trois comités chargés de l'enquête relative à une éventuelle procédure de destitution à l'encontre du président Donald Trump ont indiqué qu'ils assigneraient formellement M. Sondland à comparaître et lui enjoindraient aussi de remettre des documents jugés pertinents.

Adam Schiff, à la tête du comité du renseignement de la Chambre, a affirmé que M. Sondland détenait des courriels ou des messages textes sur un appareil privé que le département d'État refusait de lui remettre.

Le témoignage et les documents de l'ambassadeur Sondland sont vitaux, et c'est précisément la raison pour laquelle l'administration bloque maintenant son témoignage et refuse de divulguer ses documents.

Extrait du communiqué des trois comités de la Chambre enquêtant sur l'affaire ukrainienne

Les démocrates avaient déjà averti que le refus de l'administration Trump de collaborer à leur investigation, garantie par les pouvoirs constitutionnels de la Chambre, serait considéré comme une entrave à l'enquête.

L'avocat de l'ambassadeur Sondland a affirmé dans un communiqué que son client était « profondément déçu de ne pas pouvoir témoigner », car il s'était rendu « à Washington depuis Bruxelles afin de préparer son témoignage et d'être disponible pour répondre aux questions du comité ».

Les démocrates ont ouvert une enquête pour destitution dans la foulée de la plainte d'un lanceur d'alerte qui a sonné l'alarme au sujet d'un entretien téléphonique entre le président Donald Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 25 juillet 2019.

Ce dernier demandait à son interlocuteur d'enquêter sur les origines de l'enquête sur la Russie et sur l'adversaire que Donald Trump pourrait affronter en 2020 : le meneur de la course à l’investiture démocrate, l’ancien vice-président Joe Biden, comme l'a confirmé un compte rendu de l'appel que la Maison-Blanche a divulgué.

Quelques jours avant l'appel, l'administration Trump avait gelé une aide militaire de 392 millions de dollars, débloquée deux mois plus tard à la suite de pressions des élus des deux partis. Les démocrates estiment que le président a utilisé cette aide militaire comme levier auprès du président ukrainien pour parvenir à ses fins personnelles.

Le veto de la Maison-Blanche coïncide avec les reportages du Wall Street Journal et de NBC News, selon lesquels M. Sondland a parlé avec le président lui-même avant de répondre à un diplomate qui se montrait préoccupé par la possibilité que Washington associe l'aide militaire américaine accordée à Kiev aux requêtes faites au président Zelinsky.

Un témoin important

Gordon Sondland, dont le rôle est de représenter les États-Unis auprès de l'Union européenne (UE), était nommé dans la plainte du lanceur d'alerte. L'Ukraine ne fait pas partie de l'UE.

Ce magnat hôtelier est un important donateur du Parti républicain. Il a notamment versé un million de dollars au comité d'investiture de Donald Trump, puis a été nommé ambassadeur à l'été 2018.

Son nom était également inclus dans plusieurs textos transmis aux comités par l'ex-diplomate Kurt Volker, qui a témoigné jeudi dernier.

Selon les textos remis à la presse par les démocrates, M. Sondland a par exemple mis fin à des échanges délicats et pris la défense du président dans des échanges avec son collègue diplomate Bill Taylor, le chargé d'affaires américain à Kiev.

Extraits des messages textes :

  • 1er septembre 2019 :

Bill Taylor :Disons-nous maintenant que l'aide en matière de sécurité et une rencontre [entre les présidents Trump et Zelensky] à la MB [Maison-Blanche] ont pour condition les enquêtes?

Gordon Sondland :Appelez-moi.

  • 9 septembre 2019 :

Bill Taylor :Comme je l'ai dit au téléphone, je pense qu'il est insensé de retenir une aide consacrée à la sécurité pour aider une campagne politique.

Gordon Sondland :Bill, je crois que vous vous trompez au sujet des intentions du président Trump. Le président a été très clair : pas [de condition] d'aucune sorte. Le président essaye d'évaluer si l'Ukraine va réellement adopter la transparence et les réformes promises par le président Zelensky au cours de sa campagne.

Selon le Wall Street Journal et NBC News, M. Sondland a répondu à M. Taylor, quatre heures et demie plus tard, après avoir parlé au téléphone au président Trump.

La semaine dernière, le sénateur républicain Ron Johnson a affirmé au Wall Street Journal que M. Sondland lui avait dit au mois d'août que le dégel de l'aide militaire était lié à l'ouverture des autorités ukrainiennes à lancer les enquêtes. L'élu a soutenu avoir été rassuré par le démenti du président, à qui il a dit avoir posé la question.

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