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analyse

Débat en anglais : Scheer prend sa revanche

Andrew Scheer et Justin Trudeau débattent.

Andrew Scheer a attaqué Justin Trudeau au sujet du scandale SNC-Lavalin dès qu'il a eu l'occasion de lui poser une question directement.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Fannie Olivier

Il avait été sonné aux deux premiers débats, on n’allait pas l’y prendre une troisième fois. Andrew Scheer a sauté dans l’arène et a donné tout ce qu’il avait au seul débat en anglais qui l’opposait à son principal adversaire, Justin Trudeau. À deux semaines jour pour jour du scrutin, il n’avait plus le loisir de se tapir dans un coin du ring, il devait asséner des coups.

Et il l’a fait.

Il a profité des premières minutes du débat – celles où les téléspectateurs sont encore parfaitement attentifs – pour accuser le chef libéral de porter constamment un masque, tantôt celui de féministe, tantôt celui de défenseur de la classe moyenne, tantôt celui de la réconciliation.

M. Trudeau, vous êtes faux, vous êtes un imposteur et vous ne méritez pas de gouverner ce pays, a-t-il lancé, sans hésiter à basculer vers les insultes. Des mots qui, bien que visiblement préparés et répétés avec soin, peuvent trouver une résonance auprès de ceux qui s’interrogent sur l’authenticité de M. Trudeau.

Andrew Scheer a également su frapper sur le clou des questions éthiques.

Même à 10 minutes de la fin du débat, il est resté combatif. Alors que Justin Trudeau agitait encore une fois l'épouvantail de Doug Ford pour faire miroiter les compressions budgétaires qui attendent les Canadiens si les conservateurs sont élus à Ottawa, il est parvenu à lui clouer le bec. Vous semblez bizarrement obsédé par la politique provinciale. Le poste de chef du Parti libéral de l’Ontario est vacant [...] allez-y, a-t-il dit.

Ce n’est pas seulement Justin Trudeau qui a encaissé ses coups. Le chef conservateur a été en mesure de malmener sa droite, accusant Maxime Bernier d’avoir changé pour récolter des « likes » des endroits les « plus sombres » de Twitter.

Notre dossier Élections Canada 2019

Pas de K.-O.

Toutefois, malgré des répliques bien envoyées, Andrew Scheer n’a mis personne au tapis lundi soir.

Justin Trudeau, bien que sombre et parfois effacé, a été capable de remettre les coups, en insinuant qu’il était semblable au chef du Parti populaire, prenant à partie M. Bernier : Votre rôle sur ce plateau ce soir est de dire publiquement ce que M. Scheer pense en privé.

Le chef libéral a mis de l’avant ce qu’il juge comme les points forts de son bilan, comme l’allocation pour enfants et la tarification du carbone. Mais la présence de la chef des verts Elizabeth May l’a empêché de se gargariser avec son bilan environnemental, puisqu’elle ne ratait jamais l’occasion de lui rappeler qu’il n’était pas aussi reluisant qu’il le prétend.

M. Trudeau a néanmoins réussi à se démarquer de son adversaire conservateur sur les questions sociales. M. Scheer a d’ailleurs prononcé les mots qu’il refusait de dire jeudi dernier, quand il a avancé que « comme des millions de Canadiens » il est « pro-vie ». Si l’objectif du chef libéral était de sortir du débat sans trop de blessures, il peut dire mission accomplie.

Comme cela a été le cas au cours des deux précédents débats (un en anglais et l'autre en français), le chef du NPD Jagmeet Singh a su faire preuve de répartie, de naturel et d’humour. Il a été particulièrement brillant lorsqu’il a rappelé aux Canadiens qu’en matière de lutte contre les changements climatiques, ils n’avaient pas à choisir entre M. Trudeau et M. Scheer, rebaptisés pour l’occasion « M. Délai et M. Déni ».

Sa bonne performance a toutefois été assombrie par un point de presse confus au sujet de son point de vue sur la Loi sur la laïcité de l'État. Après avoir affirmé qu’il ne contesterait pas la loi devant les tribunaux, il a insinué qu’il pourrait le faire si le dossier aboutissait à la Cour suprême du Canada. Faute de faire preuve de plus de clarté, le dossier pourrait fort bien le poursuivre encore au débat en français jeudi.

Le chef du Parti populaire Maxime Bernier a pu bénéficier de la tribune qu’il souhaitait tant, mais pas sans que ses idées soient remises en question et bousculées par ses adversaires. Le fait que – comme Yves-François Blanchet – il ait choisi de poser la question de son choix à Andrew Scheer plutôt qu’à Justin Trudeau en dit long sur sa stratégie et sur les votes qu’il espère gruger. M. Bernier pourrait prendre encore davantage de place au débat en français.

La chef du Parti vert Elizabeth May a été solide sur les questions de l’environnement, mais sa performance ne sera peut-être pas suffisante pour lui redonner l’élan qu’elle avait au moment du déclenchement de la campagne.

Quant au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, il sera certainement ravi de constater, à trois jours du débat en français, que le dossier de la laïcité refait surface.

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