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Commissions scolaires : la FAE tombe à bras raccourcis sur le ministre Roberge

Une salle de classe vide.

C'était au tour de la FAE, mardi, de faire connaître ses critiques de la réforme des commissions scolaires proposée par la CAQ.

Photo : Getty Images/iStock/DONGSEON KIM

Anne Marie Lecomte

La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) dénonce le projet de loi 40, qui « légalisera le tripotage des notes » et sanctionnera les enseignants qui ne se conformeront pas aux obligations de formation continue, dit-elle.

Ce gouvernement veut nous bulldozer avec ce projet de loi, a affirmé Sylvain Mallette, président de la FAE, qui regroupe neuf syndicats et représente plus de 45 000 enseignants au Québec.

En conférence de presse mardi à Québec, la FAE a eu des mots durs à l'égard du ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge. Disons qu'on se serait attendu à beaucoup plus de considération et de respect de la part d'un ex-collègue devenu ministre, a dit Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle au sein de la FAE.

Le projet de loi modifiant principalement la Loi sur l’instruction publique relativement à l’organisation et à la gouvernance scolaires a été déposé le 1er octobre dernier. Il vise à transformer les commissions scolaires en centres de services.

Le projet de loi est critiqué par nombre de députés d'opposition et d'acteurs du réseau, qui reprochent au ministre de s'arroger plus de pouvoirs et d'ignorer les priorités en éducation.

Selon la FAE, les quelque 300 articles du projet de loi comportent des attaques contre les enseignants et contre leur profession .

Un homme et une femme assis à une table devant micros et caméras.

Sylvain Mallette et Nathalie Morel, de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) dénoncent le projet de loi 40 du ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, en conférence de presse le 8 octobre 2019.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

C'est de l'ingérence, dit la FAE

Nathalie Morel se dit choquée et estomaquée. Dans un contexte d'essoufflement de la profession enseignante et de pénurie de personnel, s'insurge-t-elle, le projet de loi contient tout ce dont les profs n'ont pas besoin.

Selon la FAE, l’article 34 du projet de loi donne la possibilité aux directions d'établissements de changer les notes remises par les enseignants aux élèves, et ce, moyennant une simple consultation des enseignants concernés.

On vient s'ingérer dans ce champ de compétences exclusivement réservé aux profs., a expliqué Nathalie Morel.

Par cette intrusion dans le jugement professionnel des enseignants, le ministre Roberge mettra en jeu la réussite scolaire, argue la FAE.

Nathalie Morel pose les questions suivantes : qui jugerait des motifs permettant aux directions d'école de modifier les notes données par les enseignants? Et qu'arrivera-t-il quand certains parents réclameront que leur enfant obtienne la note de passage ou la note permettant son inscription à un projet pédagogique particulier sélectif ou dans une école privée?

Bien que l'évaluation soit un domaine exclusif réservé aux enseignants, ça ne veut pas dire que ces derniers n'ont pas à rendre compte de l'évaluation qu'ils font des élèves, précise Sylvain Mallette, de passage au micro de Midi info, mardi. Mais, dans son projet de loi, le ministre va même à l'encontre de la jurisprudence, dit-il.

Une logique inacceptable

Par le passé, la FAE a dénoncé la pratique de modification des résultats de travaux scolaires, d'épreuves de commission scolaire ou du ministère de l'Éducation ou lors de l'inscription de notes au bulletin.

La FAE dénonce l’article 88 du projet de loi, qui permettrait la mise sur pied d’un comité pour examiner les pratiques pédagogiques des enseignants, selon les résultats de leurs élèves, pour atteindre des cibles de performance.

On va être dans une logique de : ''T'es à 3, 4 ou 5 % des cibles fixées, peut-être est-ce [dû] à ta manière d'enseigner, d'évaluer?'' C'est inacceptable.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement

Cette structure ferait porter aux enseignants tout le poids de la réussite scolaire, sans tenir compte des facteurs socio-économiques dans lesquels vivent les élèves, dit M. Mallette. Or, les facteurs socio-économiques jouent un rôle crucial dans la réussite scolaire, fait-il valoir.

Formation obligatoire et sanctions

Par l’article 19 du projet de loi, le gouvernement de François Legault dit reconnaître l'expertise pédagogique du personnel enseignant. Dans l'article 133, il fait de la formation continue une obligation assortie de sanctions pour tout enseignant qui ne s'y conformerait pas.

Un homme s'adresse aux médias en conférence de presse.

Le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) Sylvain Mallette.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Sylvain Mallette trouve méprisant que le ministre introduise des sanctions. Ce faisant, le ministre laisse croire que les enseignants ne se forment pas et qu'ils ne détiennent pas les compétences nécessaires, affirme le président de la FAE.

Sylvain Mallette ajoute que le ministre Roberge ne s'est pas caché de son intention de créer un ordre professionnel pour les enseignants.

Un ordre professionnel, ce doit être voulu par les personnes visées par la création de l'ordre, dit M. Mallette. Donc, le ministre essaie de faire par la porte d'en arrière ce qu'il n'est pas capable de faire par la porte d'en avant.

Pas de services en plus

Le ministre a allégué que l'abolition des élections scolaires et la transformation des commissions scolaires en centres de services généreront des économies qui permettront l'embauche de 160 nouveaux professionnels.

En réalité, affirme M. Mallette, cela n'ajouterait qu'une heure par semaine de plus par établissement en services professionnels.

Sylvain Mallette prédit qu'au final, ce sont directions d'écoles et gestionnaires de commissions scolaires qui embaucheront du personnel d'encadrement, des gens qui surveillent des gens qui surveillent des profs.

Ce projet de loi n'ajoute pas un service ni une ressource de plus.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement

Une consultation générale réclamée

De plus, la FAE s'insurge du fait que les enseignants deviendraient minoritaires au sein des conseils d'établissement.

Le système d'éducation au Québec a subi plus de 1,5 milliard de dollars en compressions, affirme Sylvain Mallette et ils [le gouvernement Legault] profitent du fait qu'ils jouent dans les structures pour nous retirer le peu de pouvoir qu'on a.

La FAE réclame une consultation générale et non seulement sur invitation, comme c'est prévu.

Le ministre Roberge entend procéder rapidement et prévoit abolir les postes de commissaires scolaires le 29 février prochain. Je pense que c'est tout à fait possible, a-t-il dit, mardi.

Ça va être très difficile, rétorque Marwah Rizqy, porte-parole libérale en éducation. Selon elle, le ministre pourra difficilement respecter cet échéancier, étant donné que la Commission de la culture et de l'éducation n'a pas encore terminé l'étude du projet de loi 5 sur les maternelles 4 ans.

Avec les informations de La Presse canadienne

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