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Des personnes trans embarrassées par des erreurs d’Élections Canada

Élaine Gingras répond aux questions de la journaliste.

Élaine Gingras déplore la situation.

Photo : Radio-Canada / Roxane Léouzon

Roxane Léouzon

Plusieurs personnes transgenres ont reçu des cartes d’électeurs sur lesquelles figurent leurs anciens noms. Il s’agit, pour certaines d’entre elles, d’un casse-tête embarrassant ayant le potentiel de brimer leur droit de vote.

Élaine Gingras a reçu deux cartes d’électeurs. L’une à son nom actuel, mais à son ancienne adresse, et l’une à son adresse actuelle, en Outaouais, mais au nom de Robert, son ancien nom.

La fonctionnaire a pourtant fait changer sa mention de nom et de sexe en 2014, avant les dernières élections fédérales.

Cinq autres personnes trans ont confirmé à Radio-Canada qu’elles sont actuellement dans une situation semblable.

Les renseignements d’électeurs sont supposés être mis à jour automatiquement par Élections Canada. L’organisme indépendant reconnaît toutefois que des erreurs peuvent se glisser.

Dans un tel cas, Élections Canada recommande aux électeurs de « faire le changement en personne à leur bureau local d’Élections Canada avant le mardi 15 octobre à 18 heures, ou encore de mettre leur dossier à jour au bureau de vote, juste avant de voter ».

Mais cette perspective angoisse Mme Gingras.

Beaucoup de personnes vont se pencher sur les documents et ça devient embarrassant pour moi, parce qu’on me regarde, on me juge des pieds à la tête, on se demande pourquoi je n’ai pas le bon prénom, craint-elle, ajoutant qu’elle a régulièrement fait face à des préjugés au moment de recevoir des services et de faire changer son nom auprès de divers organismes.

Elle se demande maintenant si elle ira tout de même voter.

Est-ce que je veux traverser encore une fois tout ce tralala?, s'inquiète Élaine Gingras.

Un coup de pelle dans la face

Selon Sophia D’Aoust, présidente de l’association Mosaïque de genres d’Ottawa-Gatineau, les personnes trans font encore face à beaucoup d’intolérance.

Pour quelqu’un qui se fait dire 20 fois dans la journée "Monsieur" au lieu de "Madame", ou qui est à risque de tentative de suicide, recevoir une carte avec le mauvais nom, c’est comme recevoir un coup de pelle dans la face, ajoute Sophia D'Aoust.

Sophia D'Aoust est présidente de Mosaïque des Genres, la plus grande et la plus vieille association sociale et de soutien pour les trans au Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophia D'Aoust est présidente de Mosaïque des Genres, la plus grande et la plus vieille association sociale et de soutien pour les trans au Canada (archive).

Photo : Radio-Canada / Vanessa Costa

Pour limiter les malaises, Mme D’Aoust souhaiterait que les personnes employées pour les élections reçoivent une formation sur la façon de traiter les personnes trans avec tact et respect.

Questionnée sur l’existence ou non de telles formations, Natasha Gauthier, conseillère en relations avec les médias à Élections Canada, a indiqué par courriel que dans la formation que reçoivent les travailleurs de scrutin et autres employées qui traitent avec le public, nous soulignons l’importance de respecter la dignité de tous les électeurs ainsi que de protéger leurs renseignements privés.

La directrice générale du Conseil québécois LGBT, qui connaît aussi des gens faisant face à ce problème, souligne que les erreurs d’Élections Canada sont loin d’être anodines pour les personnes trans.

Elles vont causer du désarroi pour ceux à qui ça arrive, déplore Marie-Pier Boisvert.

Elle juge « bizarre » qu’il y ait autant d’erreurs à Élections Canada.

Comment ça se fait qu’avec les systèmes informatiques, de nos jours, ce ne soit pas réglé?, se demande Mme Boisvert.

27 millions d’électeurs potentiels

Élections Canada rappelle pour sa part que « le Registre national des électeurs contient les dossiers de près de 27 millions de Canadiens » et qu’environ « 14 % des renseignements sur les électeurs changent chaque année ».

Élections Canada utilise plusieurs sources de données pour mettre à jour le Registre national des électeurs, notamment les organismes de délivrance des permis de conduire, les bureaux de l’état civil provinciaux et territoriaux, les listes électorales des provinces et des territoires, et Revenu Canada, précise Natasha Gauthier d'Élections Canada

Certaines sources peuvent présenter des délais dans la transmission des données, des écarts, ou encore peuvent fournir de l’information erronée ou périmée. Les modifications apportées au prénom et au genre sont détectées automatiquement et révisées manuellement afin d’assurer l’intégrité des données, ajoute Mme Gauthier.

Notons par ailleurs qu’il y a une section dédiée spécifiquement aux électeurs transgenres dans la Foire aux questions d’Élections Canada.

Notre dossier Élections Canada 2019

Ottawa-Gatineau

Politique fédérale